Ce que j'ai appris au Mali
Ce récit date de 2013, quand j'essayais de devenir photographe professionnel. Ses enseignements sont toujours valables, mêmes si vous n'êtes pas professionnels, notamment sur le besoin de préparation pour le reportage.
Vite, vite, vite.
Le 8ème jour - Sur la route de Djibo à Mentao, Burkina Faso. Et voilà que maintenant j'ai soif, il ne manquait plus que ça. Je suis assis à l'ombre d'un acacia, la température extérieure est proche des 50 degrés, il est bien normal que la soif vienne. Devant moi je regarde le scooter loué le matin même à Djibo avec honte. Évidemment j'aurais dû faire le plein avant de partir vers le camp de Mentao, évidemment. David qui occupait le siège arrière est reparti en stop vers la ville pour y remplir une bouteille d'essence, pendant que je garde l'objet de ma honte.
"Vite, vite, vite". Voilà les seuls mots que je suis sûr d'avoir compris de cet enfant qui est venu me voir il y a quelques minutes. Il est apparu derrière moi, sans que je sache bien d'où il venait. Il semblait vouloir aller vers Djibo et que je l'y accompagne, je lui répondis que sans essence ce serait compliqué. Il me proposa alors d'aller cherche de l'essence à son village, pour une somme qui me paraissait honnête. Mais devant sa main tendue qui attendait son dû, je tentais de lui expliquer de revenir avec l'essence et de la monnaie, n'ayant qu'un billet de 10 000 CFA sur moi (Environ 15€). L'enfant me répondait à chaque tentative "vite, vite, vite", en me montrant son village.
Je finis par lui laisser mon gros billet en me disant que de toute façon il ferait un heureux si je ne le revoyais pas. Vite, vite, vite. Tu parles, ça fait 15 minutes que j'attends, et maintenant j'ai soif. Combien de temps faut-il pour aller jusqu'au camp de réfugiés de Mentao ? 15 minutes tout au plus, quand on a de l'essence. Voilà ce que je me dis en pestant contre ma bêtise qui me parait grandir à chacune de mes décisions.
Et combien de temps pour venir jusqu'à cette route ? Pour y laisser un scooter, un camarade en stop et un billet dans les mains d'un enfant ? Depuis Paris je n'ai fait que cela, perdre du temps sur la route qui me parait bien plus longue maintenant que je suis tout proche du but. Une journée perdue à Alger pour avoir laissé trainer mon passeport à Orly, une journée à Bamako pour obtenir le laisser-passer nécessaire pour remonter au nord du Mali, 15h de Bus pour remonter vers Mopti et retrouver David, 2 jours de trajet en voiture jusqu'à Djibo, et 2 jours de plus pour obtenir les autorisations de travailler du Burkina. 8 jours de trajet non-stop, pour finir avec un scooter en rade et un enfant qui me répond "vite vite vite".
Première leçon : Voyager prend du temps. Beaucoup de temps.
Depuis que j'ai décidé de rejoindre David qui est en reportage au Mali pour y produire des photos, je n'ai quasiment fait que ça : voyager. Et pendant ce temps là je n'ai pas beaucoup de photos susceptibles d'être intéressantes. A ceux que je croise qui me demandent ce que je fais là, je leur réponds que j'apprends le métier. Il est bien normal que cet apprentissage passe par quelques leçons, même un peu douloureuses.
David reviendra avec de l'essence, derrière une moto d'un Touareg qui faisait le même trajet que nous vers le camp. Mais l'enfant était déjà revenu. J'attendais David avec ma soif étanchée, ma poche remplie de monnaie, et un réservoir déjà plein d'un litre. Et nous avons pu enfin commencer à travailler, pour ma part à produire quelques photos.
Le raccourci
Le 15ème jour - Sur une pirogue entre Mopti et Tombouctou, Mali. Il n'y a pas de raccourci. On ne peut pas apprendre ce métier aussi vite, en passant simplement 3 semaines sur le terrain. Mais cette fois je vais avoir le temps de méditer cette nouvelle leçon : il n'y a pas de raccourci. Pendant 3 jours et 3 nuits sur un sac de riz.
Il est 17h, une heure avant le coucher du soleil l'heure magique commence et avec elle sonne l'appel de mon boitier photo. Je me retourne de mon inconfortable position, la meilleure que j'ai trouvée, et je cherche dans mon sac mon appareil. Avec David et notre guide nous occupons presque 1/3 de l'espace disponible dans la pirogue, nous avons la place pour allonger nos jambes quand la trentaine d'autres occupants est entassée dans des positions que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi. Femmes et enfants sont à l'arrière, prêt du moteur.
Je sors mon reflex du sac, enroule la bandoulière autour du cou, et je grimpe sur le toit de la pirogue, entre un matelas et un meuble qui y sont attachés. Avec le peu d'arrêts que nous avons effectué en deux jours, pas facile de se dégourdir les jambes et c'est une belle occasion car le coucher de soleil s'annonce magnifique. Les quelques clichés que je prendrai ce soir là sont probablement les plus spectaculaires qu'il m'ait été donné de réaliser. Pour cela j'en suis heureux et peut-être qu'un jour pas si lointain la route de Mopti à Tombouctou en pirogue redeviendra touristique et que ces clichés prendront quelque valeur. Mais pour l'instant ils ne valent rien, et nous avons manqué notre sujet. Notre objectif était de remonter vers Tombouctou en accompagnant une personne qui remonte vers cette région pour la première fois après s'être enfuit.
Mais la faute à une trop grande précipitation de notre part, et à un fixer qui passait son temps à mentir dans ses commentaires ou traductions, les personnes rencontrées ne permettaient pas de réaliser le sujet. 3 jours et 3 nuits sur un sac de riz, et pas de boulot possible au bout. Assez de temps pour méditer et repenser à ce que me disait le chef de la gendarmerie à la frontière du Burkina quand nous revenions de Djibo : "C'est le raccourci qui a tué le rat".
Le 12ème jour - Djibo, Burkina Faso. Le chef de la gendarmerie me disait cette expression chatoyante avec un large sourire, juste après avoir accepté mes excuses : "c'est le raccourci qui a tué le rat". Il faisait référence à un défaut d'autorisations que nous avons dû attendre 2 jours à Djibo. Devant notre absence d'autorisation, le chef de la gendarmerie locale nous imposa pendant 2 jours une escorte armée 24h/24 et des formalités qui allongeaient notre voyage d'une heure à chaque gendarmerie... Il y a quelque chose de cocasse à voir un gendarme Burkinabé en chemise à fleur épier tous ses faits et gestes, mais sur le moment je l'ai assez mal pris.
Lors du retour par ce poste de douane, je présentais donc mes excuses pour n'avoir pas compris ce qui nous arrivait et protesté contre ces attentions sécuritaires que je voyais comme un boulet de plus à nos pieds. Et dans un éclat de rire le chef de gendarmerie me répondit ce proverbe. C'est le raccourci qui a tué le rat, car en quittant sa route le long du mur pour aller directement au fromage, il s'est fait attrapé. Je ne crois pas avoir beaucoup apprécié d'être comparé à un rat, mais la truculence du chef l'emporta, nous rions aux éclats. Et la leçon était là.
Deuxième leçon : Etre prêt. Que ce soit pour une autorisation ou un voyage en pirogue, il faut être prêt. Donc préparé.
Les 10 000
le 20ème jour - Bamako, Mali. Je reviens de ma dernière chance de produire des photos à Bamako. Nous avons passé 2 heures sur la décharge publique du quartier de Doumanzana, où les personnes qui y travaillent gagnent 100 CFA (15 cts €) par jour. Ces 2 heures ont donné combien de photos potables ? Une douzaine selon mes critères. Mais est-ce un sujet qui pourrait intéresser un magazine, un titre de presse ou des agences de photographes qui les fournissent ? Probablement pas.
En sélectionnant et en éditant mes photos je me dis que je suis encore loin du compte. Et je pense aux 10 000 photos d'Henri Cartier Bresson, aux 10 000 de son expression : "Vos 10 000 premières photos sont les plus mauvaises". Et en parcourant mes photos réalisées en presque trois semaines, je me dis que je suis loin du compte, même avec 30 000 déclenchements l'année dernière. Je n'avais jamais pris autant de photos qu'en 2012 et je pensais m'approcher d'une certaine qualité. Mais combien sont publiables ?
Ce nombre 10 000 me renvoie à une connexion que je n'avais jamais faite. La règle des 10 000 heures de Malcolm Gladwell. L'auteur d'Outliers y explique que 10 000 heures sont nécessaires dans une pratique pour être qualifié d'expert, pour maitriser un domaine. A raison d'une bonne photo par heure, il va m'en falloir du temps pour devenir photo-journaliste. Devant l'ampleur de la tâche, mes bras tombent. Je repense à mon départ, à l'arrivée à Bamako les yeux et le coeur vaillant, ambitieux. Je revois quelques instants à Djibo, je me repasse les longues conversations avec Clare Morgana Gillis un matin où pendant que nous attendions nos autorisations du Burkina, Clare se préparait pour continuer son travail sur les camps. Alors que j'essayais de lui expliquer qu'un blog pouvait être une source de travail s'il était alimenté régulièrement, elle me racontait comment tout avait commencé pour elle, en Lybie l'année dernière. N'ayant pas eu avant l'occasion d'une connexion internet décente, je cherche donc ses textes sur le web.
Je crois avoir senti des larmes 2 ou 3 fois à la lecture du texte de Clare : What I lost in Lybia - Elle y raconte dans un texte d'une force incroyable sa captivité en Libye dans une prison de Khadafi, et la perte d'un confrère qui était avec eux au moment de l'assaut fatidique. Les quelques mots que nous partagions avec Clare à Djibo prennent un autre sens. Comment Clare a-t-elle commencé ses aventures journalistiques ? En restant en Libye du côté des rebelles quand tous les journalistes fuyaient la percée de l'armée de Khadafi. Un de ses compagnons d'infortune, James Foley, a depuis à nouveau été capturé en Syrie.
Au coeur du texte de Clare se trouve le sens de ce métier : "Etre le témoin de l'histoire au moment où elle se déroule". Si la littérature se consacre au "temps qui reste", le journalisme lui serait dédié au "temps qui passe". Et il n'y a qu'une seule manière d'être témoin, à plus forte raison pour un photographe.
Troisième leçon : Etre là.
Mon temps est passé. Les 3 semaines que j'ai vécues au Mali me paraissent bien courtes. Elles sont un enseignement, sur le Mali, sur le métier de journaliste, et sur moi-même. Une fois ces leçons apprises, je n'ai qu'une envie : me préparer, être là-bas, et recommencer.
Le Triangle d'Exposition - Un triangle pour les gouverner tous
Le triangle d'exposition est un outil de compréhension de votre appareil photo. Rien de plus.
Il permet d'appréhender plus facilement la manière dont votre appareil photo capte la lumière et de synthétiser le rapport entre ses trois composantes :
Le principe général du triangle d'exposition est de représenter ces trois réglages comme un surface, avec plusieurs conséquences :
ces trois réglages sont intimement liés
si vous en modifiez un, pour maintenir une quantité de lumière suffisante, vous devrez compenser avec l'un des deux réglages
Ainsi les 3 réglages de base de votre appareil photo sont interdépendants et une contrainte pour exposer suffisamment votre capteur. Mais ce que nous verrons et répéterons est également que ces trois réglages sont des outils créatifs, que nous verrons en détail dans les pages suivantes.
Ce qui est important de comprendre pour l'instant est que pour une certaine quantité de lumière disponible, vous aurez des dizaines de triangles d'exposition différents, selon ce que vous voudrez réaliser créativement.
Pour une quantité de lumière donnée, vous devrez compenser la modification d'un des 3 réglages d'ouverture, vitesse ou sensibilité par l'un des deux autres si vous souhaitez conserver une exposition constante.
Ainsi sur une scène, vous pourrez modifier l'un des trois réglages selon votre intention créative, mais pour une exposition constante cela aura une conséquence sur les deux autres réglages du triangle d'exposition.
Vous voulez une plus faible profondeur de champ ? Vous réglerez votre ouverture. Une ouverture plus grande vous donnera plus de lumière sur votre capteur/pellicule, vous aurez besoin d'une vitesse plus rapide pour compenser.
Vous voulez augmenter votre ouverture sans une vitesse plus rapide ? Vous devrez baisser votre sensibilité, si vous en avez la capacité.
Sur les 3 réglages présentés ici la quantité de lumière captée est strictement identique :
sur le premier la profondeur de champ est raisonnable, avec un léger risque de bruit numérique
sur le second en ouvrant jusqu'à f/4, cela impose une vitesse d'obturation de 1/500 de seconde
à l'inverse sur le troisième réglage une vitesse d'obturation lente au 1/30 de seconde permet de fermer le diaphragme jusqu'à f/16 et ainsi d'avoir une plus longue profondeur de champ.
L'important est de bien comprendre que chacun des 3 éléments du triangle d'exposition sont :
soit une contrainte vis-à-vis de la quantité de lumière disponible
soit un outil créatif, et c'est bien là l'essentiel
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Pour aller plus loin :
Qu'est-ce que je vois ?
Vous ne pourrez ni la prendre, ni tomber dessus. Vous voudrez peut être l'attraper ou l'amadouer, mais elle est fondamentalement insaisissable : la lumière.
Quand je commençai mon activité de photographe professionnel, presque chaque commande était une situation nouvelle. Alors que je produisais quelques photos et vidéos pour les réseaux sociaux d'un salon porte de Versailles, j'ai eu la chance de partager mon temps avec Svend Andersen dont la phrase reste marquée au fer rouge dans ma mémoire.
Quelques jours plus tard je devais réaliser des portraits en studio pour une équipe nationale de sport en prévision des jeux olympiques de Rio, ces portraits devaient être utilisés dans toutes les communications de la Fédération. Je savais travailler en studio, mais je manquais clairement de confiance pour ce projet qui me paraissait ambitieux pour mes compétences encore un peu jeunes.
Pendant une pause, alors que Svend enchainait les portraits toute la journée dans le studio qu'il avait installé sur place, je lui fis part de mes doutes et de mon envie de bien faire, je lui demandai conseil. Il eu cette phrase toute simple, apprise lui-même de son mentor dans ses jeunes années de photographe : "Qu'est-ce que je vois ?".
Svend me dit de me poser cette question, et que ce serait probablement une solution à mon problème. Quand il a prononcé cette phrase tout m'apparut immédiatement, comme une évidence. Comme si j'avais toujours su que c'était la seule question à se poser. Cela peut vous paraître absurde car justement trop évident, mais prenons le temps de considérer cette question.
- Qu'est-ce que je vois ? répétais-je.
- De cette question, tout découle
- La lumière, bien sûr. C'est la lumière.
- Cette machine à café manque de lumière, il y a simplement une petit ampoule très jaune au dessus. Mais là, regarde. La lumière de la mi-journée est forte, elle entre par cette grande fenêtre dans le hall d'exposition, et crée cette sorte de brume dans la poussière des stocks qui sont remués dans la pièce à côté.
Je regardais cette immense fenêtre et cette lumière qui créait des petites arabesques de poussière par dessus les cloisons comme si j'avais eu une épiphanie. Cet affreux hall d'exposition de la Porte de Versailles était le plus bel endroit au monde. Et je savais instantanément comment réaliser mes photos quelques jours plus tard. Comment est la lumière ? Quelles sont les conséquences sur mes réglages, sur ce que je veux en faire ? Comment modifier la lumière avec les sources disponibles dans le studio ? Dans quelle direction, avec quelle intensité ?
Qu'est ce que je vois ? Cette phrase s'applique aussi à mes portraits, quel est le regard, quelle est l'attitude ? Je n'avais plus qu'à indiquer ce que je souhaitais.
Vous êtes le roi d'un seul sujet
La lumière est vraiment le seul sujet en photographie. Pour prendre de meilleures photos, vous devez tout le temps considérer la lumière, et commencer à penser à elle comme un objet qui a le pouvoir de tout changer. Tout dépend de la lumière dans votre photographie. Un endroit éclairé peut paraître incroyable une minute, et sans aucun intérêt la suivante, simplement à cause de la lumière.
Posez-vous cette question, vous verrez que les réponses sont toujours dans la lumière. Quelle ambiance la lumière crée-t-elle ? Est-elle dure ou douce ? Intense ou légère ? Comment affecte-t-elle l'espace ou l'atmosphère autour de moi ? Notez comment la lumière change les couleurs ou les textures, pendant un lever de soleil par exemple. Regardez comment la lumière va attirer votre attention sur un élément ou un autre. Bien sûr vous pourrez l'utiliser vous-même et attirer l'oeil de celui qui verra votre photo sur un sujet ou un autre.
Vous ne pouvez pas vraiment la saisir, mais vous pourrez la capturer et la diriger grâce à la composition photographique. La lumière est votre seul sujet.
Je ne suis pas un numéro ! - Le mini-guide de l'ouverture
Si vous débutez en photographie, vous ne pouvez pas faire l'impasse sur l'apprentissage de la pure technique. Voici le premier "mini-guide" de ce livre (ou série d'articles si vous le lisez sur mon blog), une section courte pour apprendre l'essentiel sur un élément technique.L'ouverture est un des éléments du triangle d'exposition, représentée sur votre appareil par l'unité F.
L'ouverture F = f/D
Dans ce schéma D est le diamètre de votre optique, qui laisse passer une certaine quantité de lumière, 'petit f' représente la distance entre votre optique et votre capteur numérique (ou votre pellicule en argentique). Notez que le symbole représentant le capteur numérique et présent sur une majorité d'appareils photo, probablement aussi sur le votre.La quantité de lumière que laissera passer votre optique dépend de son diamètre. Puisqu'il est le dénominateur de la fraction F, on comprend facilement que :
plus l'unité d'ouverture F est faible, plus vous aurez de lumière
plus le chiffre F est petit, plus l'ouverture est grande (oui je sais c'est la même phrase :) )
Le contrôle de l'ouverture sur votre appareil photo correspond au contrôle du diaphragme qui vous permettra de réduire le diamètre de votre optique, ou au contraire de l'augmenter dans les limites de sa capacité.Ainsi chaque optique a une capacité à l'ouverture plus ou moins grande. C'est d'ailleurs marqué dessus, voyez comme la vie est bien faite.
Pour vous entrainer à contrôler l'ouverture de votre appareil photo, le meilleur moyen est de passer en mode semi-automatique 'priorité à l'ouverture' sur votre molette de réglage du mode de prise vues. Le mode 'priorité à l'ouverture' signifie que vous allez pouvoir modifier l'ouverture avec votre molette de réglages, la vitesse sera adaptée automatiquement par votre appareil en fonction de la quantité de lumière disponible.
Je ne suis pas un numéro !
Oui bon d'accord, c'est bien joli tout ça mais pensez bien s'il vous plait que rien ne sert de se gloser d'une optique à grande ouverture. L'ouverture, comme chaque élément technique qui vous sera présenté, n'est qu' UN OUTIL CRÉATIF. Voyons donc comment se servir créativement de l'ouverture.L'ouverture a une fonction créative principale qui est le contrôle de la profondeur de champ.
En réalité la profondeur de champ dépend de 3 paramètres : la distance avec votre sujet, la focale que vous utilisez et donc l'ouverture. Mais le seul de ces trois paramètres que vous contrôlez à un instant T, avec une optique et une distance à votre sujet données, c'est l'ouverture.Classiquement le contrôle de la profondeur de champ est utile dans 2 grandes pratiques en photographie : le portrait et le paysage
En portrait on peut souhaiter réduire la profondeur de champ pour isoler son sujet de son environnement, sur votre appareil cela signifie utiliser une "grande" ouverture, avec une unité F4.0 ou inférieure.
En paysage, on souhaite souvent avoir une très longue profondeur de champ. Il est ainsi souvent souhaitable de "fermer" à F8, F11 ou F16.
Notez que ce sont pas des règles mais des manières classiques de réaliser des portraits ou paysages, l'ouverture n'est qu'un outil créatif et vous pouvez l'utiliser à contre-couillons. Il existe quantité de portraits qui sont réalisés à F11, de paysages à F2.8, et de photographes brillants qui expriment leur créativité sans se préoccuper de l'ouverture.L'ouverture sera parfois une contrainte dans votre triangle d'exposition, vous aurez besoin "d'ouvrir" pour avoir suffisamment de lumière et exposer convenablement votre photo.
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Le meilleur outil que vous pouvez emmener avec vous
Quel est votre outil préféré, celui que vous emmenez partout avec vous ? Est-ce un petit appareil photo qui tient dans une poche ? un chiffon précieux pour nettoyer votre objectif ? Un porte carte ? Ils sont sans importance, un seul outil compte vraiment en photographie : votre créativité.Dans ma vie précédente j'avais la chance de voyager fréquemment à New York pour mes affaires. Pendant 4 ans je m'y rendais 3 fois par an au moins pour coordonner l'organisation d'un événement. Je passais chaque jour dans des bureaux, en rendez-vous avec des partenaires, des clients, des fournisseurs. Et quand venait le soir, ma seconde vie commençait. J'avais mon appareil photo au fond de mon sac avec une optique en plus, je visitais un nouveau quartier de New York par jour pendant 1h30 avant de trouver un endroit pour diner.Après quelques années d'exploration sans réelle maîtrise de ce que je produisais comme photos, j'ai eu envie de franchir un cap dans ma photographie. Je tombais fréquemment sur une offre de cours particuliers à New York d'initiation à la photographie documentaire, à la construction d'une narration dans sa photographie. Cela me semblait être un excellent début pour franchir ce cap.Me voici donc un samedi midi, après ma semaine de travail, me dirigeant vers ce cours que j'attends avec impatience, décidé à franchir un cap dans ma photographie. Nous avions rendez-vous dans un café au coeur du Chelsea Market, le soleil d'août chauffait le bitume et rendait le ciel presque blanc, mon sac était prêt, mes deux glorieuses optiques bien rangées, mes batteries pleines et mes cartes SD vides.
Saisissez l'inattendu
Après 5 minutes d'introduction de ma professeure, je compris que je m'étais trompé de cours. De photographie il n'était pas question, j'avais à faire à une enseignante en journalisme et en fiction, j'étais à un cours d'écriture.Ma première réaction a été de vouloir lui dire, de lui signifier leur erreur ou la mienne dans mon inscription. Mais je partais le lendemain de New York et je vis également que je ne pourrai pas suivre le cours que je souhaitais avant 3 mois. Je n'ai rien dit, je me suis dit que ce ne pourrait que m'être bénéfique. Je crois que c'est une des meilleures décisions que j'ai prises pour ma photographie.Pendant cette après-midi le long de la High-Line, j'ai appris à observer mon environnement et à le décrire tout simplement. J'ai découvert un monde que je ne soupçonnais pas, simplement en ouvrant mes yeux, en écoutant quelques conversations et en renseignant mon carnet de tout ce qui m'entourait.Je pourrais vous dire que ce carnet d'écriture est l'outil le plus important, que je l'emmène partout avec moi et que vous pourriez en faire autant. Mais en réalité l'outil le plus important, celui qui fera toujours une différence, c'est ma créativité.C'est ce que j'ai appris ce jour là en sortant de ma zone de confort. J'ai saisi cette opportunité de voir différemment, d'apprendre à raconter, de commencer à écouter avant de photographier. Evidemment j'ai pris quelques photos pendant notre exploration de la High Line, elles sont sans importance du point de vue de ma créativité, mais elles représentent pour moi ce moment décisif ou j'apprenais à écouter, à observer et à tenir le journal, écrit ou visuel, de ce qui m'entoure.3 mois plus tard je quittais ce travail que j'aimais tant avec la ferme intention de faire de la photographie ma vie. Et je garde toujours en mémoire cet après-midi ou je compris que le meilleur outil, celui que j'emmène partout avec moi, je l'avais déjà et n'avait qu'à le cultiver.—VA est un programme de 25 articles qui a pour objectif d’enseigner à un(e) photographe débutant à prendre de grandes photos. Rien que ça 🙂
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Vous avez le droit d'utiliser un mode (semi) automatique
(cette photo a été prise en Mode S, pour contrôler la vitesse)
La molette de réglages du mode de prise de vue de votre appareil contient entre 8 et 15 options. En réalité vous n'aurez besoin que de très peu d'entre eux.
BIEN : Modes A / S / P
Les modes A (ou Av), S (ou Tv) et P sont les seuls modes de prises de vues de votre appareil avec lesquels vous avez besoin de vous familiariser. Ces modes vous permettront de vous concentrer sur votre créativité et d'atteindre le résultat que vous souhaitez.
- Le Mode A (ou Av) est le mode 'priorité ouverture' : vous contrôlez l'ouverture, la vitesse se règle toute seule.
- Le Mode S (ou Tv) est le mode 'priorité vitesse' : vous contrôlez la vitesse, l'ouverture se règle toute seule.
- Le Mode P est le mode 'Programme' : c'est un mode automatique mais on l'aime bien.
Vous apprendrez à vous servir de chacun d'entre eux dans les prochains articles.
PAS BIEN : Modes 'Scènes'
Ces différents modes de prises de vues sont totalement inutiles, pour la simple et bonne raison qu'ils ne vous permettront pas de comprendre ce que vous faites. Ce sont les modes de prises de vues basiques créés par le fabricant de votre boitier, ils régleront votre boitier toujours de la même manière.
Heureusement il n'y a pas qu'une seule bonne manière de prendre une photo, ces modes ne laisseront aucune latitude à votre créativité.
Je crois que le mieux c'est de les oublier, de rayer leur existence de votre mémoire, de passer un coup de feutre indélébile sur votre molette.
Le Mode Automatique Complet
Soyons sérieux, aujourd'hui si vous voulez prendre des souvenirs en mode automatique complet vous avez votre téléphone.
Ces photos n'ont jamais l'air de rien techniquement. C'est un mode sans personnalité ni imagination. Après cela n'a rien de grave de vouloir prendre des clichés rapidement sans y penser, simplement si vous voulez progresser techniquement il va falloir que ce soit l'exception plutôt que la règle.
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Le Meilleur Mode quand vous débutez : P
Le mode P pour 'Program' est peut être le meilleur conseil que l'on peut vous donner pour débuter dans les réglages d'un appareil photo, qui peuvent paraître compliqués de prime abord.
Le mode P est un mode automatique, mais pas vraiment. Déjà ce mode vous permettra de régler la sensibilité de votre appareil vous-même et il empêchera le déclenchement du Flash si vous en avez un intégré à votre boitier.
Une fois votre sensibilité choisie, vous pouvez faire votre mise au point. Le boitier vous proposera "ce qu'il pense être le meilleur réglage" de vitesse et d'ouverture, mais contrairement au mode automatique, vous aurez le contrôle de ces réglages et pourrez ajuster l'ouverture ou la vitesse en fonction de ce que vous souhaitez.
Si ce que je vous explique ici est encore incompréhensible, c'est pas grave nous allons justement voir dans les prochains articles ce que sont 'l'ouverture', 'la vitesse' et 'la sensibilité'.
La bonne nouvelle c'est que vous n'avez pas vraiment besoin d'en apprendre beaucoup plus, un appareil photo n'a en réalité que 3 réglages vraiment utiles, avec 3 modes de prises de vues qui leur correspondent.
VA - Lettre à un(e) jeune photographe
La photographie n'est pas un amas de pixels ou une émulsion. Une photographie est un voyage dans le temps, un souvenir, une mémoire, une information, un savoir, une invention, un choix, un instant volé, un moment à la sauvette, un tableau. Une photographie est une vérité.
Je ne crois pas pouvoir vous enseigner quoi que ce soit. Si vous lisez ces lignes c'est que vous avez déjà envie, et c'est le signe le plus encourageant pour votre apprentissage.
Une fois que vous aurez compris les 3 réglages que vous pouvez utiliser sur un appareil photo, j'espère que vous réaliserez que l'appareil n'a aucune importance et que vous commencerez dès que possible à travailler votre composition. C'est à dire que vous travaillerez votre regard.
La photographie vous apprendra à voir. La lumière, le mouvement, les détails, les lignes, les yeux, les mains. La photographie vous apprendra à anticiper une scène, vous verrez la photo avant qu'elle n'arrive. Ce micro voyage dans le temps est extrêmement satisfaisant, mais il s'accompagne d'un bonheur encore plus grand.
Vous verrez des photos partout. Un contraste étonnant, une douceur du matin, un geste que vous ne connaissiez pas, une matière que vous pourrez figer ou filer, un petit bout de tissu sur le parvis d'une église, une perspective qui s'accélère quand vous serez à genoux, une architecture étonnante, un oeil âgé et vif, un sourire en coin de résignation, une manipulation pour lever les voiles. Tous ces moments vous appartiennent.
Mais si vous êtes photographe, vous voudrez aussi les montrer. Choisissez ce que vous montrez avec exigence, soyez dur avec vous-même. On ne peut pas être vraiment satisfait de son travail si on veut progresser. 60% ça me parait bien : une grande zone de progression et juste au dessus de la moyenne pour pouvoir montrer vos photos.
Ne faites confiance à personne concernant vos photos. Les seuls commentaires que vous recevrez seront positifs, ne les croyez pas. On ne sait jamais à quel point on est un mauvais photographe tant qu'on a pas progressé. Faire une belle photo est facile.
Chaque photo a une histoire et chaque photo est une histoire. Ne négligez pas vos légendes, aucune photo n'existe sans légende. Vous serez plus souvent l'écrivain d'une photo faite. Nous sommes trop souvent des paresseux de la légende. Si vous voulez raconter l'histoire, il vous faudra dire où et qui, mais aussi quand et comment, et surtout pourquoi. Pourquoi avez-vous pris cette photo ? Pourquoi serait-elle importante pour quelqu'un d'autre que vous ?
Si vous me permettez cette familiarité, cher(e) ami(e), je vais vous tutoyer. Il n'y a vraiment qu'un seul conseil que tu devrais entendre : VA.
VA faire cette photo qui t'obsède
VA chercher un instant sans importance dans la rue en bas de chez toi
VA dans une nouvelle direction chaque jour
VA voir avec un oeil nouveau ce qui est familier
VA rencontrer ces inconnus, ils sont toujours plus amicaux
VA demander la permission, mais seulement après avoir pris la photo
VA prendre ces 100 000 photos qui te permettront d'oublier la technique
VA raconter cette histoire que toi seul connait
VA trouver une vérité, ta vérité, sur ce qui t'entoure
Si tu n'es pas là, tu ne verras pas. C'est aussi simple que cela : sois là. Sors de chez toi. Le seul moyen de progresser, c'est d'y aller.
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VA - Lettre à un.e jeune photographe
est un livre / ebook de 174 pages au format PDF, disponible sur le modèle “Payez ce que vous voulez”.
5 chapitres :
Ne regardez pas, composez
Apprenez la technique pour ne plus y penser
Sortez de chez vous - Initiation à la photographie de rue
Éditez avec exigence
Apprenez à voir
Travaillez votre scène
Chaque pixel de votre photo est important, ou presque. Chaque partie de votre photo doit être composée, tout le cadre est utile. La beauté vient lorsque tout fonctionne ensemble, rien n'est hors de propos, rien ne semble accidentel.Pour y arriver, le meilleur moyen est de travailler votre scène pour parvenir à identifier LE cliché.Ces deux photos sont prises à 1/4 d'heure d'intervalle, ce ne sont pas des 'snaps' mais le résultat d'un travail de chaque scène. Sur les photos choisies, chaque chose est à sa place dans l'ensemble du cadre.Vous aurez toujours 2 manières fondamentales de travailler une scène
Trouver un cadre et attendre
Trouver un sujet et le suivre
Dans le premier cas j'ai souhaité utiliser un reflet pour composer de manière symétrique, je me suis posé à l'endroit que j'estimais être le meilleur cadre, en utilisant les points de fuites de l'architecture de New York, puis j'ai attendu que la scène se déroule. Quand le cycliste me voit et me contourne, il est passé exactement là où je le souhaitais.Pour la deuxième photo j'avais pour objectif de photographier le Flatiron. Je connaissais donc mon sujet, et je souhaitais toujours utiliser les reflets donnés par l'averse qui venait de se terminer. Le principe ici est de "suivre" ou de tourner autour de votre sujet, pour trouver l'angle et la scène qui seront parfaitement synchrones.Notez que ces conseils fonctionneraient également dans le cas d'un portrait.Pour vous entraîner il vous suffira lors de votre prochain shooting ou prochaine sortie de travailler votre scène un peu plus. Après vos premières photos, arrêtez-vous et regardez votre cadre dans son ensemble. Est-ce que tout est à sa place ? Comment peut-on améliorer cette photo ?Si vous utilisez la première technique, attendez un peu plus. 5 minutes c'est rien mais il peut s'en passer beaucoup.Si vous utilisez la seconde, continuez à chasser le meilleur cliché en tournant autour de votre sujet.—VA est un programme de 25 articles qui a pour objectif d’enseigner à un(e) photographe débutant à prendre de grandes photos. Rien que ça 🙂
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Documentaire sur la photographie et New-York - Everybody Street
https://www.youtube.com/watch?v=XSG2dHa9ldI
Quito en noir et blanc - Film TriX 400
La photographie argentique ne m'a jamais vraiment quittée, j'ai simplement eu une année disons... différente, avec mon installation à Salvador de Bahia. Dans mon déménagement mon Yashica Electro 35 est resté dans un carton chez un ami, ce n'était pas ma priorité et j'emmenais déjà beaucoup de matériel.Lors de mon dernier séjour à New York j'ai sauté sur une occasion chez B&H, un Nikkormat qui fonctionne comme une horloge suisse et un 50mm. J'ai pu retrouver le plaisir du film, le TriX 400 pour ce qui me concerne, ma passion pour le noir et blanc étant à nouveau envahissante depuis que j'ai souhaité sortir un livre sur cette pratique.Et puis à Quito où j'étais pour écrire une histoire pour Serendipia, je tombe sur un rangefinder minuscule que j'ai eu pour une bouchée de pain. Et pour cause, il semble que l'enrouleur fonctionne moyennement, vous le verrez sur la partie droite de certains clichés.Alors me voilà dans les rues de Quito avec 2 boitiers argentiques, et un numérique pour assurer le job qui m'occupait tout de même. Le résultat me plait infiniment, et je dois bien reconnaître que la pratique évolue avec la pellicule. Le rapport au déclenchement est différent, j'ai le sentiment que chaque cliché compte un peu plus, que je fais plus attention à ce que je veux garder ou montrer.J'ai encore quelques difficultés à me régler quand les conditions de lumières sont difficiles. N'ayant de cellule sur aucun des deux boitiers, le plus souvent j'utilise une application sur mon téléphone pour évaluer la lumière et trouver le bon réglage.Mais le rendu est incomparable. Ces scans sont bien sûr intégralement pas retouché, en direct depuis Négatif+ .
