Ce que j’ai appris de Joel Meyerowitz et Garry Winogrand

Tous ces enseignements sont issus du dernier chapitre du livre ByStander de Colin Westerbeck et Joel Meyerowitz. ByStander est le meilleur ouvrage sur la photographie de rue qu'il m'ait été donné de lire, bien que le point de vue soit très américain. Ce dernier chapitre est une discussion entre Colin Westerbeck (conservateur, auteur et enseignant de l'histoire de la photographie) et Joel Meyerowitz, immense photographe que j'admire dans chacune de ses entreprises. Joël Meyerowitz retrace son parcours au début des années 60 et notamment sa relation particulière avec Garry Winogrand, un autre grand photographe de rue.

Joel Meyerowitz et Garry Winogrand se sont rencontrés dans le métro depuis Manhattan en direction du Bronx alors que Winogrand travaillait sur son premier livre "The Animals" et que Meyerowitz rentrait chez lui. Puis ils se sont croisés à plusieurs reprises dans les rues de Manhattan. S'en suivit une amitié qui laisse rêveur tout amoureux de la photo, deux des plus grands photographes de New York arpentaient les rues et photographiaient la plupart du temps ensemble.

Voici les enseignements que j'ai trouvé les plus inspirants de cette relation :

[NDLA : tout est traduit par mes soins]

Les photos de rue doivent être « dures »

Les photos de rue doivent être dures à réaliser. Les scènes doivent être dures à trouver. Si j'augmente la difficulté dans mes prises de vues, je limite le nombre de personnes qui pourront en réaliser des similaires, j'aurai moins de concurrence et serai plus facilement original. Surtout en augmentant la difficulté j'obtiens des photos qui ont une connexion émotionnelle forte avec celui qui regarde les photos. Une photo difficile est reconnue comme telle par celui qui la voit, son pouvoir de fascination est d'autant plus élevé. C'est aussi un bon moyen de lutter contre l'ennui et la répétition de situations tout le temps similaires ou banales.

Quelques exemples de photos difficiles à réaliser :

  • S’approcher très près. Voire trop près.

  • Composer en triangle. Essayer de toujours avoir 3 « scènes » ou sujets évidents sur une même photo sans qu’ils se chevauchent.

  • Le moment parfait. Je n’aime plus beaucoup l’instant décisif, j’ai maintenant beaucoup de mal avec cette notion, bien qu’elle m’ait fasciné pendant des années. On laisse passer en permanence des moments qui pourraient être plus beaux, plus intéressants, il faut apprendre à les abandonner. Un moment n’est pas décisif parce que vous avez su le capter, pour moi une photo est le meilleur élément d’un travail, d’une performance du photographe. Le moment est parfait parce que tout s’aligne comme vous l’avez espéré, attendu ou vu, et parce que la scène dit quelque chose de l'endroit où vous êtes ou du sujet que vous suivez.

Phrase de Joël Meyerowitz - ByStander

Photo Joel Meyerowitz

Photo Joel Meyerowitz

Photo Garry Winogrand

Photo Garry Winogrand

Mes photographies ont une humeur

Le travail de Garry Winogrand ressemblait à la vie qui passait en fuyant et ce gars l'attrapait au vol. Ses photos étaient drôles, drôles et folles. [...]

Garry Winogrand avait une hyper-personnalité. Il donnait un tempo tellement fort dans la rue qu'il était impossible à suivre. Vous aviez juste à adopter son mouvement. Quand j'étais avec lui, je ne le regardais pas, nous regardions chacun l'action autour de nous, mais je n'ai jamais vraiment adopté sa manière de travailler et de photographier. Vous pouviez le voir dans ses photos. Elles étaient tellement chargées, en les voyant vous commenciez à comprendre sa manière physique de prendre des photos. Elles vous montraient directement qu'elles étaient une réponse sans aucune hésitation.

Joël Meyerowitz - ByStander

C'est en travaillant de manière répétée à New York que je me suis rendu compte que mon humeur changeante pouvait influencer grandement mes photos. Si je traverse une étape difficile de ma vie, ma physicalité dans la rue sera différente, mes interactions seront différentes, et mes photos reflèteront mes émotions.

Au contraire si je suis joyeux, déterminé à sortir des photos, je repousserai des limites et irai chercher ce que je n'aurais jamais soupçonner pouvoir réaliser. Mon style photographique est avant toute chose représenté par mon humeur, et par un regard que je peux poser sur ce qui m'entoure. Pas uniquement un regard graphique, mais une énergie, que ce soit une curiosité ou une drôlerie, qui reflètera mes émotions les plus profondes.

Photo Garry Winogrand

Photo Garry Winogrand

Photo Joel Meyerowitz

Photo Joel Meyerowitz

Les manifestations sont d'excellentes occasions

Nous allions à chaque manifestation, chaque marche, tous les rassemblements à Central Park ou Times Square ; quand il y avait des marches, nous y allions tous. Nous nous y rendions vraiment pour deux raisons. Déjà parce qu'on prêtait notre corps à une bonne cause, parce que c'était juste, mais aussi parce que c'était un endroit parfait pour faire des photographies. C'était chaotique, il y avait des foules énormes, et puis il y avait les médias. [...] Tout le monde se tournait vers les camions de télévisions, et puis la police arrivait, les manifestants arrivaient, et bam, confrontation. Et puis les lumières de NBC s'allumaient à un autre endroit et ça bougeait le long de la rue. C'était comme un flipper.

Joël Meyerowitz - ByStander

Quand je commençais mon activité professionnelle à Paris, je passais chaque week-end à arpenter les manifestations qui ne manquaient pas d'arriver pour une raison ou une autre. Je choisissais bien sûr plutôt les causes que je défendais, n'étant pas en commande.

Aujourd'hui je vis à Salvador de Bahia, cette ville est plutôt réputée pour ses processions religieuses catholiques et Candomblé. Si je le peux, je suis présent à chacune d'elle. Les manifestations sont des endroits rêvés pour la photographie de rue, pour observer la vie quotidienne et les habitudes locales, et pour trouver des scènes extra-ordinaires qui seront parfaites pour des photos.

Photo Joel Meyerowitz

Photo Joel Meyerowitz

Photo Garry Winogrand

Photo Garry Winogrand

Trouver un camarade de jeu

Joël Meyerowitz dit de leur relation avec Garry Winogrand qu'ils étaient comme "deux gavroches" dans les rues du Bronx. Deux enfants essayant de capter la vie autant et aussi bien qu'ils pouvaient.

Garry aimait avoir de la compagnie. Il avait besoin d'être dehors dans les rues, et il avait besoin de compagnie avec lui tout le temps. C'était irrésistible, il était irrésistible. Il disait tout le temps "Allons-y ! Allons-y !" dès le début de notre relation, il m'appelait le matin et disait : "écoute, je te retrouve au Greasy Spoon au croisement d'Amsterdam et de la 96e. Nous prendrons un café, puis on sort et on photographie." Je sortais dans les rues intensément entre 1962 et 1965, avec ce gars, cette boule de nerfs inarrêtable.

Joël Meyerowitz - ByStander

Mes principaux camarades de jeu sont maintenant les participants à mes voyages-photo, où ceux à qui j'enseigne dans les rues de Salvador. Je me crois plus proche de Garry Winogrand sur cette aspect, j'aime avoir quelqu'un à qui montrer mes photos, discuter photographie ou des scènes que nous croisons, ou politique, ou quoi que ce soit en fait. La photographie, c'est mieux à plusieurs.

Et pour progresser j'ai adoré coller aux basques des grands photographes que j'ai trouvé sur ma route, merci à eux de m'avoir supporté. Trouvez un mentor et posez-lui toutes les questions que vous pouvez, ce sera toujours utile, et follement amusant.

Photo Garry Winogrand

Photo Garry Winogrand

Photo Joel Meyerowitz

Photo Joel Meyerowitz

La photographie est une méditation

Timing, intuition. C'est ce sixième sens que vous ne pouvez pas vraiment décrire à quelqu'un d'autre. Je ne voudrais pas aller de manière trop lourde sur cette partie mystique de la photographie, mais si vous êtes à un endroit suffisamment longtemps, que vous soyez en canoë le long du Grand Canyon ou si vous marchez le long de la 5ème avenue, vous commencez à apprendre le cours de la rivière ou des rues et à comprendre le comportement des gens. Si vous voyez une anomalie dans la foule, ou sentez un changement de densité de la foule, à 15 ou 20 mètres, vous allez vous préparer et essayer d'observer ce qui s'y passe, ce qui va arriver. Vous commencez à prévoir et à vous projeter en position et alors peut être que ça viendra de votre côté.

Joël Meyerowitz - ByStander

Rentrer dans cette zone si particulière de concentration n'arrive pas instantanément, ça se décide. Quand je commence à chercher des photos autour de moi, ma concentration grandit peu à peu. Une lumière étonnante, un détail amusant, puis tiens une scène qui correspond à ma focale, comment pourrais-je l'attraper. Et si j'allais là ? Mais pourquoi a-t-il l'air triste. Oh un beau rouge qui sort d'une zone d'ombre. Mais qu'est-ce que c'est que ce chapeau, haha ça n'a l'air de rien.

Quand je lève le nez il peut s'être passé 20 minutes, surtout si je n'ai personne avec moi. Rentrer dans la zone commence par une méditation, mon appareil, un réglage, ok je commence autour de moi, puis plus loin et je scanne, zone après zone. Et je recommence.

Photo Joel Meyerowitz

Photo Joel Meyerowitz

Photo Garry Winogrand

Photo Garry Winogrand

1200 ISO et être là

Nous travaillions de manière totalement différente de Robert Franck. C'est une différence de métabolisme, mais c'est aussi une différence technique. Avec Garry Winogrand nous utilisions de la pellicule Tri-X 400 que nous poussions à 1200 ASA [NDLE équivalent 1200 ISO si vous utilisez un appareil photo numérique]. La raison est que cela nous permettait d'avoir une vitesse au 1/1000e de seconde autant que possible, parce que si vous faites de la photo de rue au 1/125e de seconde, les photos sont floues. Si vous êtes en train de bouger vers quelque chose ou si votre sujet est en mouvement, l'un des deux mouvements ruinerait la photo. Je m'en suis rendu compte en observant le travail de Garry. Pousser le film comme ça était l'innovation de Garry.

Joël Meyerowitz - ByStander

Pendant des années j'ai photographié dans les rues ou en reportage en mode priorité vitesse au 1/250e de seconde, avec une sensibilité de 200, 400 ou 800 ISO selon les conditions de lumière. Mais avec le temps je reviens à plus de simplicité : Mode P et 1200 ISO minimum pour que la vitesse soit suffisamment élevée.

Moins je pense à mes réglages, plus je passe de temps à composer et à chercher des photos "dures" à réaliser. Le dicton populaire en photographie de rue est "F8 and be there" - "F8 et soyez-là". Mais je crois que "ISO 1200 et soyez-là" est encore plus pertinent.

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Le talent n’existe pas - la règle des 10 000 heures

Le talent n’existe pas. Plus j’avance dans la photographie plus j’en suis convaincu. Le talent de « voir » n’est pas un don du ciel, c’est une pratique répétée pendant des heures et des heures et des heures, pendant des années. La lecture récente pendant mes vacances du livre « Outliers » de Malcolm Gladwell n’a fait qu’apporter la confirmation [Traduit en Français avec l'horrible titre "Tous Winners"]. J’avais déjà découvert la ‘règle des 10 000 heures’ pendant mon séjour au Mali alors que je débutais en photographie professionnelle, dans ce livre elle est détaillée et expliquée.

Je vous invite à lire Outliers par ailleurs pour comprendre par exemple pourquoi les grands patrons de la Silicon Valley sont tous nés entre 1951 et 1953 ou pourquoi 99% des joueurs internationaux de Hockey sur Glace au Canada sont nés avant le 1er septembre. Outliers explique et analyse les conditions du succès chez ceux qui ont eu la plus grande réussite possible dans des domaines variés et c’est passionnant. Une des conditions du succès, sinon la principale, le point commun entre toutes les personnes qui réussissent et deviennent les meilleurs quelque soit la discipline est la règle des 10 000 heures. En la retrouvant 7 ans après mon premier épisode, je ne pouvais pas passer à côté, voici pourquoi je la trouve intéressante pour votre photographie.

Est-ce que le talent est inné ?

[spoilers] non

Pendant presque une génération les psychologues du monde entier ont débattu la question que la plupart des sociologues considèrent résolue depuis longtemps. Cette question est : est-ce que le talent inné existe ? La réponse évidente est oui.

Et pourtant quand sont analysés les plus grands talents du monde dans tous les domaines possibles, chez ceux qui ont la meilleure performance mondiale ("world class performers"), tous ont un point commun : 10 000 heures de pratique intensive, avec pour objectif de s’améliorer. On ne parle pas uniquement d’une pratique-loisir détachée, ou alors il y aurait des champions du monde du selfie (OH WAIT).

Un des exemples les plus étonnants concerne une étude menée sur des violonistes au début des années 90 par Anders Ericsson et deux collègues de l'Académie de Musique de Berlin. Cette étude sépare en plusieurs groupes des violonistes qui ont à peu près tous commencé au même âge de 5 ans. Les meilleurs ont tous le point commun d’avoir augmenté leur volume de pratique de 2-3 heures par semaine à 4-5 heures puis 7-8 heures, notamment parce qu’ils ont eu accès aux meilleurs écoles. Les meilleurs, à 20 ans, cumulaient TOUS environ 10 000 heures de pratique.

Ce qui est étonnant dans l’étude d’Ericsson est que lui et ses collègues n’ont jamais pu identifié des musiciens « naturels », qui vont sans effort jusqu’au sommet en pratiquant seulement une fraction de ce qu’ont fait les autres. Tout comme ils n’ont pas trouvé quelqu’un qui travaille autant ou plus que les autres et qui n’aient pas ce qu’il faut pour crever le plafond, qui n'aurait pas le talent nécessaire. Ce que montre leur étude est qu’une fois qu’un musicien a ce qu’il faut pour rentrer dans une école de musique, tout ce qui distingue un musicien d’un autre est la quantité de travail.

Toutes les disciplines sont concernées

Dans tous les domaines ces 10 000 heures se retrouvent : le sport, les arts, ou la programmation. Les grands patrons de la Silicon Valley sont tous nés entre 1951 et 1953 parce qu’ils ont eu accès pendant leur adolescence à des écoles qui avaient un matériel informatique rare pour l'époque qui permettait de passer leur pratique de la programmation de 20 Minutes par jour à 8 heures par jour, alors que tout le monde ou presque était bloqué à 20 minutes par jour. Ils ont eu un avantage, celui de pouvoir atteindre les 10 000 heures plus rapidement que les autres.

« Étude après étude, ce qui apparait est que 10 000 heures de pratique sont requises pour être un grand maître [NDLE : world class performer] dans n'importe quel domaine » écrit le neurologiste Daniel Levitin. Que vous soyez compositeur [NDLE oui l’exemple de Mozart prend un coup au passage], basketteur, romancier, pianiste, joueur d’échecs ou criminel, ce nombre revient encore et encore. Bien sûr, certains obtiennent plus de leurs sessions de pratique que d’autre, mais personne n’a trouvé de cas où un grand-maître a accompli son apprentissage en moins de temps.

Malcolm Gladwell - Outliers

10 000 heures = 10 ans - Si vous pratiquez quotidiennement

Attention, 10 000 heures est un chiffre énorme. Si vous le rapportez à la photographie, imaginons que vous arriviez à pratiquer 2 heures et demi par jour TOUS les jours de l’année, il vous faudrait 10 ans pour arriver à 10 000 heures. C’est gigantesque, faramineux, au début du chemin ça parait impossible. Bien sûr la pratique de la photographie ne se limite pas à la prise de vue. Édition, développement, assemblage, construction de projet, publication sont pour moi tous constituants de la pratique photographique. Mais tout de même, c’est vertigineux.

Je ne suis pas sûr d’avoir atteint mes 10 000 heures, mais je sais que je m’en approche. Pendant mes premières années, il y a 12 ans, ma pratique était parsemée, irrégulière. Mais pendant plusieurs années j’ai eu la chance de travailler intensément pendant des périodes prolongées. Plusieurs fois pendant 4 à 5 mois je travaillais 7 jours sur 7 avec une moyenne de 8 heures par jour entre des clients institutionnels, différents projets qui venaient jusqu’à moi et des voyages-photo. 4 mois à raison de 8 heures par jour, ça donne environ 1 000 heures.

Autre méthode de calcul : les premières années de photographie que je croyais intensives tournaient à 30 000 déclenchements par an. Quand je cherchais à démarrer mon activité professionnelle je posai la question à un photographe sur le Salon du Chocolat qui était professionnel depuis plus de 10 ans, sa moyenne était de 150 000 à 200 000 déclenchements par an. Chiffre que j'ai atteint pendant mes années professionnelles à Paris. Ça suppose d’avoir les clients pour, mais ça vous donne aussi une idée du volume de photos que vous avez à produire si vous voulez atteindre un grand niveau d’expertise.

Jamais satisfait

Fondamentalement, rien ne vous oblige à viser les étoiles, on peut aussi avoir pour ambition d’être un amateur éclairé qui sait faire un peu de photo. Si j’évoque ces éléments c’est aussi pour que vous ne soyez pas satisfait d’arriver simplement à réaliser quelques bonnes photos ou à travailler sur un projet. Je ne parle même pas de ceux qui restent bloqués sur la technique et la soi-disant performance de leur appareil photo. Vous n’iriez jamais dîner chez un restaurateur qui ne parlerait que de ses casseroles.

10 ans, c’est le tarif. Et même 10 ans après, le chemin ne s’arrête pas, ce n’est pas un statut que l’on gagne, ce n’est pas une médaille. C’est un questionnement permanent : comment vais-je pouvoir réaliser de meilleures photos ? À quoi pourrais-je avoir accès qui permettrait un projet original et intéressant ? Quelle photo ferait la meilleure couverture pour un livre ? Est-ce que j’arriverai à sortir un livre par an ?

Je me rends bien compte que j’ai pris confiance dans ma photographie, je sais où je veux aller pour mon travail personnel et je sais répondre à de nombreuses situations en commande. Je dois reconnaître qu’avoir réfléchi à un programme pédagogique et écrit sur la photographie depuis l’année dernière ont été particulièrement intéressants pour mes progrès. Cela m’a été permis parce que j’ai très peu de clients à Bahia et que j’ai pu y consacrer du temps, mais c’est une bénédiction pour ma photographie personnelle, je n’ai que trop vu des photographes professionnels corporate qui ne sortaient plus de livres ou ne réalisaient plus de projets d’exposition, accaparés par les commandes.

J’ai eu la chance, au début de mon chemin de photographe, plusieurs fois de pouvoir observer au quotidien des photographes professionnels qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi. Le contraste était saisissant, et pas uniquement sur la confiance en soi. Il y a chez eux une certitude dans leurs gestes, ils savent ce qu’ils font, pourquoi et comment. Le meilleur exemple que j’ai en tête est lors de mon premier voyage en côte Amalfitaine. J’étais le 2ème photographe qui apprenait la destination avec un groupe mené par Hervé Hughes. Alors que j’avais déjà une certaine expérience en photographie, je n’ai pas pu passer à côté de la rapidité d’exécution d’Hervé et du volume de « bonnes » photos qu’il arrivait à produire.

Quelque soit l’endroit : plan large, plan moyen, plan serré, horizontale, verticale, portrait, détail, paysage, photo de rue, techniques créatives. Tout était fluide et exécuté avec une dextérité parfaite, Hervé est un maître qui a plus de 30 ans d’expérience. Ma seule réserve serait de ne destiner son travail qu’à la commande, un photographe d’agence aurait peut être tendance à ne produire que des « photos d’agence » en oubliant son travail personnel. Hervé n'est pas concerné, avec plus de 14 livres à son actif.

Pratiquez quotidiennement

Et pour vous ? Et bien c’est simple, il va falloir se retrousser les manches et faire des gammes. Manier un appareil photo est facile, produire régulièrement des grandes photos est une performance remarquable, presque impossible. Mais c’est possible. Comment ? En pratiquant tous les jours, au moins 1 heure par jour. Cela n’a pas besoin de n’être qu’une heure de prise de vues, la photographie est constituée de beaucoup d’autres éléments. Si votre travail ne vous le permet pas, utilisez vos trajets, ou vos pauses déjeuner. Un sandwich en 10 minutes et c’est parti pour 3/4 d'heure. Et puis les week-ends. J’aimais tellement mes week-ends consacrés exclusivement à la photographie. Je les aime toujours, ils ne m’ont pas quitté :)

If I knew what made a good photograph, I'd give up photography tomorrow

Martin Parr

Photo Genaro Bardy - La Ville Miraculeuse, New York, 2019

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Comment commencer un projet en photographie de rue

Photographier en série est la recette du bonheur. Voir un projet éclore, s'accomplir, est le summum du plaisir en photographie. Certains vous diront que c'est la seule manière de procéder, je suis en désaccord avec cette assertion radicale.

La photographie peut être extrêmement simple et rester un petit journal de votre vie quotidienne. La photographie peut aussi être utile de manière tout à fait pratique pour communiquer l'existence ou l'avancée d'une activité. Quand je photographie mon fils, je n'ai pas d'intention de publier, d'exposer ou d'assembler les photos dans un livre, ce n'est pas un projet et ça reste pour moi de la photographie.

Mais si vous voulez aller plus loin dans votre expression artistique, une seule voie : le projet photographique, quelque soit la forme finale qu'il prenne.

Explorons ici quelques moyens d'initier un projet photographique.

Une obsession

Un projet photographique devrait commencer par ce que vous pouvez photographier pendant 5 ans sans jamais vous lasser. Un projet est avant tout une obsession.

J'ai personnellement une obsession avec New York que je n'aurai jamais fini d'explorer, si je ne m'y installe pas un jour je sais que j'ai encore quelque chose à aller chercher. Dès que mon projet "Ville Déserte" a commencé j'ai eu mes yeux sur New York qui est pour moi la capitale du monde. J'ai commencé un autre projet à New York avec une autre obsession, concentrée sur les couleurs primaires. Quand j'ai un projet en tête et qu'il s'accroche, j'ai l'impression qu'il me reste à l'esprit en permanence, que je ne peux plus le lâcher tant que je n'en ai pas sorti un objet fini. Pour moi cet objet fini est un livre, mais cela pourrait prendre d'autres formes : un diaporama, un film, pourquoi pas un Leporello.

Alex Webb parle de l'obsession dans son livre On Street Photography and the Poetic Image, quand il décrit son processus d'écriture de livres. Il explique qu'une grande partie du projet est de découvrir la nature particulière de son obsession, sans vraiment en connaître la fin. La plupart de ses projets commencent par une phase exploratoire autour d'une destination particulière. Puis l'obsession nait et grandit après une découverte.

Photo Genaro Bardy - Primal NYC

Photo Genaro Bardy - Primal NYC

Photo Genaro Bardy - Primal NYC

Photo Genaro Bardy - Primal NYC

Le succès

Pour débuter un projet, commencez par analyser vos photos qui ont eu du succès dans le passé. Quelles en sont les caractéristiques ? Que racontent-elles ? Pourriez-vous réaliser cette même série là où vous vous trouvez maintenant ? Dans d'autres endroits ?

Mes villes désertes ont commencé parce que je suis arrivé pour une semaine de travail (dans ma vie passée) à New York la veille de l'ouragan Irene en 2011. Toutes les télés étaient en boucle, Brooklyn avait déjà des zones inondées par les pluies incessantes et le couvre-feu était recommandé à partir de la fin de journée. J'ai descendu Manhattan le long de la 5ème avenue depuis Mid-Town vers le quartier financier à travers Greenwich Village. Plus j'avançais, plus la ville se vidait de ses habitants. J'ai édité mes photos pendant la nuit de l'ouragan et publié mes photos le lendemain matin sur mon blog, Facebook et Flickr. Ce projet était tout simple et s'appelait alors "Le Calme avant Irene". À l'époque c'était mes photos qui avaient été le plus partagé, et probablement la seule fois où l'une d'elles était en page d'accueil de Flickr.

3 ans plus tard, alors que je commençais mon activité de photographe professionnel, je me suis demandé comment je pouvais reproduire ce type de photos, sans personne. Parce que je voulais travailler à Paris et que je ne pouvais pas prévoir les ouragans, j'ai essayé de me demander quelle serait la nuit la plus calme de l'année. Noël était un mois plus tard, j'ai fait un rapide repérage et tracé un parcours pour la nuit de noël pour réaliser un maximum de photos, c'était un essai. L'ouragan est alors arrivé pour mes photos qui ont été reprises dans des dizaines d'articles. Une fois le principe éprouvé à Paris, j'ai eu mes yeux sur Londres, Rome, Tokyo, et bien sûr New York pour continuer le projet.

Photo Genaro Bardy - Le Calme avant Irene - New York, 2011

Photo Genaro Bardy - Le Calme avant Irene - New York, 2011

Une histoire

C'est ici que vous devez prendre conscience qu'un projet photographique peut simplement être un projet d'auteur, indépendamment du moyen qui est utilisé pour raconter une histoire, en l'occurence des photos.

Nous avons tous des histoires que nous racontons à des amis ou des nouvelles connaissances. Quelqu'un dans votre famille qui a un parcours étonnant ? C'est une histoire. Un lieu pour lequel vous avez un attachement particulier ? Vous connaissez certainement des dizaines d'histoires de ceux qui le peuplent.

La particularité d'une histoire est à priori la notion temporelle. Une histoire ça commence par "il était une fois" et ça finit par "ils vécurent heureux" si vous vous appelez Disney. Vous aurez des personnages dont vous voudrez réaliser des portraits, des lieux dont vous aurez besoin de paysages ou de détails, quantité d'éléments qui composeront votre histoire, ils seront toujours liés par le temps : vous aurez un début, un incident, un sujet, qui évoluera dans le temps. L'ensemble va constituer un arc narratif.

Et puis vous trouverez des histoires qui ne respectent aucun code, qui ont des manières originales d'être racontées. En cinéma par exemple Christopher Nolan est connu pour jouer avec les codes narratifs en modifiant les structures temporelles classiques.

Vous trouverez autant de manières de raconter une histoire que d'histoires, vraiment. Mais si vous voulez débuter un projet, commencez par l'histoire que vous connaissez et qui fascine quand vous la racontez. Photographiez ses personnages, ses lieux, et utilisez l'évolution dans le temps pour la développer.

Le hasard

Marchez de manière aléatoire, perdez-vous en prenant des directions au hasard, au fil d'inspirations spontanées. Robert Adams explique qu'il ne pourrait jamais commencer un projet en écrivant à l'avance ce qu'il devait photographier. Ce sont les photos issues d'explorations aléatoires qui donneront une idée à posteriori.

Pour Robert Adams la plupart des livres commencent par une marche et des photos, sans aucun plan. Quand on connait le travail dantesque réalisé pour ses livres, on pourrait dire que le hasard se transforme alors... en obsession.

Photo Genaro Bardy - My Soul so Cool from the Bath of Light - Salvador de Bahia, 2018

Photo Genaro Bardy - My Soul so Cool from the Bath of Light - Riohacha, 2019

Photo Genaro Bardy - My Soul so Cool from the Bath of Light - Bogota, 2019

L'ancien

Revisitez d'anciennes séries de photos et demandez-vous ce que certaines pourraient avoir en commun. Pourquoi avoir choisi une photo plutôt qu'une autre ? Est-ce que cette raison tient encore aujourd'hui ? Et si vous commenciez à assembler certaines photos de séries qui n'ont rien à voir, comment pourriez vous continuer ce que vous commencez à raconter ?

Un projet photo ne va pas révolutionner le monde de l'art, il ne doit pas être un statut ou une épreuve de vanité. C'est simplement un assemblage de photos, accompagné de textes plus ou moins longs. Cela peut paraître basique, mais je suis convaincu que vous aurez besoin de pratique en projets photographiques pour progresser, que vous avez besoin d'éprouver et de rater des projets comme on rate des photos. Commencez par un projet basique en re-visitant des photos déjà réalisées.

Photo Genaro Bardy - Underdogs - New York, 2010

Photo Genaro Bardy - Underdogs - New York, 2011

Un titre

Notez des titres dans un carnet, dès que vous voyez un assemblage de mots qui feraient un bon titre de projet. Un titre que vous auriez envie d'explorer comme lecteur, un bon mot, un jeu de mots, une phrase qui chante, une poésie en prose, tout ce qui vous passe sous les yeux et qui ferait un bon titre.

Je crois qu'il n'y a rien de plus beau qu'un joli carnet avec une belle écriture, mais j'écris de manière totalement désordonnée mes carnets ne ressemblent à rien. Personnellement j'utilise Google Keep (Application Android et Web), qui me permet de synchroniser entre mon ordinateur et mon téléphone. Puisque j'ai pris la fâcheuse habitude de lire tout ce qui n'a pas de photos sur l'application Kindle de mon téléphone, je copie les passages qui m'intéressent dans Keep.

Puis demandez-vous comment vous pourriez réaliser un projet photo à partir de chaque titre. Commencez à établir la liste de photos dont vous pourriez avoir besoin pour développer un titre. Marie Lemeland avec qui nous avons réalisé La Ville Miraculeuse y explique avoir pris ce titre d'un poème de Paul Nougé. Ce poème serait d'ailleurs une excellente source pour plein de projets photo :)

Photo Genaro Bardy - La Ville Miraculeuse - Paris, 2018

Photo Genaro Bardy - La Ville Miraculeuse - Salvador, 2019

Photo Genaro Bardy - La Ville Miraculeuse - Shanghai, 2015

L'inspiration

Le moyen le plus facile de commencer un projet photographique est de s'inspirer des grands maîtres. Prenez un projet qui vous intéresse ou vous fascine et demandez-vous : si je devais réaliser un projet similaire, à ma manière, comment est-ce que je ferais ?

Est-ce que c'est un plagiat ? de la copie ? du vol ? Bien sûr que non. Partez du principe que toutes les photos on été faites et que tous les projets ont été réalisés. Ce que vous pouvez proposer sera toujours une adaptation d'un principe déjà vu ailleurs. Me concernant j'ai découvert après "Desert in Paris" que Masataka Nakano avait déjà proposé ce principe avec Tokyo Nobody. Si le principe est identique, les différences sont majeures : Masataka a réalisé son livre sur 10 ans essentiellement le matin, alors que chacune de mes villes désertes sont capturées sur une seule nuit, toujours pendant une fête familiale (Noël à Paris, Londres ou Rome, Thanksgiving à New York, le jour de l'an à Tokyo). Et ça n'a pas empêché d'autres photographes de proposer Paris désert, à d'autres occasions.

https://www.youtube.com/watch?v=nJPERZDfyWc

Tout est remix. Inspirez-vous des plus grands photographes et adaptez les projets que vous aimez à votre sauce, avec votre patte, votre oeil. Si vous croyez en une histoire, c'est une raison suffisante pour commencer à la raconter. Si vous étiez écrivain, vous ne vous empêcheriez pas d'écrire un roman policier parce que ça a déjà été fait.

Pour nourrir votre inspiration, je vous propose deux livres qui contiennent quantité de projets passionnants :

  • The Photobook: A History Volume III by Martin Parr - Une histoire des livres photo par le génial Martin Parr. Les premiers volumes feraient l'affaire mais celui-ci est plus récent et donc à mon avis plus pertinent.

  • Magnum histoires - Ce livre est nettement moins cher et regroupe les histoires de séries de photos des grands maîtres de l'agence Magnum. Chaque histoire pourrait être une inspiration pour vous, et ce prix pour un livre si gros et beau c'est le meilleur cadeau que vous pouvez vous faire.

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L'ennui en photographie de rue

Il est facile de s'ennuyer en regardant de la photographie de rue. L'offre est devenue pléthorique avec l'explosion du nombre incalculable de photographes que l'on peut suivre, que ce soit sur Flickr, 500px ou maintenant Instagram. Mais ce sont surtout des photographes moyens ou en cours de progrès qui publient leur photos. Croyez bien que je m'inclus dans ce phénomène. J'ai commencé la photographie avec l'avénement des réseaux sociaux et trop longtemps j'ai partagé des photos que je trouve maintenant médiocres.

L'objet ici n'est pas de vous faire prendre conscience de la médiocrité ambiante, c'est une évidence. Ce dont il faut à mon avis prendre conscience et qui peut vous faire gagner un peu de temps et progresser :

On ne sait pas à quel point
on est un mauvais photographe
tant qu'on a pas progressé.

Heureusement en photographie vous n'aurez pas de ceinture jaune, rouge ou bleue, vous n'aurez pas de division 1, de district ou de compétition régionale. C'est notamment pour cette raison que je ne recommande absolument pas de participer à un club photo local qui ne vous permettra jamais de dépasser le niveau de ceux qui l'animent. À la limite si c'est pour vous donner des occasions de sorties et des thèmes pourquoi pas, mais s'il vous plait ne participez pas à des concours jugés par des photographes médiocres. VOUS devez être le seul juge de vos progrès, en vous comparant aux grands maîtres dont les travaux sont accessibles notamment par leurs livres.

Si vous vous donnez pour objectif de progresser, vous verrez les progrès, mais seulement au bout du chemin... Vous ne verrez vos défauts actuels qu'après avoir franchit un cap.

Photo Genaro Bardy - Parisiens, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - Paris, Juin 2019

Photo Genaro Bardy - Parisiens, Juin 2019

Pourquoi l'ennui

L'ennui en photographie de rue est si vite arrivé, il peut avoir différentes raisons :

  • un passant qui marche de dos dans un lieu touristique.
  • un cadrage mal maîtrisé.
  • un sujet totalement banal.
  • le cliché exotique pendant un voyage.
  • un geste interrompu au mauvais moment. Certaines démarches fonctionnent, d'autres non, apprenez à les reconnaitre.
  • un développement extrême ou à l'inverse extrêmement simple et sans relief. (je vous ai dit pour les profils colorimétriques ?).
  • Une scène que vous êtes le/la seul.e à voir. Ne confondez pas le moment que vous avez passé avec la photo qui en est le résultat.

Les exemples sont sans fin. Il me parait essentiel de toujours se demander comment améliorer une photo, tout comme dans le doute il vaut mieux ne pas publier.

Photo Genaro Bardy - My soul so cool from the bath of light - Bogota, Sept 2019

Photo Genaro Bardy - My soul so cool from the bath of light - Bogota, Sept 2019

Photo Genaro Bardy - My soul so cool from the bath of light - Salvador, Sept 2019

Développez un regard personnel

Nous avons tous un message important, mais uniquement s'il vient du fond du coeur. Plusieurs éléments peuvent vous permettre de progresser vers une photographie plus personnelle, qui sera toujours le meilleur moyen de lutter contre l'ennui du spectateur :

  • Apprenez le langage visuel. Comment se transmet un message dans une image ? Quel est le signifié (ce que vous voulez dire) de votre signifiant (votre photo).
  • Verbalisez vos photos pour les étudier. Commencez par les décrire dans le moindre détail, puis à en expliquez le sens, et enfin ce que vous ressentez en la voyant. Je vous recommande de parler à voix haute, comme si vous parliez à un ami, pour vous forcer à mettre des mots sur vos photos.
  • Étudiez la symbolique. De quoi cette photo est-elle le symbole ? Comment feriez-vous si vous deviez photographier la séparation ? Le deuil ? Comment s'exprime la joie en dehors d'un sourire ? Exercice : choisissez un Emoji et essayez d'en faire une photo.
  • Montrez vos photos à vos proches. Par exemple entre deux photos qui auraient un sens similaire, mais une composition légèrement différente, demandez-leur celle qu'ils préfèrent, et surtout demandez-leur pourquoi. Une personne ne fera pas de différence, vous resterez le/la seul.e juge, mais vous verrez le chemin que fait votre photo ou plutôt son sens chez quelqu'un d'autre.
  • Ne sortez pas "pour faire des photos de [centre de la ville]", plutôt essayez de suivre un sujet. Quelques exemples pour commencer :
    • Quelqu’un dans l’eau
    • Quelqu’un d’intimidant
    • Quelqu’un d’irritant
    • Quelque chose de furtif
    • Quelque chose d’intemporel
    • Quelque chose que vous ne comprenez pas

  • Quand vous revenez de votre shooting, demandez-vous ce que vous avez vraiment envie de photographier. Cela n'a pas besoin d'être profondément intellectuel ou compliqué.
  • N'oubliez pas que le/la photographe de rue est avant tout un.e sociologue.

Photo Genaro Bardy - Parisiens, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - My soul so cool from the bath of light - Riohacha, Colombia Sept 2019

Photo Genaro Bardy - Parisiens, Nov 2019

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5 leçons sur la photographie de rue avec Elliot Erwitt

Photo Elliott Erwitt

Elliot Erwitt est un photographe mondialement connu basé à New York mais constamment en voyage. Il est membre de l'agence Magnum depuis 1958, sa carrière continue depuis plus de 60 ans et il a été exposé dans de nombreux musées prestigieux. Elliott Erwitt est une sommité de la photographie et un grand maître de la photographie de rue.

Ces enseignements seront souvent illustrés par des photographies issues du livre Elliott Erwitt's NEW YORK dont je prends conscience à l'instant en commençant cet article que je possède un exemplaire signé. Je pense en avoir fait l'acquisition lors de l'une de ses expositions à Paris, mais rien n'est moins sûr. Je suis en tout cas un fan absolu du travail d'Elliott Erwitt, de son regard et de sa drôlerie, je ne peux pas imaginer présenter certains grands maîtres de la photographie de rue sans Elliott. Il représente une de mes inspirations majeures en photographie.

Eloge de la sérendipité

La sérendipité est la conjonction du hasard heureux qui permet au chercheur de faire une découverte inattendue d'importance ou d'intérêt supérieurs à l'objet de sa recherche initiale, et de l'aptitude de ce même chercheur à saisir et à exploiter cette « chance ». (Wikipédia)

Les photos d'Elliott Erwitt sont un éloge de la sérendipité, un hymne au hasard heureux et à la chance provoquée. La photographie de rue est une pratique qui est pleine de petits moments anodins, intéressants, curieux. La curiosité, voilà, c'est la qualité du photographe de rue. Et notre curiosité, notre soif de voir est étanchée par la sérendipité qui ne manquera pas d'arriver, si et seulement si nous sortons de chez nous pour faire des photos.

Photo Elliott Erwitt

USA. New York City. 1949.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York. 1968.

Déambuler sans direction ou plan

Que vous soyez en train de découvrir une nouvelle ville ou que vous exploriez en bas de chez vous, laissez-vous porter par l'instinct, ne faites aucun plan. Elliott Erwitt explique régulièrement ne faire aucun plan quand il explore une ville, je crois que c'est la meilleure manière de pratiquer la photo de rue.

Trop souvent j'ai une idée pré-conçue de là où je souhaite aller, de ce que je voudrais voir ou photographier. Mais chaque fois que je décide d'aller photographier et d'avancer sans but ni trajectoire je découvre des scènes merveilleuses, une lumière incroyable ou un sujet inattendu. Ne soyez pas un touriste, restez un explorateur.

Quand j'emmène des groupes à New York, j'aime improviser en fonction de la météo, d'un ferry raté qui me fait aller dans une autre direction, d'envies soudaines ou d'inspirations sur des lieux photographiés par certains que j'admire. Je laisse toujours une place à l'inattendu, je crois que la photographie de rue devrait toujours être pratiquée ainsi.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York City. 1953.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York City. 1950.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York. 1954.

Ne pas se soucier de la technique

Certaines des photos du livre Elliott Erwitt's New York ne sont tout bonnement pas justes techniquement. Mise au point approximative, notamment sur la photo de couverture ! Flou avec une vitesse qui pourrait paraître trop lente. Les exemples sont nombreux et ne posent aucun problème.

L'émotion passe devant la technique, le moment est plus important que la photo elle-même. C'est une leçon d'humilité et de curiosité, regardons avant de déclencher, observons plutôt que de régler. Et ne regardons pas nos photos quand nous sommes dehors, nous pourrions laisser passer un moment merveilleux.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York.

Travailler toute sa vie

Tous les moments sont bons, même lors de commandes et de travaux qui peuvent paraître inintéressants. On retrouve dans Elliott Erwitt's New York quantité de clichés issus de son activité de photographe professionnel, des photos qui sont clairement des commandes. Et on trouve des moments de tendresse de son quotidien, des moments de vie de tous les jours. La photographie peut être tellement personnelle, intime, simple et profondément subtile en même temps. La photographie ne s'arrête jamais. C'est pourquoi je croie que pour devenir un meilleur photographe il faut se servir de son appareil tout le temps, toute sa vie.

Elliott Erwitt travaillera littéralement toute sa vie, aussi. Lors d'une interview en 2017 il explique alors à l'âge de 88 ans que ses 4 ex-femmes et 6 enfants ne lui laisseront jamais le temps d'une retraite pourtant bien méritée. Je me sens totalement concerné par cette observation, j'ai commencé bien trop tard et je ne mets jamais d'argent de côté, je sais que j'irai au bout et travaillerai tout ce que je pourrai. Ce qui ne me pose aucun problème, à part de ne pas pouvoir travailler en permanence sur des projets personnels. Mais les commandes sont aussi des occasions de voir autrement et différent.

Photo Elliott Erwitt

Photo Elliott Erwitt - USA. New York City. 1954. Jazz alto saxophonist Paul DESMOND.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York City. 1950.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York, New York. 1954. Third Avenue El.

Ne pas se prendre au sérieux

Les livres d'Elliott Erwitt sont pleins de drôlerie, de moments facétieux. Ces photos ne sont jamais des situations inconfortables ou honteuses, juste une pointe d'amusement souvent mêlée à une infinie tendresse. Ou parfois simplement un chien qui a une sacrée gueule.

Je partage avec Elliott un amour infini des chiens, dont nous sommes les meilleurs amis (et pas l'inverse). Je lui dois également la popularisation du 'Dogview', principe de prise de vues où le photographe se met à la hauteur d'yeux du chien.

La photographie n'est pas une question de vie ou de mort, c'est bien plus sérieux que ça ! Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux, voilà un mantra fabuleux à garder des photos d'Elliott Erwitt.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York City. 1977.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York.

Photo Elliott Erwitt - USA. New York.

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Photo de rue et droit à l'image - Peut-on photographier des inconnus sans demander la permission ?

Paris, juin 2021 - Photo Genaro Bardy

Oui, tant que c'est dans un espace public.

C'est la principale question de débutants dans mes workshops et certainement la question la plus posée à propos de la photographie de rue : Peut-on photographier des inconnus sans demander la permission ? Alors attaquons cette réponse en essayant d'être le plus concis possible, c'est à dire un peu plus qu'un "oui" qui devrait pourtant suffire. Les informations présentées ici sont issus d'articles et interviews de Manuel Dournes et Joëlle Verbrugge, juristes spécialisés et reconnus sur la question.

Le droit à l’image est régi par plusieurs textes :

  • Règlement (UE) 2016/679 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel, Droit à l'effacement (article 17)

  • Loi n°78-17 du 6 janvier 1978 - Informatique et libertés - Article 110

  • Code civil : articles 7 à 15, respect de la vie privée (article 9)

  • Code pénal : articles 226-1 à 226-7, Atteinte à la vie privée

  • Code pénal : articles 226-8 à 226-9, Atteinte à la représentation de la personne

  • Code de procédure civile : articles 484 à 492-1

Ces textes ne contiennent pas d'élément qui encadre directement le droit à l’image, c’est donc par jurisprudence que les désaccords sont réglés. En pratique le droit à l’image est en conflit avec le droit d’auteur, le droit qu’a le photographe de s’exprimer par la photographie. En cas de plainte, c’est donc au magistrat de décider s’il faut donner la priorité au droit d’auteur du photographe ou au droit à l’image de la personne photographiée.

Le droit à l'image n'intervient qu'à la publication

Sur le principe, on ne peut pas empêcher la prise de vue. Le droit à l’image intervient à la publication. À ce titre, Joëlle Verbrugge conseille de toujours déclencher d'abord, puis de se poser la question du droit de publication. La question du droit de la diffusion ne vient que dans un deuxième temps. C’est là qu’il est intéressant de garder un contact ou l'autorisation de ceux que l’on a pris en photo, surtout si le cliché est polémique.

En réalité à part dans le cas d'une diffusion qui amène un préjudice à la personne photographiée, vous avez tout à fait le droit également de diffuser les images sur Internet si vous n'êtes pas photo-journaliste ou photographe professionnel.

Légalement, les personnes photographiées ne peuvent obliger à effacer une photo sur le boitier

Selon Manuel Dournes des poursuites ne peuvent être engagées que s’il y a diffusion ou publication effectives. La prise de vue n’est pas en soi illicite, tant que les images ne circulent pas aucune poursuite ne peut être engagée. Les personnes qui s’estiment lésées doivent démontrer l’intention coupable de celui qui diffuse les images sauf en matière de diffamation où la charge de la preuve est renversée.

Ainsi selon Joëlle Verbrugge le photographe doit faire preuve de bon sens, si la personne photographiée est dans une situation peu enviable elle peut s'opposer à la diffusion de l'image. Son argument est alors que la photo porte atteinte à sa dignité, ce cas est protégé par le droit à l’image.

Ainsi on ne peut pas interdire l’acte de photographier lorsqu’il se déroule dans un lieu public. C’est la diffusion qui nécessite l’autorisation, pas la prise de vue tant que vous ne pénétrez pas dans un espace privé. Vous pouvez toujours expliquer à quelqu’un votre bon droit de prendre une photo, dont seule la diffusion nécessiterait (éventuellement) son accord.

Si le droit à l’image des personnes semble complexe, c’est parce qu’il est à la fois mal défini et protégé en France. Sa première apparition remonte à 1803 avec l’inscription de l’article 9 au Code civil : “Chacun a droit au respect de sa vie privée.” Toute personne physique a donc le droit d'autoriser ou non la diffusion des photos et vidéos sur lesquelles elle figure.

En deux siècles, la juridiction a autant évolué que les modes de diffusion des images. Ainsi, depuis 2008, pour que quelqu’un réussisse à faire interdire une publication, il faut qu’il prouve ce qui lui porte préjudice. Le simple fait de se reconnaître sur une image ne suffit pas.

Au-delà de cette jurisprudence, plusieurs cas de figure tempèrent l’article 9 depuis longtemps. Si la personne est non reconnaissable – lorsqu’un individu est flou, de dos, dans une foule, ou encore à contre-jour... –, l’autorisation n’est pas nécessaire. Il ne suffit pas que quelqu’un se reconnaisse sur une image parce qu’il se savait présent sur les lieux, par exemple ; il faut qu’il puisse être clairement identifiable par un tiers.

Les photographes de rue ont le droit de diffuser et vendre les photos

Joëlle Verbrugge l’explique également en citant le verdict d’un procès, la personne photographiée peut faire condamner la diffusion d'une photo :

  • quand l’image de la personne est contraire à sa dignité

  • quand la personne démontre que la diffusion lui cause « des conséquences d’une particulière gravité »

Elle donne un exemple : si vous photographiez un couple qui s’embrasse, mais qu’il s’agit d’un homme et de sa maitresse. La femme s'identifie sur votre cliché et demande le divorce à son mari. Ce dernier peut porter plainte pour préjudice moral et éventuellement financier.

S’il n’y a aucun préjudice, aucune conséquence sur la personne photographiée, le photographe est dans son droit. La liberté d’expression artistique prime sur le simple désir d’une personne qui ne souhaite pas voir son image diffusée.

Ce même droit d’expression artistique nous autorise également à vendre nos photos et les tirages, à les exposer, à éditer et vendre un livre photographique.

Connaissez votre droit

Il me parait crucial en photographie de rue de bien connaître ces éléments pour pouvoir réagir à certaines situations qui peuvent être un peu tendues quand une personne vous identifie en train de la prendre en photo. Le droit à l'image est systématiquement évoqué et si vous pratiquez la photo de rue suffisamment proche de vos sujets ces discussions finiront par arriver.

Gardez le sourire, présentez votre travail, demandez la permission de garder la photo ou de réaliser des portraits. Mais connaissez votre droit, vous avez le droit de garder cette photo.

Si vous voyagez, un droit différent s'applique dans chaque pays bien que ces principes soient largement partagés, la prise de photos dans un lieu public est très rarement interdite. Tout de même, renseignez-vous avant de partir en voyage.

Pour aller plus loin :

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Comment choisir les bonnes photos

Avec le temps, ma sélection de photos est en train d'évoluer. Pendant mes premières années de photographie professionnelle, je dirais qu'un bon 80% de mes choix de photos, à la prise de vue comme à l'édition, correspondait à ce que je pensais ou croyais être "les bonnes photos". Je photographiais pour mes clients plus que pour moi. Je laissais la commande ou ce que j'imaginais être les photos qui fonctionnaient prendre le dessus sur mon envie, mon intuition, ma volonté créative. Je crois que je me suis perdu pendant quelques temps, en oubliant les premières photos qui m'ont donné envie de faire de la photo mon métier.

Je comprends maintenant que la liberté de voir est totale, absolue, infinie. Je suis le seul à me mettre ces barrières, alors que je sais au fond quelles photos je voudrais voir, quelles photos je voudrais choisir de prendre ou choisir de montrer. Certaines photos rejetées sont toujours là, je peux toujours retourner les voir et recommencer ma sélection.

Laissez le temps faire son oeuvre

La plus importante des méthodes de sélection des photos est de laisser du temps entre la prise de vue et l'édition. Nous avons tous des photos à envoyer vite, pour un client, un ami ou la famille, mais pour celles qui sont les plus importantes, je vous propose l'exercice : laissez passer une semaine, pourquoi pas un mois, avant de commencer à éditer les photos.

Vous aurez un oeil neuf, frais, détaché de l'émotion de la prise de vue. Vous expérimenterez aussi le plaisir incomparable de redécouvrir des instants que vous aurez oublié.

Underdogs - New York

Collectionnez les outsiders

Pour chaque projet, pour chaque voyage, je crée une collection de photos qui ont peu de chances de passer la sélection ou d'être publiées, mais pour lesquelles j'ai de l'affection. J'oublie toute règle ou convention, tous les principes de composition ou d'exposition. Ce sont simplement les images que j'aime. Elles sont toujours classées par thématique, par projet ou événement, mais elles sont à côté. Les outsiders. Les underdogs.

Souvenez-vous qu'en sport on aura toujours tendance à vouloir que le petit poucet gagne. Les belles victoires sont gagnées par ceux qui n'avaient aucune chance. Et puis quand vous en aurez suffisamment dans cette collection, posez vous la question : et si je devais publier uniquement les outsiders, ça donnerait quoi ? Si vous deviez choisir les meilleures des "pas assez bonnes", est-ce que vous pourriez encore raconter cette histoire ? Parfois oui. Et quand ça marche... c'est une belle victoire.

Underdogs - Paris

Commencez plus de projets que vous ne pourrez jamais publier

Les meilleurs projets photographiques devraient finir dans un livre, une exposition, un film... un ensemble cohérent qui devient plus que la somme de ses photos.

Pour trouver les projets qui vous parlent, qui vous font avancer, qui vous prennent au tripes, ça ne viendra pas du premier coup. On ne commence pas par écrire un roman du premier coup. On commence par la grammaire et le vocabulaire, la syntaxe et une rédaction. Puis une nouvelle, des dialogues, et enfin une histoire. Est-ce que la première histoire est la bonne ? On peut avoir cette impression parce que c'est un aboutissement, la somme de travail en amont est vertigineuse. En réalité créer un projet est une démarche en elle-même que je vous conseille de pratiquer également. Faites des erreurs, écrivez plus d'idées de projets que vous ne pourrez jamais en réaliser.

Travailler sur un projet photographique est un travail d'auteur. Multipliez les projets, commencez par voir des similitudes dans des photos qui n'ont rien à voir, cherchez des histoires à raconter dans les photos que vous avez déjà. Et commencez à assembler des collections de photos sur une intuition, sur une intention créative similaire, écrivez tous les titres de projets que vous pourrez imaginez.

De temps en temps vous aurez un projet que vous ne pourrez plus lâcher, parce qu'il vous parle ou parle de vous. Aussi parce que vous en aurez raté ou abandonné des dizaines avant.

  • My Soul so Cool from the Bath of Light

  • My Soul so Cool from the Bath of Light

  • Horizons New York

  • Horizons Paris

2 projets commencés, un seul ira au bout

Passez en miniatures

Les photos fortes sont toujours fortes quand elles sont toutes petites. Sur votre logiciel d'édition, affichez votre shooting en miniature et identifiez les meilleures très rapidement en regardant l'ensemble de loin. Cela ne vous dispense pas d'un vrai travail d'édition. Mais vous verrez parfois des photos que vous avez laissé de côté pour de mauvaises raisons.

Cette méthode fonctionne également avec une collection de photos dont le volume est trop important, où vous avez peut être le sentiment qu'elles fonctionnent toutes. Effectuez un tri parmi une collection de photos que vous trouvez réussies et ne gardez que celles qui fonctionnent en miniature.

Les meilleures photos fonctionnent toujours en miniature

Séparez la couleur du noir et blanc

La couleur et le noir et blanc sont tout à fait compatibles. Mais je les crois tellement différents dans leur principe que je vous recommanderai de les séparer pour la sélection de photos. Le noir et blanc donne des sentiments radicaux. La couleur vous plongera dans des émotions tellement variées.

Les mélanger me semblerait être un voyage en montagnes russes, trop d'infos contradictoires, trop d'éléments dissemblables qui ne se répondent plus.

Personnellement sur un projet ou un événement, je commence par l'un des deux, généralement la couleur. Puis j'ai une deuxième phase d'édition avec un ensemble très large de photos, y compris certaines rejetées en couleur. Je les passe toutes en noir et blanc avec un pré-réglage et je recommence l'édition en noir et blanc. La sélection est très souvent différente, et ne partage pas les mêmes émotions ou informations.

Ma sélection finale sera parfois en noir et blanc, parfois en couleur, parfois les deux. Mais le travail d'édition je le réalise dans l'une puis l'autre.

Même salle, deux ambiances

Même photo, pas la même photo

Refusez de choisir deux photos similaires

Trop souvent sur des séries ou des événements j'ai tendances à choisir des photos qui se ressemblent dans les premières étapes. Tout simplement sur un moment précis magnifique ou un cadrage que l'on voit fonctionner on le répète pour essaye de l'améliorer. La photographie numérique nous permet cette recherche et ce perfectionnement, j'en profite souvent.

Mais au moment de la sélection finale, je refuse d'avoir deux photos similaires ou proches dans l'intention, l'idée ou l'information que les photos transmettent.

C'est parfois dur, parce que j'aime franchement plusieurs photos dans ces moments-là. Mais je me l'impose pour surtout éviter la monotonie qui peut venir si vite sur une série de photo. Et puis les rejetées à ce moment là, elles vont garnir mon dossier d'outsiders. Avec un peu de temps, elles referont peut être surface et gagneront le droit d'être publiées.

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9 techniques de composition en photographie de rue

Je voudrais vous dire qu'il n'y a pas de règles en composition, mais que l'on peut tout de même trouver quelques méthodes ou techniques qui fonctionnent bien et régulièrement. Ce ne sont pas des règles, mais des outils.

Votre objectif en photographie de rue doit être de constituer un "arsenal" de compositions avec lesquelles vous êtes à l'aise parce que vous les avez répétées des dizaines et des dizaines de fois. Vous pourrez ainsi les utiliser dans toutes les situations qui se présentent à vous en photographie.

Voici 9 techniques de composition en photographie de rue que je pratique régulièrement, toutes illustrées à New York ces derniers mois :

Cherchez les reflets

Quand il pleut à New York je sais que je vais trouver des reflets partout. Et si la drache est forte, j'ai des parapluies à disposition à toutes les sorties de métro pour 5$. La pluie est une bénédiction :)

Fonctionne aussi avec les miroirs, devantures en verre, tout ce que vous pouvez trouver vraiment.

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Approchez vous autant que possible

Plus vous serez proche de votre sujet, plus la connexion et l'empathie par celui qui verra votre photo sera forte.

Si vous avez peur d'y aller, dites-vous que c'est tout à fait normal. Un photographe de rue compose avec cette peur, on s'y habitue mais elle ne part jamais vraiment.

Et si vous avez besoin de mes petits trucs pour vous approcher, c'est par ici.

Photo Genaro Bardy - New Yorkers, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - La Ville Miraculeuse New York, 2018

Isolez votre sujet

Il peut parfois être difficile de n'avoir qu'un seul personnage sur sa photo dans une grande ville. Trouvez un cadre intéressant ou graphique et attendez qu'une seule personne passe dans votre cadre.

J'aurais pu aussi vous proposer l'exact inverse : attendez qu'il y ait plus de monde ;)

Photo Genaro Bardy - New York, Dec 2018

Photo Genaro Bardy - New York, Dec 2018

Changez de perspective

Mettez vous au sol et passez en "dogview". Levez votre appareil au dessus de votre tête à bout de bras. Inclinez votre appareil. Plongée, contre-plongée... Ne vous limitez pas aux photos droites et à hauteur d'yeux.

Photo Genaro Bardy - New Yorkers, Nov 2018

Photo Genaro Bardy - New Yorkers, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Proposez des portraits

La photographie de rue devrait être absolument naturelle, "non posée" ? Quel est l'imbécile qui a sorti ça ? Frick the rules. Pardon mais zut et flute.

Demandez des portraits à ceux que vous rencontrez et pratiquez dans des conditions difficiles. Demandez-vous comment améliorer vos cadrages, comment obtenir de meilleurs arrière-plans, comment vous servir de la lumière naturelle, comment être fidèle à la personne devant vous ?

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2016

Photo Genaro Bardy - New Yorkers, Sept 2018

Cherchez les contrastes

La photographie est littéralement de la "peinture avec la lumière". Si la lumière vous semble trop faible, c'est parfois bon signe. Cherchez des contrastes forts, ils sont toujours agréables à l'oeil.

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Identifiez des lignes directrices

Les lignes vont guider le regard dans votre photo. Et les flèches seront suivies instinctivement.

Photo Genaro Bardy - New York, Avr 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Juxtaposez plusieurs cadres

Cherchez des "cadres dans le cadre", qui seraient délimités par des fenêtres, des portes, ou toute forme géométrique. Puis superposez plusieurs cadres dans une même photo.

Photo Genaro Bardy - New Yorkers, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2018

A-MU-SEZ VOUS !

La première règle en photographie de rue est qu'il n'y a pas de règles. La composition est d'abord un instinct, avec une seule constante : utilisez l'intégralité de votre cadre. Ne vous limitez pas au centre de votre appareil, c'est finalement la seule règle que l'on devrait apprendre. Au delà de ce principe, la ville est un terrain de jeu. Amusez-vous !

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

Photo Genaro Bardy - New York, Nov 2019

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Commencez par ce qui vous intéresse

Si vous débutez en photographie de rue, il est légitime de se demander :

"Qu'est-ce que je vais bien pouvoir photographier ?"

Je vous propose de commencer par sortir de chez vous et d'aller dans le premier lieu public qui vous vient à l'esprit. Peut-être est-ce la gare qui vous emmène au travail, le parc où vous promenez votre enfant, votre chien ou les deux, un centre commercial où vous avez besoin de faire une course. Ce que je vous propose est d'intégrer la photographie de rue dans votre vie quotidienne.

Simplement prenez votre appareil photo et donnez-vous 15 minutes, pourquoi pas 30 minutes, et commencez à photographier TOUT ce qui vous intéresse. Un visage que vous trouvez intrigant, des mains qui se tiennent, de l'architecture nouvelle ou en construction, un détail au sol. Photographiez des publicités, des lettres, des mots, des signes, des formes géométriques. Et commencez à parler avec des inconnus. Posez leur des questions étonnantes ("qu'est-ce qui vous rend fier ?") ou toutes simples, engagez la conversation et faites des portraits. Prenez les emails et envoyez les photos.

N'ayez pas peur de déclencher, la photographie numérique permet le luxe de chercher constamment, prenez ce cadeau et faites en des photos anodines, infantiles, amusantes ou terrifiantes. Vous êtes seuls avec ces photos et rien ne vous oblige à les partager ou à penser absolument à être un artiste qui connait toute l'histoire de la photographie. La photographie est simple, c'est ce qui vous plait et ce à quoi vous avez accès.

Ne cherchez pas à savoir si ce que vous faites est "de la photographie de rue" stricto sensu, ne répondez pas à des critères ou des définitions. La photographie de rue n'a aucune règle si vous le décidez.

Un seul conseil : prenez des chaussures confortables. Il se pourrait bien que vous ayez envie de recommencer.

Photo Genaro Bardy - Itaparica, Dezembro 2019

Photo Genaro Bardy - Pituba, Dezembro 2019

Photo Genaro Bardy - Lisboa, Novembro 2019

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Livre : On Street Photography and the Poetic Image - Alex Webb and Rebecca Norris Webb

Lorsque que j'ai décidé d'emménager ici à Salvador (de Bahia, la ville au Brésil, pas le pays), j'ai à peu près tout laissé derrière moi. Non pas que j'ai accumulé beaucoup avec les années, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, mais j'ai surtout laissé à mes anciens voisins ou quelques amis un grand nombre de livres photo. Je recommence donc ma bibliothèque ici, avec 2 à 3 mois de délai de livraison pour Amazon, ce qui a eu pour conséquence que dans mon impatience j'ai commandé 2 fois le même livre, celui dont je veux vous parler aujourd'hui : "On Street Photography and the Poetic Image" d'Alex Webb et Rebecca Norris Webb.

J'ai pour intention de commenter les livres ayant trait à la photographie de rue sur ce blog. Pas les meilleurs, pas tous, simplement ceux que je possède, en essayant de vous expliquer pourquoi je les trouve importants. J'essaierai de sortir ici quelques leçons que ces livres m'ont permis de retenir sur la photographie et comment ils m'ont permis (j'espère) de devenir un meilleur photographe. J'espère que cela vous sera utile. Si ça devait être le cas, s'il vous plait procurez-vous le livre en question, autant pour vous que pour le photographe.

Photo by Alex Webb

Photo by Rebecca Norris Webb

The Workshop Series

On Street Photography and the Poetic Image d'Alex Webb et Rebecca Norris Webb est édité par la fondation Aperture et n'a pas été traduit en français à ma connaissance, ce que j'écrirai ici sera donc traduit par mes soins, je vous prie par avance d'excuser les imperfections éventuelles.

Ce livre appartient à la collection "Workshop" de la fondation aperture, mais ne vous attendez pas à un atelier pratique avec des éléments techniques ou des méthodes de prise de vues, ce livre est plutôt constitué d'une série de commentaires se référant à une photo ou un moment crucial dans leur vie de photographes. L'ensemble relève plutôt d'une philosophie de la photographie, d'un rapport au monde illustré par certaines des plus belles photographies qu'il m'ait été donné de voir. Avec ce livre, attendez-vous plutôt à rentrer dans la tête des auteurs, à partager leurs réflexions et ce qui les fait avancer. Clairement si vous débutez en photographie vous risquez de ne pas comprendre pourquoi cette collection s'appelle "Workshop". Mais si vous êtes un peu plus à l'aise avec votre photographie, vous aurez accès à quelques recettes magiques qui seront autant des guides pour vos prochaines photos que des inspirations à devenir chaque jour un peu meilleur.

Alex Webb et son épouse Rebecca Norris Webb travaillent ensemble depuis leur rencontre, ce livre distingue très bien leurs deux approches à la fois très différentes et complémentaires. Aux explorations d'Alex, répond la vision poétique de Rebecca.

Je n'ai pas de mots assez forts pour décrire le plaisir intense que me procurent les photographies d'Alex Webb, elles sont si parfaites que je peux les observer et les analyser sans arrêt, je reprends ce livre avec joie régulièrement. Pour ce qui est du travail de Rebecca, je me sens plus proche de sa douceur, de ce je ne sais quoi qu'elle sait voir et provoquer. Ses photos sont plus intimes, elles vont gratter quelque chose au coeur qui laisse une forme de nostalgie quand le livre est reposé. Alex et Rebecca utilisent également d'autres photographies que les leurs, toujours pour illustrer le propos du chapitre ou de la leçon qui fait rarement plus de deux pages.

Photo by Alex Webb

Photo by Rebecca Norris Webb

L'aveugle et le bus

Denis Johnson, le poète et romancier, décrivait un jour son procédé en poésie à Alex Webb. Il vivait dans le désert à la périphérie de Phoenix, et chaque jour un homme aveugle, avançant en tapant avec sa canne, arrivait jusqu'à la station de bus. Quand un bus arrivait, il ne demandait jamais au chauffeur la destination. Il montait simplement dans le premier bus qui arrivait. Pour lui, c'est ça la Poésie.

C'est ce qui rassemble les travaux d'Alex Webb et de Rebecca Norris Webb en photographie. La création d'un livre est un procédé artistique, un parcours créatif qui est intuitif plutôt que rationnel, spontané plutôt que préconçu. Le monde est le collaborateur du photographe dans ce double voyage, le voyage intérieur et personnel et le voyage vers les autres plein d'exotisme.

Cela me rassure pour mon prochain livre

Je réfléchis actuellement à la création de mon prochain livre et ces mots m'aident tellement à prendre confiance. Je voudrais que le prochain livre soit parfaitement préparé mais c'est certainement impossible. J'aimerais qu'il soit lu par le plus grand nombre pour que la photographie continue à être ma vie professionnelle, mais je comprends aussi qu'il doit avant tout être vrai, intime, personnel.

Je voudrais écrire un livre qui soit autant un voyage en photographie qu'un roman, avec les histoires que je voudrais laisser sur papier avant que elles ne s'oublient. Et bien soit, je vais le fabriquer ce livre.

Finalement, nous savons que si vous croyez en votre photographie, cela finira par vous emmener où vous avez besoin d'aller - quelque soit le bus dans lequel vous montez.

Alex Webb

Photo by Alex Webb

La première photographie

Quand je photographie les gens dans la rue - que ce soit à Londres, Istanbul, Madrid, La Havane, Oxaca, Séoul, ou New York, où je vis - la première fois que je déclenche mon appareil c'est comme si je posais une question : Est-ce que je peux prendre une photo ?

Et la deuxième fois : Puis-je prendre une autre photo ? Et ensuite une autre...

Alex Webb

La photographie de rue est une méditation

Ce petit texte est pour moi autant un Haiku qu'un Mantra. Il me rappelle que chaque photographie est un doute, une question que je me pose sur ce que je vois. Il me renvoie également à l'état de concentration, de méditation presque, dans lequel je me trouve en photographie de rue. Après quelques temps je suis entièrement concentré vers l'extérieur, vers la lumière, vers ce que je vais trouver de curieux, de beau, de graphique. Et puis après chaque photo, je passe à la suivante sans savoir si la précédente était digne d'intérêt.

Photo by Alex Webb

L'oeil du photographe

J'étais à l'origine une poète, mais mon écriture m'abandonna après l'université. En regardant en arrière, je pense que le genre de poésie lyrique que j'écrivais alors ne contenait pas assez du monde extérieur - ni de ma curiosité à son égard. Ma réponse à la page blanche a été d'acheter un petit appareil photo et de voyager pendant un an, en espérant que mes photographies seraient l'étincelle de ma poésie quand je retournerais chez moi. À la place, je suis tombé amoureuse de la photographie. J'ai réalisé que l'oeil qui se dirigeait vers ces images dans ma poésie était le même oeil qui regardait à travers l'objectif.

Je pense que Wright Morris, l'auteur et photographe du Nebraska l'a parfaitement dit : "Je ne laisse pas tomber l'oeil du photographe quand je pose l'appareil photo"

Rebecca Norris Webb

La poésie est partout autour de moi

La photographie ne s'arrête jamais. C'est une des merveilles de cette pratique, quand vous posez l'appareil photo vous continuez à voir. Je me surprends depuis que je suis photographe à observer autour de moi ce qui aurait pu paraître complètement anodin, anecdotique, sans aucun intérêt. Un paysage par la fenêtre qui défile depuis une voiture ou un train, une réflexion du soleil dans les vagues, plein de petits détails que je n'avais jamais regardé. Je redécouvre des lieux que je croyais connaître, que je les prenne en photo ou non. Cet oeil du photographe est empli d'une poésie qui me réjouit indéfiniment, elle me procure un plaisir insoupçonné. Je ne pourrai plus jamais m'en séparer.

Photo by Rebecca Norris Webb

Chercher des photographies

Bien que mes photos soient souvent décrites comme complexes, mon procédé en photographie de rue est assez simple. Je ressens, je 'renifle' presque la possibilité d'une photographie. J'essaie de suivre le rythme des rues, parfois en marchant dans des situations, parfois en attendant. Tout dépend de ce que le monde me donne en ce jour particulier.

Cette manière de travailler me rappelle ce qu'un de mes professeurs, Charles Harbutt, écrivait : "Je ne prends pas des photos, ce sont elles qui me prennent... Je ne peux rien faire à part avoir de la pellicule dans mon appareil et être attentif"

Alex Webb

Les photos sont un appel

Rien ne peut mieux décrire le procédé de photographie de rue. C'est une envie qui n'a pas d'objet, on attend ou on avance, puis apparait un instant. Ce moment est kinesthésique, charnel, il a une odeur, un bruit, un goût presque. On pressent que la photo va arriver et puis clic. Un pas de côté, est-ce que c'est mieux ici ? Clic.

Je n'ai qu'à être là, dehors, et à explorer. Les photos apparaitront si je travaille assez.

Photo by Alex Webb

Prenez parti

Dans sa plus simple expression, l'art d'un photographe n'est rien de plus que son regard particulier. Mon regard a tendance à relever du rêve et à être d'une certaine manière de travers, comme si je regardais le monde du coin de l'oeil.

Peut-être parce que j'étais extrêmement timide étant enfant, volant des coup d'oeil de côté, perdue dans mes rêveries. Peut-être que la faute revient à mes lectures, trop de poésie. Quelque soit la cause, j'essaie de suivre les directives d'Emily Dickinson, une de mes poètes favorites :

"Dites toute la vérité, mais prenez parti".

Rebecca Norris Webb

Regarder le monde de travers

J'ai parfois eu tendance à chercher systématiquement une composition parfaite, que tout soit droit, précis et clair. Mais la photographie est une petite musique, une petite histoire personnelle que l'on raconte mieux en se penchant, en cherchant des mélanges ou des reflets incompréhensibles. Parfois la lumière est faible ou insuffisante, ça n'enlève rien à la beauté de ce qui m'entoure.

Je crois qu'il est nécessaire d'expérimenter, de laisser son coeur parler sans chercher à rationaliser, et de regarder le monde de travers. La poésie graphique est une sorte de lâcher-prise, de laisser-aller. Je sais ce que je trouve beau, je dois parfois oublier les règles, les conventions, ou même m'oublier moi-même.

Photo by Rebecca Norris Webb / Blackbirds.

La couleur c'est l'émotion

Comme beaucoup de photographe de ma génération, j'ai commencé à travailler uniquement en noir et blanc, influencé par des photographes de rue comme Henri Cartier-Bresson, André Kertész, Robert Franck, et Lee Friandler. En fait, comme jeune photographe dans les années 70, je regardais la couleur avec mépris, pensant qu'elle ne pourrait qu'être commerciale, loin de la photographie avec un coeur et une âme.

Cependant, au milieu des années 70, j'ai commencé à photographier en Haiti et en Jamaïque, ainsi que le long de la frontière US-Mexique-, j'ai alors réalisé que quelque chose manquait - ce sentiment de lumière brûlante et de couleurs intenses de ces mondes. À cause des endroits où j'avais choisi de photographier - des endroits où la couleur semble être une partie intégrante de la culture et où la vie est souvent vécue penchée et dans la rue - j'ai découvert une manière de travailler avec des couleurs vibrantes, saturées.

J'ai commencé à réaliser que travailler en couleur n'est pas seulement à propos de la couleur. La couleur est émotion. Si le noir et blanc vient du coeur ou de la tête, "la couleur vient du ventre" comme le disait le photographe Belge Harry Gruyaert.

Alex Webb

Couleurs sensuelles

Mes premières années en photographie étaient exclusivement en noir et blanc. J'étais persuadé à l'époque que c'était la seule manière de voir le monde en photo. Je crois maintenant que c'était surtout de l'ignorance et un manque de culture en photo. J'ai développé un travail en couleur quand j'ai souhaité passer professionnel, pour donner plus de cordes à mon arc et pouvoir répondre à plus de demandes.

Maintenant que je vis à Salvador de Bahia, je ne pourrais pas imaginer cette ville sans une couleur que je trouve sensuelle, qui me prend à la gorge. Je travaille actuellement sur un projet qui ferait un lien entre les villes coloniales de Salvador et de Carthagène des Indes en Colombie. Son titre : "My soul so cool by the bath of light". Ce bain de lumière, je crois bien que c'est la couleur.

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