5 leçons de photographie avec Bieke Depoorter
Originaire de Courtrai, en Belgique, Bieke Depoorter est née en 1986. La photographe a obtenu un master en photographie à l'Académie royale des beaux-arts de Gand en 2009. À 25 ans, elle a été nommée pour rejoindre L’agence Magnum, dont elle est devenue membre à part entière en 2016.
Ses premières photographies sont le résultat d'une approche unique : elle rencontre des gens par hasard et arrive à photographier dans leurs maisons et à capter leur intimité. Bieke Depoorter capture des moments indescriptibles, fragiles et intenses.
1- Proximité et authenticité
« Tout le monde sait que je pars le lendemain matin, donc nous n’avons que quelques heures ensemble. Il est plus facile de partager des secrets avec un étranger - quelqu’un que vous savez que vous ne reverrez jamais - qu’avec un ami proche que vous voyez tous les jours. Pour moi, la nuit et les gens dans leur maison ont quelque chose de spécial. Quand il fait sombre, l’atmosphère change. Les gens sont plus réels, d’une certaine manière. Dans la rue, on fait semblant d’être quelqu’un d’autre. Je le fais moi-même. Mais quand vous rentrez chez vous, le masque tombe. »
Le secret de Bieke Depoorter : l’authenticité. Comment y arriver ? La proximité, l’intimité avec ses sujets… Bieke nous montre que s’immiscer dans le quotidien des gens permet de révéler qui ils sont vraiment. Chez soi, on ne porte plus de masques, il n’y a plus de prétentions, de paraître, nous pouvons être qui nous sommes réellement.
C’est probablement une démarche qui peut faire le plus peur pour des photographes, mais tout comme je vous conseillerai en photographie de rue de commencer à aller parler à des inconnus si vous voulez progresser, si vous êtes intéressés par la photographie documentaire, commencez par frapper à la porte de vos voisins et proposez leur une séance de photos chez eux ou un reportage dans leur activité professionnelle. Vous serez surpris de la facilité avec laquelle les gens acceptent.
C’est exactement la démarche que j’ai proposé à Élodie Sauvage Pieri dans mon groupe de Mentorat l’année dernière, alors que la France était sous couvre-feu, et le résultat fut remarquable.
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
2- Gagner la confiance de ses sujets
« Je voulais essayer de trouver la confiance dans un endroit où il n’y a pas de confiance. J’avais vraiment l’impression que les gens protégeaient leur vie privée. Ils sont amicaux dans la rue, mais ils ne vous inviteraient pas chez eux. Nous voyagions ensemble dans de petites villes et marchions toute la journée jusqu’à ce que nous trouvions quelqu’un qui nous fasse confiance et à qui nous faisions confiance. Puis, une fois que nous étions d’accord pour que je passe la nuit sur place, elle me laissait tranquille. »
Toute photographie en dit autant sur le ou la photographe que sur le sujet qui est montré. En portrait, le résultat est la conséquence directe de la relation que vous allez établir avec les personnes que vous rencontrerez. Dans la grande majorité des cas, vous ne connaîtrez pas les personnes avant de commencer à les photographier.
Personnellement, pour établir la confiance, je demande simplement quelle est l’histoire de la personne, qu’est-ce qui l’a amené ici ou là, et je suis très attentif à la réponse. Je crois que la confiance se gagne par la preuve, en étant sincèrement intéressé par la personne et curieux de qui elle est. Pour bien voir, il faut parfois savoir écouter.
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
3- La réalité est plus lumineuse une fois la nuit tombée
« - Quel est votre rapport à la nuit ?
“Je pense que c’est le moment de la journée où on fait ressortir sa véritable identité́. Moi y compris. Je vois le monde différemment quand le soleil est couché. D’ailleurs, je ne prends presque plus de photos le jour.”
- C’est contradictoire avec l’étymologie du mot “photographier” : “écrire avec la lumière”.
“C’est vrai. Mais pour moi la réalité est plus lumineuse une fois la nuit tombée. »
Rien ne remplace la nuit, d’abord pour tout ce qu’elle contient de symbolique, il va sans dire que c’est la nuit qui révèle notre part d’ombre. La lumière ne serait rien sans l’ombre qu’elle crée, de la même manière la nuit sublime toutes les sources de lumière et montre la face cachée de l’humanité. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le “monde de la nuit”.
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
4- Photographier ses émotions
« - Des influences et des inspirations ?
“Ce qui est bien est que mes parents n’aiment pas l’art et que, jusqu’à l’âge de 18 ans, je n’ai jamais visité de musée. Je n’avais donc pas d’idées préconçues avant de commencer à prendre des photos. Je photographie simplement comme je le sens. Cela peut paraître cliché, mais ce sont les petites choses de la vie qui continuent de m’inspirer. »
Voici le meilleur conseil : écouter ses envies, ses émotions. Cela permet d’affirmer son style et de faire ressortir sa personnalité. La vie doit vous inspirer, autant que les grands maîtres de la photographie. L’inspiration vient d’abord de vous-même, car la photographie est une pratique essentiellement intuitive.
(Même si je vous conseillerai toujours de connaître l’histoire de la photographie et ceux qui sont passés avant vous ;) )
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
5- Considérer les gens comme des acteurs et non des sujets
« Le projet en Égypte en 2011 m’a transformé. Le fait de photographier, moi l’Européenne, ce peuple en pleine révolution m’a fait prendre conscience du regard que je pose et qui est forcément biaisé parce que c’est le mien. Ensuite, à Sète et avec le court-métrage que j’ai réalisé́ en Norvège en 2015, j’ai fini par accepter de considérer les gens que je prenais en photo comme des acteurs, et pas comme des sujets. »
Depuis quelques années, je parle toujours des personnes dans mes photographies comme étant des personnages. Quel est le langage du corps ? Qu’est-ce qu’ils ont l’air de faire ou de penser ? Même si ce n’est pas conforme à la réalité de ce que je connais du sujet ou de la scène, la seule chose qui importe est ce que montre la photo et ce que ressent le spectateur en étant mis face à ce personnage.
Prendre chaque sujet comme un personnage ouvre également des possibilités infinies dans les techniques narratives pour construire une série de photographies ou un projet.
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
Photo © Bieke Depoorter
Le site de Bieke Depoorter - et sur Instagram
7 conseils pour débuter dans la photographie en noir et blanc
La photographie en noir et blanc est l'une des formes de photographie les plus classiques et anciennes de représentation du monde. Même si notre réalité est est perçue en couleurs, la réduire en monochrome peut faire ressortir des émotions complètement différentes. À l'origine, les photographes étaient contraints d'utiliser des pellicules noir et blanc en raison de limitations techniques, c'est aujourd’hui désormais un choix. Et pour cause, la photographie en noir et blanc présente de nombreux avantages. Il est possible et même recommandé d'être créatif en monochrome, il ne faut pas penser que la photographie en noir et blanc est une technique utilisée uniquement lorsque les couleurs ne sont pas présentes ou vives.
J’ai commencé à photographier presque exclusivement en noir et blanc, pendant les 5 premières années où je me suis mis sérieusement à la photographie. Je disais à l’époque préférer le noir et blanc, que les photographes qui m’inspiraient travaillaient exclusivement en noir et blanc. Rétrospectivement, je vois cela comme le signe que je débutais, travailler en couleur est plus difficile et demande je crois une attention différente à son environnement. J’ai d’abord basculé dans la photographie en couleur quand j’ai voulu intéresser des clients bien précis, il m’apparaissait difficile de vouloir travailler pour des agences de voyage sans vraiment maîtriser la couleur… Mon deuxième choc en couleur est arrivé quand je me suis installé à Salvador, la lumière est vraiment différente. Mais je n’ai jamais abandonné le noir et blanc, j’en ai même fait une des spécificités de mon 2ème livre, La Ville Miraculeuse.
Et j’ai encore des séquences à New York ou Paris ou je retourne à mes premières amours monochromes. Alors si vous débutez dans cette photographie, voici 7 conseils pour améliorer vos images en noir et blanc.
1- Observez la lumière
Si vous photographiez en noir et blanc, l'une de vos principales préoccupations doit être de savoir d'où vient la lumière. La lumière est toujours importante en photographie (duh!), mais l'absence de couleurs en monochrome ne lui donne que plus d’importance. Par conséquent, la lumière est l'un des principaux sujets de l'image et vous devez observez sa qualité, son intensité et sa direction pour vous en servir dans votre composition.
New York, 2019 - Photo Genaro Bardy
2- Créez des contrastes
Le meilleur moyen d’identifier la lumière dans une photo en noir et blanc, c’est par les ombres, en jouant avec les contrastes. Ce sont les contrastes qui attirent l'œil du spectateur. Pour accentuer les contrastes à la prise de vue, je vous recommande d’essayer de faire votre mesure d’exposition sur les hautes lumières, ou de sous-exposer assez nettement vos photos (jusqu’à -1 IL) pour rendre les ombres plus présentes. En post-traitement, toutes les ombres peuvent être récupérées, vous aurez plus de latitude pour créer des constastes saisissants.



3- Photographiez la nuit
Puisque la plupart des couleurs disparaissent pendant la nuit, le monochrome est parfois la meilleure façon de capturer la nuit. Vous pouvez créez des ambiances étonnantes avec le noir et blanc.
Tokyo, 2018 - Photo Genaro Bardy
4- Appréciez les lignes et les formes géométriques
Il y a du potentiel photographique dans tout ce que nous voyons chaque jour en marchant dans la rue. Si vous prenez un moment pour observer, vous pouvez cherchez des lignes et des formes géométriques à exploiter dans vos compositions.
Qu'il s'agisse d'un motif architectural ou d'une rue pavée avec son contraste naturel, ce type de scène aura parfois un impact plus intense en noir et blanc, en accentuant ces formes ou cadres de votre scène. Les escaliers, les rampes, les passages piétons, il y a un nombre infini de formes géométriques que vous pouvez exploiter pour encadrer ou pour créer une répétition.
Vous serez peut-être surpris de la différence entre le noir et blanc et la couleur dans la scène que vous avez photographiée.



5- Profitez des jours de pluie
En plus de créer de superbes textures, la prise de photos en noir et blanc par temps de pluie transmet un sentiment de calme. Les jours de pluie peuvent donner lieu à d'excellentes photos en noir et blanc si l'éclairage est approprié. Vous pouvez prendre d'étonnantes photos en noir et blanc même avant ou juste après la pluie. Vous obtiendrez des motifs et des textures qui ne se produisent pas très souvent.



6- Rien ne remplace une bonne scène
Si vous faites attention, vous trouverez toujours des scènes intéressantes. J’irais même jusqu’à dire que c’est tout ce que vous devriez chercher en photographie de rue. Une scène originale ou étonnante aura toujours une plus forte connection émotionnelle pour le spectateur, et le noir et blanc peut parfois renforcer cette connexion directe avec le sujet en simplifiant la lecture de la photo.
New York, 2018 - Photo Genaro Bardy
7- Pratiquez le portrait
Les portraits en noir et blanc soulignent les expressions. Un portrait monochrome met également en valeur d'autres caractéristiques du visage, comme les yeux par exemple. La photographie est toujours un travail sur la question d’identité, c’est naturellement encore plus vrai en portrait. Les portraits en noir et blanc ont ce “je ne sais quoi”, qui les rendent intemporels.




Construire son cadre
Mon nom est Personne - Paris, 2021 / Photo Genaro Bardy
Si vous êtes timide avec votre appareil, allez dans des endroits où les gens sont là pour être photographiés : un défilé, une fête foraine ou une manifestation, pour être plus à l'aise dans ces situations. S’il y a déjà des photographes, vous verrez qu’il est plus facile de photographier sans que les sujets soient vraiment conscients de votre présence. Forcez-vous à vous mettre en situation d’être obligé de prendre des photos, une fois que vous êtes dans l’action prenez le temps de construire votre cadre. Dans ces endroits ou ces événements, n'essayez pas d'être sympathique ou de devenir le meilleur ami de quelqu'un, vous êtes là pour prendre des photos et pour apprendre. En plus, vous pourrez facilement observer comment d’autres photographes travaillent, en reconnaissant à quelle distance et avec quelle focale ils photographient, vous aurez une bonne idée des photos qui sont prises.
Je préfère toujours travailler dans un style documentaire, obtenir des scènes naturelles plutôt que de chercher des portraits formels. Dans ce type de prise de vue, vous observez la scène et devez construire le cadre en recherchant différents niveaux de lectures, plusieurs techniques de composition, ou parfois en assemblant des éléments différents dans le cadre qui se correspondent ou dialoguent entre eux.
Il est impossible de dire exactement ce qu'il faut rechercher, parce que la prise de vue est absolument intuitive, l’expérience est primordiale et le temps que vous passez à rechercher et construire un cadre sera de plus en plus court au fil du temps. C’est pour cela que vous ne devez pas vous mettre dans une situation où la peur de photographier est un frein.
Dans la construction de votre cadre, vous cherchez quelque chose que vous reconnaissez, quelque chose qui vous parle, une scène étonnante ou originale, si vous ne photographiez que des gens qui passent et qui marchent, c’est vous qui passez probablement à côté de votre sujet. À partir d’une scène qui a du potentiel, construisez les autres parties du cadre pour former une juxtaposition, cherchez où la lumière est intéressante, essayez d’inclure ou d’exclure des éléments qui simplifient la lecture ou donnent de la profondeur.
Sur cette photo, j’étais simplement en train de me rendre à un dîner à Paris. Comme je suis toujours un peu en train de prendre des photos, je me déplace le plus souvent en marchant, et je pars deux heures avant mes rendez-vous pour pouvoir photographier. J’ai vu cette jeune mariée avec plusieurs membres de sa famille au téléphone en train d’appeler ceux qui n’ont pas manqué de les rejoindre. On était manifestement entre la cérémonie et le cocktail, et le mari n’était pas là. J’ai commencé à photographier un jeune homme qui danse, puis ces amies au téléphone, puis ces enfants ou neveux et nièces qui courraient autour de la scène. Je dois probablement avoir une 50aine de clichés de la scène, mais un seul est vraiment intéressant pour moi ici, en juxtaposant tous les personnages de la scènes, et plus encore avec la rue et le contexte. Personne ne m’a arrêté, il était normal de prendre des photos.
Pour pouvoir prendre le temps de construire votre cadre, de penser vos compositions, choisissez des moments où il est tout à fait naturel de photographier. Puis commencez à chercher un bon plan large, approchez vous pour un plan moyen, et allez jusqu’à des plans serrés. C’est à l’édition que vous verrez si la pêche a été bonne. Gardez à l'esprit qu'il n'y a pas de règles. Allez dans des endroits où les gens sont plus ouverts à être photographiés, et continuez à photographier comme si vous étiez invisible.
La composition émotionnelle de Larry Fink
Larry Fink est un photographe passionnant, mais je le connais plus comme un éducateur fascinant. Les fulgurances de ces réflexions et sa pratique de la photographie avec une attention particulière à son côté kinesthésique, aux atmosphères ou au langage du corps, donne une matière infinie à la réflexion et à la poursuite de photographiques qui soient plus “physiques”, qui vous rendront plus présent dans vos photos.
Si cette introduction est trop cryptique, le mieux est de laisser la parole au maître Larry Fink, dans un texte issu de son livre On composition and improvisation, que je vous recommande vivement si vous lisez l’anglais.
La composition émotionnelle
« Une fois que vous arrivez à un endroit et que vous comprenez ce que vous ressentez à l’intérieur, comment vous vous y connectez, comment traduisez-vous cela dans votre photographie ? La photographie est composée de bien plus que seulement le sujet. Elle se construit avec l’esthétique et avec les outils techniques de l’appareil photo, qui vous permettent de créer, sous la forme physique d’une photographie, un chemin scintillant vers la communication de ce qui est essentiellement et entièrement dans votre tête, dans votre pensée.
Bien que la mise au point, la profondeur de champ et la vitesse d’obturation soient des termes techniques, ils sont également à votre disposition pour des raisons émotionnelles. Vous les utilisez souvent, en travaillant la mise au point ou la profondeur de champ tour à tour, pour voir combien de façons différentes vous pouvez interpréter la nature sensorielle de l’expérience qui se place devant vous.
Si je pensais d’une femme que je photographiais, “C’est la femme la plus sensuelle que j’aie jamais vue de ma vie, et tout ce que je veux faire, c’est donner l’impression qu’il n’y a pas de frontière entre nous, qu’il n’y a pas d’interruption”, j’utiliserais une profondeur de champ très courte pour que l’arrière-plan disparaisse et qu’il n’y ait rien de net à part elle. La photo montrerait cet amour que je ressens. »
Une photographie est le reflet de l’âme du photographe, autant que l’interprétation d’un sujet. Une photographie en dira toujours beaucoup plus que vous ne croyez sur votre état d’âme, sur ce que vous pensez du sujet que vous photographiez. On photographie qui on est.
Mary, New York City 1958 - Photo Larry Fink
« Cependant, si je pensais que cette femme était une intellectuelle menaçante et que je n’avais avec rien d’autre qu’un désir d’information didactique, je dirais: “Oh, laissez-moi la rendre complexe et pédante dans certaines parties du puzzle”, et j’utiliserais une plus longue profondeur de champ, mettant davantage l’arrière-plan au point.
Je trouverais un moyen d’incorporer différents types de structures rythmiques et arythmiques dans le cadre afin qu’elle ne devienne rien d’autre qu’une partie d’un événement menaçant. Dans ce cas, j’utilise la mise au point, ainsi que la composition et la profondeur de champ, comme un outil émotionnel. »
Ce que vous mettez ou ignorez dans le cadre a un sens, participe de l’émotion générale que transmet votre photographie. Utilisez les propriétés représentatives de la photographie comme le focus, l’instant, le cadre et la planéité, pour transmettre du sens ou un message.
Aga, Thierry Mugler Haute Couture, Paris Jan 1998 - Photo Larry Fink
Comment appréhender les portraits de rue ?
Les portraits de rue constituent une pratique particulière de la photographie de rue. Pour moi, les portraits ont un rôle essentiel pour raconter l'histoire d'un lieu, de communiquer une atmosphère ou de développer une idée en s’appuyant sur des personnages qui en témoignent. Les portraits de rue sont également l’occasion de rencontres inattendues, j’ai rencontré certains de mes meilleurs amis en leur proposant quelques photos. Les portraits donnent aussi l’opportunité de raconter l’histoire d’une personne, d’offrir un point de vue sur le sujet qui vous intéresse.
Cependant, bien qu'il soit incroyablement gratifiant de réaliser des portraits dans des lieux publics avec des inconnus, il n'est pas toujours facile de réussir ses images, d’abord parce que le temps disponible est souvent beaucoup plus court. En effet, il se peut que les bons sujets et les bonnes compositions ne vous viennent pas naturellement, ou que vous vous sentiez mal à l'aise de photographier les personnes que vous croisez dans la rue.
Je vous propose ici quelques conseils pour vos portraits de rue, pour être plus à l’aise et que vous soyez en mesure de créer des images intéressantes et évocatrices.
Réussir ses portraits de rue : pensez à l’arrière-plan
La plupart des photographes se focalisent sur le visage et le corps du sujet et ignorent le reste de l'environnement, c’est une erreur majeure, la plus facile à résoudre. Même si votre profondeur de champ est réduite pour isoler votre sujet, vous devez faire attention aux effets de planéité et voir dans l’arrière plan ce qui interagit avec votre sujet ou perturbe la lecture de votre photo.
Les portraits de rue ont souvent un contexte, et un bon arrière-plan peut aussi mettre en valeur le portrait en montrant l'environnement qui aide à raconter l'histoire de votre personnage.
Réfléchissez à l'endroit où vous allez placer votre sujet et d’où vient la principale source de lumière, quand vous avez choisi observez l'arrière-plan. Demandez-vous quel est le meilleur cadrage et observez comment en vous décalant légèrement vous pouvez modifier l’arrière plan et le rendre plus harmonieux.
N'ayez pas peur de demander une photo à des inconnus
Photographier les personnes de près peut être intimidant lorsque l’on débute, mais vous constaterez assez vite que la plupart des gens sont heureux d'être pris en photo. Si vous débutez dans cette pratique, commencez par demander d'abord la permission. Soyez amical et expliquez ce que vous allez faire, ça se passera souvent bien. Il suffit de demander poliment : "Est-ce que je peux vous prendre en photo ?". La plupart du temps, vous obtiendrez un sourire ou un hochement de tête en retour. Être pris en photo est souvent vu comme un compliment quand vous demandez la permission.
Le portait, dans la rue ou non, c’est d’abord la relation que vous arriverez à établir, avec vos sujets. Soyez sympathique et vous rencontrerez majoritairement des personnes qui recevront votre proposition agréablement.
Réussir ses portraits de rue : quand le naturel prime
Une fois que vous aurez pris confiance dans votre pratique du portrait de rue, en demandant systématiquement la permission, vous pourrez passer à l’étape d’après : prendre des photos sur le vif en étant très proche de vos sujets. Si vous voulez capter des instantanés étonnants et naturels, c’est certainement la meilleure méthode, mais c’est aussi celle qui paraît la plus “tête brulée”, qui fait le plus peur.
Vous pouvez tout à fait commencer par prendre des photos, même très près, et ENSUITE demander la permission et reprendre un peu plus haut la méthode. Vous demandez si vous pouvez garder la photo, vous expliquez votre démarche, toujours avec le sourire et la manière la plus sympathique qui soit. Puis vous pouvez commencer une mini-séance de portrait avec la collaboration de votre sujet.
À mon avis, l'un des meilleurs conseils pour les portraits de rue est d'expliquer ce que vous essayez d'obtenir. Dites aux intéressés que vous voulez que le portrait ait l'air aussi naturel que possible, qu'ils doivent agir comme si vous ne les preniez pas en photo. Plus ils comprendront qu'un portrait est une collaboration, mieux ils poseront. Enfin, montrez le résultat et proposez-leur de leur envoyer les meilleurs clichés.
Photographie de rue et simplicité
Restez simples lorsqu'il s'agit de portraits de rue. Isolez les sujets, faites attention aux arrière-plans et utilisez des compositions simples.
Regardez attentivement la scène avant de déclencher. Contient-elle des éléments inutiles ? Un arrière-plan simple aiderait-il votre sujet à se démarquer ? Que pensez-vous de la composition générale ? Quelle est la valeur de plan qui est utilisée et que dit-elle de votre personnage ?
Supprimez les éléments inutiles d'une composition si vous les remarquez. Dans certains cas, il suffit de faire un pas de côté pour améliorer le cadre. Dans certaines situations, il faudra se rapprocher du sujet, s'en éloigner ou prendre de la hauteur.
J’espère que ces conseils vous ont aidé, vous ont détendu par rapport à cette pratique si particulière. Cette liste n’est bien entendu pas exhaustive, vous pouvez chercher des manière originales de composer vous-même vos portraits de rue.
5 leçons de photographie avec Alec Soth
Alec Soth (né en 1969 à Minneapolis, Minnesota) est un photographe américain. Alec Soth est avant tout un artiste, ses travaux sont représentés par la Gagosian gallery à New York et la Weinstein Gallery à Minneapolis, il est membre de l’agence Magnum depuis 2004. Je suis heureux de vous donner aujourd’hui un aperçu de son travail en présentant des travaux assez différents, en regard de commentaires sur la pratique de la photographie qu’Alec Soth a pu proposé dans des interviews.
Son livre Niagara tremble encore sur mon étagère du choc émotionnel que j’ai reçu en tournant ses pages, c’est avec une infinie admiration et humilité que je vous propose aujourd’hui 5 leçons de photographie avec Alec Soth.
La photographie inspire la curiosité
« Pour moi, les meilleures photographies inspirent toujours la curiosité, plutôt que de la satisfaire. Je pense que cette ambiguïté est l’un des aspects les plus passionnants de ce médium. Une photographie n’est qu’un fragment infime d’une expérience, mais un fragment précis, détaillé et révélateur. Et même si elle ne fournit que de petits indices, le photographe nous dit que ce sont des indices très importants. »
la photographie vise avant tout à attiser notre curiosité, à nous inspirer, plus qu’à assouvir notre besoin de tout comprendre, de tout savoir. La photographie immortalise un instant, un lieu, l’expression d’un visage, mais l’interprétation d’un cliché sera différente pour chacun. Composée d’une série d’indices, la photographie est là pour laisser libre cours à notre imagination ou initier le début d’une enquête. Une photographie réussie est inspirante parce qu’lle donne envie d’en savoir plus.
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
La photographie offre un point de vue unique et différent
« Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ces portraits, c’est qu’en tant que photographe, vous étiez naturellement attiré par les personnages les plus “exotiques” - évangélistes, masseurs érotiques, prostituées, meurtriers, travestis - mais vous avez réussi à transmettre leur normalité, leur dignité, leur sens général de l’humanité. Au lieu d’exploiter leurs particularités, d’en faire des spécimens de bizarrerie ou d’extrémisme, vous offrez un point de vue beaucoup plus respectueux et indépendant ; le spectateur est encouragé à éprouver de l’empathie pour les sujets, plutôt que de les regarder comme des monstres de foire. N’utilisez-vous pas vous-même une sorte de “non-accent de journaliste”, en normalisant l’exotique plutôt qu’en exotisant le normal ? »
Une photo n’est pas simplement quelque chose que l’on regarde en tant que témoin ou spectateur. Sans qu’un jugement soit nécessaire, une photographie est aussi un point de vue, une “manière de voir” le monde ou des personnages. La photographie nous invite à éprouver de l’empathie, à remettre les choses en question, à explorer et à comprendre ceux qui acceptent de nous laisser prendre une photo. Les portraits que vous pourrez réaliser seront toujours un reflet de la relation que vous pourrez établir avec vos sujets, ainsi la pratique du portrait ne peut se faire qu’avec ouverture d’esprit et compassion.
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
La photographie est proche de la poésie
« La photographie a tendance à être plus fragmentée. C’est plus proche de la poésie que de l’écriture d’un roman (...). Comme la photographie, la poésie est tout en suggestion - il s’agit de laisser une place au lecteur/spectateur pour combler ses lacunes.
»
La photographie, selon Alec Soth, est un acte de poésie. La poésie laisse place à l’imagination, à la créativité, alors que dans un roman le chemin est tout tracé. La photographie suggère, pousse à l’interrogation, à la remise en question et à l’ouverture d’esprit. Ce qui compte est autant ce qui est montré dans le cadre que ce qui en est exclu. Enfin, une poésie transporte, nous emmène dans des sensations nouvelles ou étrangères, uniquement par l’esthétique formelle de sa contruction.
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
La créativité est la clé de la réussite
« Ce que j’aime dire, c’est que si vous voulez être un artiste, si vous voulez être une personne créative, alors vous allez devoir être créatif dans la façon dont vous organisez votre carrière. Il n’y a pas de chemin tout tracé. Une partie de la créativité consiste à créer votre chemin.
(...) Le seul conseil que j’ai à donner est d’essayer autant de voies différentes que possible. Suivez un cours d’art, assistez un photographe commercial, étudiez par vous-même. Si l’une de ces voies vous interpelle plus qu’une autre, voyez où elle vous mène.
En bref : essayez tout. Le photojournalisme, la mode, le portrait, le nu, peu importe. Vous ne saurez pas quel genre de photographe vous êtes tant que vous n’aurez pas essayé. Pendant les vacances d’été (à l’université), j’ai travaillé pour un photographe de studio “Born-Again”. Toute la journée, on photographiait des chaussettes et on écoutait une radio chrétienne. Cet été là, j’ai appris que je n’étais ni un photographe de studio, ni un chrétien Born-Again. »
La photographie ne doit pas se fermer dans une pratique en n’essayant rien de nouveau. Je me suis longtemps défini comme un photographe limace, qui laisse sa bave partout. Comment savoir si une pratique vous plaît si vous ne vous sentez pas légitime pour l’approcher ? Explorer les genres photographiques, des projets radicalement différents ou des clients dans des domaines opposés a toujours excité ma curiosité. Je ne veux pas seulement pratiquer la photographie, je veux faire rentrer la photographie dans ma vie, et pourquoi pas toutes les photographies, avant de choisir ce que je pourrai en faire.
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
L’authenticité pour se différencier
« Les jeunes photographes se demandent toujours : “ Comment faire connaître mon travail ? Comment m’établir, comment me faire connaître ?”. Comment trouver un équilibre entre l’ambition absolue nécessaire pour réussir et la présence de chaque instant qu’exige la photographie ?
“Il y a plusieurs façons de se faire une réputation, mais la seule façon satisfaisante est de faire un travail à la fois exceptionnel et authentique. Et la seule façon d’y parvenir est d’être aussi présent que possible dans le processus. Vous ne pouvez pas le faire si vous ne pensez qu’aux récompenses (ou aux échecs) à venir. »
Rester simple. Authentique. Être ou devenir soi-même. Tout simplement. Se différencier, être unique, être naturel, entrer dans le processus avec envie, détermination, sans penser au résultat mais en prenant plaisir au procédé lui-même. N’essayez pas d’atteindre un autre objectif que celui de prendre du plaisir à la photographie qui se présente à vous maintenant.
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Photo Alec Soth
Les 5 meilleurs services pour réaliser un livre photo
Le livre photo est pour moi le meilleur véhicule pour un projet photographique, mais en réaliser un demande beaucoup de travail, de connaissances ou de relations pour arriver à sa publication. Heureusement, depuis quelques années il n’a jamais été aussi facile de sortir des petites séries ou des tirages uniques, que ce soit pour s’exercer ou pour donner forme à un projet qui reste dans sur un disque dur.
Pour ma part, j’ai pour objectif de continuer à publier un livre par an au minimum, seul si je ne trouve pas d’éditeur pour m’accompagner. Avec deux livres photo auto édité, je commence À avoir quelques connaissances sur toutes les étapes qui mènent à la publication d’un livre photo et je vous proposerai régulièrement des articles qui couvrent l’un ou l’autre de ces domaines. Aujourd’hui, voici pour moi les cinq meilleurs services pour réaliser un livre photo en tirage unique ou toute petite série.
1- Blurb
Blurb est mon service de livre photo favori. Blurb est parfaitement intégré dans le module “Livre” de Lightroom Classic Blurb, ce qui le rend facile à tester pour beaucoup de photographes. Blurb produit des livres ou magazines de qualité à des prix accessibles et vous pouvez demander des prix spécifiques pour des tirages à plus de 300 exemplaires pour ceux qui ont des ambitions en auto-édition. Ce site a excellente réputation est d’ailleurs utilisé par beaucoup de photographes qui auto éditent leurs livres photos, et vous pouvez vendre vos livres à la demande directement depuis leur plateforme. Blurb est aussi un logiciel téléchargeable offrant des fonctionnalités similaires au module de Lightroom Classic. Facile d’utilisation, Blurb convient aussi pour ceux intéressés par les projets à gros volume.
2- Ooblik
Ooblik est un service situé en France, qui travaille avec des papiers Français de bonne qualité, et tout est réalisé à la main. La mise en page se fait directement sur leur site web. Du côté du logiciel, c’est assez simple et tout se fait en ligne. Le service semble rapide et efficace, j’ai vu beaucoup de jeunes photographes ces dernières années réaliser un “Zine” (un petit magazine auto-édité) avec Ooblik, on sent qu’ils veulent travailler avec des photographes plus qu’avec des particuliers.
Selon les mots de Richie Lem : “j’ai toujours reçu mes commandes en moins d’une semaine. Un carnet A5 de 32 pages, par 25 exemplaires, vous coûtera 13 euros l’unité chez Ooblik, et le prix baissera à 9 euros si vous en prenez 100 ou plus.”
3- Négatif Plus
Négatif Plus est le laboratoire avec lequel j’ai le plus régulièrement travaillé pour mes tirages, et ils proposent un service d'impression de livres photo complet, efficace et tout est réalisable en ligne. Je recommande toujours Négatif Plus pour leur qualité, et ils proposent maintenant deux formats “Fourteen” et “Fifteen” très accessibles qui me semblent parfaits pour les “Zine”.
4- Flexilivre
Spécialisé dans la création d’albums photos, Flexilivre offre un bon rapport qualité-prix et un grand choix de thèmes et de formats disponibles, mais ils sont manifestement destinés au grand public, vous devrez faire abstraction des exemples qui sont des albums de famille. Le site est pratique, accessible et intuitif. Le choix de fonctionnalités et d’options est grand et les créations sont régulièrement renouvelées.
Vous aurez la possibilité d’importer vos créations au format Word, PDF ou PowerPoint (même si je ne recommande pas de passer par cet outil pour votre mise en page). L’entreprise Flexilivre est française et engagée, elle imprime ses albums sur un papier PEFC issu de forêts gérées de façon durable depuis une imprimerie labellisée « Imprim’Vert » basée en France.
5- MyPoster
MyPoster est plus souvent connu pour les tirages photos à bon prix, mais vous pouvez aussi regarder du côté des livres photo. Avec son éditeur en ligne, MyPoster est un service fiable et intuitif. Avec lui, vous pouvez directement importer les photos de votre smartphone via un système de QR code. Tout est ensuite envoyé directement sur votre album en ligne. De nombreux thèmes prédéfinis sont disponibles. L’idée est intéressante et le service ergonomique.
Premières fois
Casa da infância - Salvador Bahia, 2022 Photo Genaro Bardy
Il y a un an, je commençais une grande transhumance professionnelle. Pour la première fois, j’essayais d’accompagner des photographes sur la durée. Pour la première fois, je décidais de proposer mes ateliers et voyages photo en étant indépendant. Et de manière beaucoup plus prosaïque, je commençais une transition de mon blog vers une nouvelle plateforme. Inutile de vous dire lequel de ces trois changements m’a le moins intéressé, que j’ai repoussé pendant presque un an. Je finis à peine le déménagement de mon site de Wordpress vers Squarespace et il reste encore quelques cartons éventrés dans le salon, si vous tombez dessus je m’en excuse.
Pour le Mentorat 2021, je compte 12 expositions cumulées pour les 10 participants à ce programme. Ça me laisse penser que les méthodes employées portent quelque effet, j’espère pouvoir formaliser cette méthode dans un programme resserré que je souhaite proposer à plus de personnes rapidement, uniquement pour ceux qui espèrent un jour exposer leur travail photographique et veulent faciliter ou accélérer leur chemin vers cet objectif.
Pour ce qui est de mes voyages, je complète aujourd'hui mon objectif qui était de proposer cinq voyages ou ateliers par an. La semaine dernière je proposais l’atelier de photographie à Londres en juin, aujourd’hui j’ouvre deux nouvelles dates à New York, notamment pour Halloween. Photographier Halloween au cœur de la parade à Manhattan, déguisés parce que c’est obligatoire, est certainement l’une des expériences les plus fun que j’ai pu proposé à des photographes voyageurs. Cela veut dire que l’atelier à Paris en avril sera vraisemblablement le seul que je proposerai en 2022, si vous hésitiez encore sachez que c’est en avril ou en 2023.
En 2021, pour la première fois je passais du temps en résidence artistique à Port Fréjus, je suis tellement pressé de pouvoir vous montrer le fruit de ce travail, c’était passionnant et les premiers retours par ceux qui ont vu le projet sont encourageants. En 2022, pour la première fois j’aurai des photos exposées dans deux villes, en même temps cet été, à Port-Fréjus donc et dans un festival que je ne peux encore révéler.
Et puisque mes objectifs ne sont pas seulement professionnels, pour la première fois depuis quelques jours je laisse mon fils “à l’école”. C’est probablement le changement qui me perturbe le plus, après deux ans de pandémie où j’ai passé tout mon temps avec lui à la maison. Mais pour avancer et grandir, il faut franchir des étapes. Celles-ci m’auraient paru tellement loin il y a à peine 18 mois, j’aurais sûrement eu du mal à y croire. Je suis impatient d’en franchir de nouvelles.
5 conseils en photographie de rue - Masters of Street Photography
La photographie de rue s’apprend d’abord par la pratique. Et si vous voulez avancer dans cette pratique, il me semble plus pertinent d’apprendre la symbolique, la théorie des couleurs ou à développer un essai, plutôt que des pures techniques qui sont vite apprises. Le livre Masters of Street Photography dont il s’agit ici présente les différents photographes selon le style de photos qu’ils adoptent : au flash, contrasté, noir et blanc… à la fin de chaque chapitre, les élément techniques de chaque photo sont inscrits. Je ne vois pas bien en quoi apprendre qu’une photo a été prise au 1/100ème de seconde plutôt qu’au 1/250ème de seconde est utile à quoi que ce soit.
Mais les chapitres sont également accompagnées d’interviews qui permettent au photographe d’expliquer mieux sa pratique. J’ai choisi ici 5 photographes et 5 conseils issus de leurs interviews respectives. Vous pouvez vous procurer le livre Masters of Street Photography en cliquant ici.
Soyez en empathie avec vos sujets - Melissa Breyer
Qu'est-ce qui vous a poussé à incarner des serveuses dans votre série The Watchwomen ?
Est-il important d'être en empathie avec vos sujets ?
« Il y a plusieurs vies, j’ai quitté la Californie et je suis tombé à New York, décrochant un emploi dans un petit restaurant de West Village. Je servaid aux gens des assiettes, leur versais du vin et m’occupais des tâches de service ; et dans les moments calmes entre les deux, j’ai permis à mon esprit de vagabonder. Mes rêveries allaient de peintures que je voulais faire à des conversations imaginées. Les rêveries étaient une merveilleuse façon de remplir les espaces creux pendant mes heures de travail. Maintenant, des années plus tard, chaque fois que je vois des femmes travailler dans des restaurants perdues dans leurs pensées, cela me rappelle ces rêveries. Je me demande, à quoi pensent-elles ? Quelles sont leurs histoires ? Mon imagination commence à créer des récits. Ces femmes sont bien plus que leur travail et je vois leur grâce et leur dignité même dans le plus petit des gestes. J’aime l’idée de figer le cadre - pour faire taire le cliquetis des assiettes et arrêter le dressage d’une table - pour les arracher à leur rôle de serveuses pendant une fraction de seconde et les présenter comme des acteurs dans des scénarios différents.
Pour moi, c’est l’empathie qui donne de l’intérêt aux photos - si nous sympathisons avec nos sujets, nous pouvons les montrer dans un contexte qui me semble juste et nous pouvons montrer leur dignité. Nous leur devons cela puisqu’ils nous servent de modèles à leur insu. D’une certaine manière, les photographes de rue sont des voleurs, avec des instants et des portraits de passants volés. La seule façon de se sentir bien à ce sujet est de s’assurer que nous le faisons avec intégrité - et il semble que l’empathie contribue à garantir cela. Je pense qu’il est assez facile de dire quand un photographe de rue manque d’empathie et que ses photographies semblent superficielles, ou même irrespectueuses. Les photos en disent plus sur le photographe que sur le sujet, et je ne veux jamais que mes photos soient comme ça. »
Photos Melissa Breyer
Cherchez des scènes originales - Sally Davies
Selon vous, quels sont les éléments clés qui font qu'une photographie de rue "fonctionne" ?
« J’essaie d’éviter les visuels trop utilisés. Il y a trop de photos de parapluies et de personnes passant devant des panneaux d’affichage. Moi aussi, j’ai été coupable de ça, mais on progresse au fur et à mesure. Les temps changent et nous devons changer aussi. Être juge dans quelques concours de photographie m’a montré ce qu’il ne fallait pas faire. Aussi étonnant que puisse être un coup de parapluie, ou une personne avec une longue ombre sur une allée pavée, il y en a trop dans le monde. Et oui, c’est la question que je me pose à chaque fois que j’appuie sur le déclencheur : « Le monde a-t-il besoin de cette photo ? » Parfois, la réponse est non, ce qui me pousse à regarder encore plus attentivement. »
Photos Sally Davies
La forme est au service du contenu - Dimitri Mellos
Beaucoup de vos photographies utilisent un fort contraste - quels défis cela crée-t-il et comment les surmontez-vous ?
« Plutôt que de considérer cela comme un défi, j’en suis venu à l’apprécier comme une opportunité. Le fait que sur une photographie vous ne puissiez pas exposer correctement toutes les zones d’une telle scène atteste de la grossièreté de notre équipement photographique par rapport à nos yeux : nos yeux peuvent voir des dégradés et des détails sur toute la surface, mais avec un appareil photo, vous devez soit exposer pour les zones claires ou pour les ombres. Au début, j’ai pensé à cela comme une limitation et un défaut, mais ensuite j’ai reconnu les possibilités esthétiques que cela ouvre. Il y a quelque chose d’émouvant et d’inquiétant dans une image où des visages semblent émerger d’un vide noir, par exemple. En général, je pense qu’il est libérateur de travailler dans les limites d’un support spécifique et de les plier à des fins créatives plutôt que d’essayer de les contourner. Bien sûr, il existe également des risques et des défis inhérents à l’utilisation d’un dispositif formel prononcé comme celui-ci. Plus que tout, il faut toujours se méfier du danger de dériver vers un maniérisme vide de sens ; la forme doit suivre le contenu. »
Photos Dimitri Mellos
Aimez l’expérience autant que les photos - Ed Peters
Qu'est-ce qui vous attire dans les images complexes ?
« Déjà, le monde est un endroit complexe. Comme la plupart des gens, j’essaie de lui donner un sens du mieux que je peux, donc je suppose qu’à un certain niveau, vous pouvez interpréter mon travail comme une tentative métaphorique de poser des questions sur les situations confuses dans lesquelles nous nous trouvons tous. À un autre niveau, cependant , je pense que mes photos peuvent être appréciées sur des termes plus formels. Pour moi, l’arrangement du sujet d’une image, dans une composition élégante, offre ses transmet ses propres messages. Bien que la photographie de rue puisse parfois être frustrante, il y a aussi l’expérience joyeuse à attendre lorsque tout se passe bien. Je soupçonne la plupart des photographes de rue d’aimer le processus de création presque autant que les résultats finis. Le fait est que j’aime marteler le trottoir en prévision de ma prochaine bonne photo et je suis excité quand je la trouve. »
Photos Ed Peters
Ne demandez pas la permission - Marina Sersale
La photographie de rue peut être intrusive - avez-vous déjà eu l'impression d'envahir la vie privée d'une personne, et cela vous importe-t-il ?
« Je suis d’accord que ça peut être intrusif, et c’est définitivement quelque chose qui compte pour moi, mais en même temps je trouve ce qui se passe dans la rue très intéressant et très inspirant. Je me rends compte que lorsque je photographie des gens dans la rue, je le fais sans leur permission et la plupart du temps sans même qu’ils le sachent. Certaines personnes peuvent penser que ce n’est pas bien, mais pour moi, la limite est de ne pas de photographier des personnes en détresse - je ne suis pas photojournaliste et je ne suis pas payé pour le faire. À part ça, je ne vois pas pourquoi je ne photographierais pas les gens dans la rue. »
Photos Marina Sersale
L’esprit du lieu
Salvador, Bahia - Jan. 2022 - Photo Genaro Bardy
À nouveau, je passe le plus clair de mon temps à la maison. La faute à Omicron et à mes ambitions. Si je veux les satisfaire, je dois passer ce temps à développer mes activités derrière un ordinateur. Cela me donne le temps de passer au moins 2 heures par jour à simplement jouer avec mes enfants avant qu’ils n’aillent à l’école, car un jour il faudra bien nous séparer. Mais cette situation m’empêche aussi de simplement sortir et “aller voir”, de prendre un quartier au hasard à Salvador et d’aller y poser un regard.
Pendant presque 18 mois, je me donnais toujours un objectif dans mes sorties en photographie de rue, parce que j’avais décidé d’écrire un livre pour lequel j’ai su assez vite que je voudrais parler de mon rapport à ce lieu où notre famille s’est rencontrée et construite : Salvador. Aujourd’hui, je n’ai plus cette contrainte, car le livre est écrit et publié. Pourtant, je continue à sortir et explorer autant que je peux, pour aller chercher des photos, mais surtout pour me plonger dans l’esprit du lieu.
Qu’est-ce qui nous rattache à un endroit ? Qu’est-ce qui caractérise l’émotion que nous ressentons quand nous redécouvrons un lieu que nous aimons ? Cette question est fascinante parce qu’elle est double. Cela dépend toujours du lieu lui même, comment il s’est construit, ce qui le compose, le climat qui l’entoure et le peuple qui l’habite. Et puis, cela dépend avant tout du regard que l’on veut bien poser dessus. L’émotion que je ressens devant un lieu dépend d’abord de moi, le regard que je pose est en réalité un voyage intérieur.
Dans mes explorations, j’ai découvert que ce qui nous rattache à un lieu dépend de son histoire et en même temps de notre histoire, de ce que nous y avons vécu. Rien ne remplace dans mon esprit le lieu sacré où j’ai grandi, son odeur, le vent salé, la mine renfrognée par la brume et le sourire du cœur des gens de Guérande. Justement, c’est ainsi parce que l’esprit du lieu dépend de ce que nous y avons fait et de ce que nous y faisons. C’est un lieu commun, ce qu’y font les adultes en essayant d’organiser le bordel ambiant et ce qu’y font les enfants en poussant les portes et les cris, ce que font ces générations définit leur rapport au lieu.
Le monde est un inextricable bordel et nous ne pourrons rien y faire au delà de notre cercle, autant l’accepter. Notre cercle, c’est là où nous posons notre regard. Et, si je décide de poser un regard neuf, d’accepter ce qui m’entoure, alors , parfois, j’arrive à le rendre beau dans un cadre au 1/125e de seconde. J’ai alors trouvé l’esprit du lieu, qui n’est en réalité que mon esprit et mon émotion que je projette. L’esprit du lieu dépend autant de moi que de ce qui le compose.
Comment vous en rendre compte par vous même ? Prenez un lieu familier, exactement là où vous résidez, et partez dans 7 directions différentes pendant une semaine, en marchant pendant 1/2h, puis en revenant, et essayez de prendre une bonne photo par jour. En sept photos, vous aurez l’esprit du lieu.
Autre méthode. Prenez un lieu au hasard sur une carte autour de là où vous êtes, dont le nom vous inspire ou pour une raison fantasque. Passez 2h et essayez de capter l’esprit du lieu, qui comme nous l’avons vu dépend aussi de ceux qui y vivent. Prenez autant de portraits que de paysages et assemblez des diptyques, pour faire se correspondre le lieu avec ceux qui y vivent. Probablement qu’après, vous ne regarderez plus jamais ce lieu comme un autre, pour ce que vous y aurez accompli.
L’esprit du lieu, c’est notre esprit dans ce lieu qui se présente à nous.
On photographie qui on est.
Salvador, Bahia - Jan. 2022 - Photo Genaro Bardy