Livre : On Street Photography and the Poetic Image - Alex Webb and Rebecca Norris Webb
Lorsque que j'ai décidé d'emménager ici à Salvador (de Bahia, la ville au Brésil, pas le pays), j'ai à peu près tout laissé derrière moi. Non pas que j'ai accumulé beaucoup avec les années, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, mais j'ai surtout laissé à mes anciens voisins ou quelques amis un grand nombre de livres photo. Je recommence donc ma bibliothèque ici, avec 2 à 3 mois de délai de livraison pour Amazon, ce qui a eu pour conséquence que dans mon impatience j'ai commandé 2 fois le même livre, celui dont je veux vous parler aujourd'hui : "On Street Photography and the Poetic Image" d'Alex Webb et Rebecca Norris Webb.
J'ai pour intention de commenter les livres ayant trait à la photographie de rue sur ce blog. Pas les meilleurs, pas tous, simplement ceux que je possède, en essayant de vous expliquer pourquoi je les trouve importants. J'essaierai de sortir ici quelques leçons que ces livres m'ont permis de retenir sur la photographie et comment ils m'ont permis (j'espère) de devenir un meilleur photographe. J'espère que cela vous sera utile. Si ça devait être le cas, s'il vous plait procurez-vous le livre en question, autant pour vous que pour le photographe.
Photo by Alex Webb
Photo by Rebecca Norris Webb
The Workshop Series
On Street Photography and the Poetic Image d'Alex Webb et Rebecca Norris Webb est édité par la fondation Aperture et n'a pas été traduit en français à ma connaissance, ce que j'écrirai ici sera donc traduit par mes soins, je vous prie par avance d'excuser les imperfections éventuelles.
Ce livre appartient à la collection "Workshop" de la fondation aperture, mais ne vous attendez pas à un atelier pratique avec des éléments techniques ou des méthodes de prise de vues, ce livre est plutôt constitué d'une série de commentaires se référant à une photo ou un moment crucial dans leur vie de photographes. L'ensemble relève plutôt d'une philosophie de la photographie, d'un rapport au monde illustré par certaines des plus belles photographies qu'il m'ait été donné de voir. Avec ce livre, attendez-vous plutôt à rentrer dans la tête des auteurs, à partager leurs réflexions et ce qui les fait avancer. Clairement si vous débutez en photographie vous risquez de ne pas comprendre pourquoi cette collection s'appelle "Workshop". Mais si vous êtes un peu plus à l'aise avec votre photographie, vous aurez accès à quelques recettes magiques qui seront autant des guides pour vos prochaines photos que des inspirations à devenir chaque jour un peu meilleur.
Alex Webb et son épouse Rebecca Norris Webb travaillent ensemble depuis leur rencontre, ce livre distingue très bien leurs deux approches à la fois très différentes et complémentaires. Aux explorations d'Alex, répond la vision poétique de Rebecca.
Je n'ai pas de mots assez forts pour décrire le plaisir intense que me procurent les photographies d'Alex Webb, elles sont si parfaites que je peux les observer et les analyser sans arrêt, je reprends ce livre avec joie régulièrement. Pour ce qui est du travail de Rebecca, je me sens plus proche de sa douceur, de ce je ne sais quoi qu'elle sait voir et provoquer. Ses photos sont plus intimes, elles vont gratter quelque chose au coeur qui laisse une forme de nostalgie quand le livre est reposé. Alex et Rebecca utilisent également d'autres photographies que les leurs, toujours pour illustrer le propos du chapitre ou de la leçon qui fait rarement plus de deux pages.
Photo by Alex Webb
Photo by Rebecca Norris Webb
L'aveugle et le bus
Denis Johnson, le poète et romancier, décrivait un jour son procédé en poésie à Alex Webb. Il vivait dans le désert à la périphérie de Phoenix, et chaque jour un homme aveugle, avançant en tapant avec sa canne, arrivait jusqu'à la station de bus. Quand un bus arrivait, il ne demandait jamais au chauffeur la destination. Il montait simplement dans le premier bus qui arrivait. Pour lui, c'est ça la Poésie.
C'est ce qui rassemble les travaux d'Alex Webb et de Rebecca Norris Webb en photographie. La création d'un livre est un procédé artistique, un parcours créatif qui est intuitif plutôt que rationnel, spontané plutôt que préconçu. Le monde est le collaborateur du photographe dans ce double voyage, le voyage intérieur et personnel et le voyage vers les autres plein d'exotisme.
Cela me rassure pour mon prochain livre
Je réfléchis actuellement à la création de mon prochain livre et ces mots m'aident tellement à prendre confiance. Je voudrais que le prochain livre soit parfaitement préparé mais c'est certainement impossible. J'aimerais qu'il soit lu par le plus grand nombre pour que la photographie continue à être ma vie professionnelle, mais je comprends aussi qu'il doit avant tout être vrai, intime, personnel.
Je voudrais écrire un livre qui soit autant un voyage en photographie qu'un roman, avec les histoires que je voudrais laisser sur papier avant que elles ne s'oublient. Et bien soit, je vais le fabriquer ce livre.
Finalement, nous savons que si vous croyez en votre photographie, cela finira par vous emmener où vous avez besoin d'aller - quelque soit le bus dans lequel vous montez.
Alex Webb
Photo by Alex Webb
La première photographie
Quand je photographie les gens dans la rue - que ce soit à Londres, Istanbul, Madrid, La Havane, Oxaca, Séoul, ou New York, où je vis - la première fois que je déclenche mon appareil c'est comme si je posais une question : Est-ce que je peux prendre une photo ?
Et la deuxième fois : Puis-je prendre une autre photo ? Et ensuite une autre...
Alex Webb
La photographie de rue est une méditation
Ce petit texte est pour moi autant un Haiku qu'un Mantra. Il me rappelle que chaque photographie est un doute, une question que je me pose sur ce que je vois. Il me renvoie également à l'état de concentration, de méditation presque, dans lequel je me trouve en photographie de rue. Après quelques temps je suis entièrement concentré vers l'extérieur, vers la lumière, vers ce que je vais trouver de curieux, de beau, de graphique. Et puis après chaque photo, je passe à la suivante sans savoir si la précédente était digne d'intérêt.
Photo by Alex Webb
L'oeil du photographe
J'étais à l'origine une poète, mais mon écriture m'abandonna après l'université. En regardant en arrière, je pense que le genre de poésie lyrique que j'écrivais alors ne contenait pas assez du monde extérieur - ni de ma curiosité à son égard. Ma réponse à la page blanche a été d'acheter un petit appareil photo et de voyager pendant un an, en espérant que mes photographies seraient l'étincelle de ma poésie quand je retournerais chez moi. À la place, je suis tombé amoureuse de la photographie. J'ai réalisé que l'oeil qui se dirigeait vers ces images dans ma poésie était le même oeil qui regardait à travers l'objectif.
Je pense que Wright Morris, l'auteur et photographe du Nebraska l'a parfaitement dit : "Je ne laisse pas tomber l'oeil du photographe quand je pose l'appareil photo"
Rebecca Norris Webb
La poésie est partout autour de moi
La photographie ne s'arrête jamais. C'est une des merveilles de cette pratique, quand vous posez l'appareil photo vous continuez à voir. Je me surprends depuis que je suis photographe à observer autour de moi ce qui aurait pu paraître complètement anodin, anecdotique, sans aucun intérêt. Un paysage par la fenêtre qui défile depuis une voiture ou un train, une réflexion du soleil dans les vagues, plein de petits détails que je n'avais jamais regardé. Je redécouvre des lieux que je croyais connaître, que je les prenne en photo ou non. Cet oeil du photographe est empli d'une poésie qui me réjouit indéfiniment, elle me procure un plaisir insoupçonné. Je ne pourrai plus jamais m'en séparer.
Photo by Rebecca Norris Webb
Chercher des photographies
Bien que mes photos soient souvent décrites comme complexes, mon procédé en photographie de rue est assez simple. Je ressens, je 'renifle' presque la possibilité d'une photographie. J'essaie de suivre le rythme des rues, parfois en marchant dans des situations, parfois en attendant. Tout dépend de ce que le monde me donne en ce jour particulier.
Cette manière de travailler me rappelle ce qu'un de mes professeurs, Charles Harbutt, écrivait : "Je ne prends pas des photos, ce sont elles qui me prennent... Je ne peux rien faire à part avoir de la pellicule dans mon appareil et être attentif"
Alex Webb
Les photos sont un appel
Rien ne peut mieux décrire le procédé de photographie de rue. C'est une envie qui n'a pas d'objet, on attend ou on avance, puis apparait un instant. Ce moment est kinesthésique, charnel, il a une odeur, un bruit, un goût presque. On pressent que la photo va arriver et puis clic. Un pas de côté, est-ce que c'est mieux ici ? Clic.
Je n'ai qu'à être là, dehors, et à explorer. Les photos apparaitront si je travaille assez.
Photo by Alex Webb
Prenez parti
Dans sa plus simple expression, l'art d'un photographe n'est rien de plus que son regard particulier. Mon regard a tendance à relever du rêve et à être d'une certaine manière de travers, comme si je regardais le monde du coin de l'oeil.
Peut-être parce que j'étais extrêmement timide étant enfant, volant des coup d'oeil de côté, perdue dans mes rêveries. Peut-être que la faute revient à mes lectures, trop de poésie. Quelque soit la cause, j'essaie de suivre les directives d'Emily Dickinson, une de mes poètes favorites :
"Dites toute la vérité, mais prenez parti".
Rebecca Norris Webb
Regarder le monde de travers
J'ai parfois eu tendance à chercher systématiquement une composition parfaite, que tout soit droit, précis et clair. Mais la photographie est une petite musique, une petite histoire personnelle que l'on raconte mieux en se penchant, en cherchant des mélanges ou des reflets incompréhensibles. Parfois la lumière est faible ou insuffisante, ça n'enlève rien à la beauté de ce qui m'entoure.
Je crois qu'il est nécessaire d'expérimenter, de laisser son coeur parler sans chercher à rationaliser, et de regarder le monde de travers. La poésie graphique est une sorte de lâcher-prise, de laisser-aller. Je sais ce que je trouve beau, je dois parfois oublier les règles, les conventions, ou même m'oublier moi-même.
Photo by Rebecca Norris Webb / Blackbirds.
La couleur c'est l'émotion
Comme beaucoup de photographe de ma génération, j'ai commencé à travailler uniquement en noir et blanc, influencé par des photographes de rue comme Henri Cartier-Bresson, André Kertész, Robert Franck, et Lee Friandler. En fait, comme jeune photographe dans les années 70, je regardais la couleur avec mépris, pensant qu'elle ne pourrait qu'être commerciale, loin de la photographie avec un coeur et une âme.
Cependant, au milieu des années 70, j'ai commencé à photographier en Haiti et en Jamaïque, ainsi que le long de la frontière US-Mexique-, j'ai alors réalisé que quelque chose manquait - ce sentiment de lumière brûlante et de couleurs intenses de ces mondes. À cause des endroits où j'avais choisi de photographier - des endroits où la couleur semble être une partie intégrante de la culture et où la vie est souvent vécue penchée et dans la rue - j'ai découvert une manière de travailler avec des couleurs vibrantes, saturées.
J'ai commencé à réaliser que travailler en couleur n'est pas seulement à propos de la couleur. La couleur est émotion. Si le noir et blanc vient du coeur ou de la tête, "la couleur vient du ventre" comme le disait le photographe Belge Harry Gruyaert.
Alex Webb
Couleurs sensuelles
Mes premières années en photographie étaient exclusivement en noir et blanc. J'étais persuadé à l'époque que c'était la seule manière de voir le monde en photo. Je crois maintenant que c'était surtout de l'ignorance et un manque de culture en photo. J'ai développé un travail en couleur quand j'ai souhaité passer professionnel, pour donner plus de cordes à mon arc et pouvoir répondre à plus de demandes.
Maintenant que je vis à Salvador de Bahia, je ne pourrais pas imaginer cette ville sans une couleur que je trouve sensuelle, qui me prend à la gorge. Je travaille actuellement sur un projet qui ferait un lien entre les villes coloniales de Salvador et de Carthagène des Indes en Colombie. Son titre : "My soul so cool by the bath of light". Ce bain de lumière, je crois bien que c'est la couleur.
Photo by Alex Webb
Ce que j'ai appris en photographiant comme Bruce Gilden
Depuis que j'ai découvert la photographie de rue, les photos de Bruce Gilden génèrent chez moi une fascination, elles m'obsèdent. Le seul autre photographe qui me donne ce genre de sentiment est Alex Webb, qui fera l'objet d'un autre article sur ce format.
Bruce Gilden est connu pour utiliser une méthode de prise de vues radicale, qui crée la polémique dans les commentaires sur tout ce qu'il produit : le flash à très courte distance de ses sujets, la plupart du temps sans demander la permission.
J'ai voulu pratiquer cette technique de prise de vues pour deux raisons :
on ne peut pas vraiment s'approcher plus près des sujets en photo de rue, c'est pour moi l'étape ultime de la démarche.
je voulais repousser mes limites personnelles, voir de quoi j'étais capable. Je me suis lancé ça comme un défi, une performance. Je ne savais pas à quel point j'allais apprécier le résultat.
Ce que j'ai appris en photographiant comme Bruce Gilden :
Les gens sont le plus souvent sympathiques avec un photographe
Cet homme pourrait avoir un regard qui parait sombre en fronçant les sourcils. C'est qu'il est bien curieux de voir débouler un gaillard le flash à la main pour se coller dans votre nez. Mais le moment l'a amusé, il était joyeux à à finit notre petit moment ensemble en nous bénissant. Je n'ai pas su s'il était pasteur étant parti un peu vite, mais ce monsieur représente bien mon sentiment général en photographie de rue.
Les gens que je croise sont pour une grande majorité sympathiques si vous photographiez avec le sourire et transmettez de la joie de vivre. Oui le flash à un mètre génère plus de réactions méprisantes voire agressives, mais dans l'ensemble elles restent des cas particuliers qui sont juste mis en valeur par la méthode. Ces réactions négatives ne dépassent pas 10% avec la méthode de prise de vues la plus agressive en apparence. [Faith in humanity restored]
Parisiens, 2019
Le flash résout beaucoup de problèmes techniques
Vitesse fixe à 1/160e de secondes ou au 1/200e, ouverture à F8.0 pour avoir une bonne profondeur de champ, le flash qui fige le(s) sujets. Quelques soient les conditions de lumière je peux travailler et me concentrer sur l'interaction avec les personnes que je rencontre. L'interaction est inévitable et je préfère largement être dans ces conditions et me concentrer sur la photo puis sur l'explication éventuelle de la démarche si la personne s'arrête.
Mon taux de photos "gardées" n'est pas meilleur, mais quand j'en ai une qui est forte elle me marque plus durablement. Le flash a une certaine tendance à rendre tout plus beau, mais surtout il me fait oublier les réglages de mon appareil, ou me permet de ne pas penser au sens de la lumière.
C'est extrêmement appréciable de se concentrer uniquement sur ce qui vous entoure et de rechercher le bon sujet/cadrage.
Parisiens, 2019
Impossible d'anticiper une photo
C'est peut être parce que je débute dans cette pratique, mais il m'est apparut difficile d'anticiper une photo, de savoir avant quel type de photo j'allais obtenir.
Il m'est aussi devenu impossible de savoir si j'allais être vu avant ou au moment du déclenchement, ou quel allait être le type de réaction qui serait capturé. C'est de la pure chasse, on ne peut pas composer avant de s'approcher.
C'est très nouveau pour moi et particulièrement excitant, ce doit être dû probablement à une bonne montée d'adrénaline.
Bahianos, 2019
Demander la permission marche toujours aussi bien
C'est la base en photo de rue, si vous avez peur d'y aller demandez la permission. Cela vous habituera à aller au contact, vous pourrez capter des moments naturels autour du portrait que vous aurez demandé, et enfin vous constaterez que la plupart des gens sont charmants.
Je vais pas vous mentir je ne faisais pas le fier la première fois que j'ai tenté l'expérience sur la plage de Barra, coin qui peut être réputé assez chaud à Salvador. Du coup je me suis raccroché aux bases, j'ai systématiquement demandé la permission avant de shooter. Alors oui, j'ai fait du portrait avant tout, mais je crois aussi avoir attrapé quelques beaux moments. Et puis ça m'a détendu et j'ai fini par déclencher sans demander sur la fin.
Bahianos, 2019
Se baisser au sol est utile, et difficile à maitriser
Observer Bruce Gilden travailler est maintenant facile, si vous n'avez pas peur de l'anglais : https://www.youtube.com/watch?v=ejlIgyYhlJ8
Avant de commencer cette technique du flash à un mètre je ne voyais pas bien l'intérêt de chercher à me mettre au sol. En essayant c'est apparu comme une évidence, ça permet de composer en remplissant le cadre plus facilement. Et ça donne un sentiment exacerbé en rendant le sujet "dominant" avec la contre-plongée.
Du point de vue de la réaction du sujet, si vous ne demandez pas la permission ça permet d'être vu plus souvent comme une curiosité plutôt qu'une menace.
Si j'avais un conseil, je vous dirais de faire attention à ne pas viser trop haut. La séquence passe tellement vite que l'on a vite fait d'avoir 2/3 de ciel sur sa photo, ce qui est rarement efficace sur le résultat.
New Yorkers, 2019
Continuer à arpenter les mêmes rues
Le taux de réussite est traditionnellement très bas en photographie de rue, je l'ai trouvé encore plus faible avec cette technique. Probablement qu'avec une pratique plus régulière j'arriverais à m'en sortir un peu mieux, mais combien de clichés ratés pour une photo potable ? Pfffffiiiu il faut être persévérant.
Puis àpartir d'une certaine heure, quand les conditions de lumières commencent à être faibles, les contrastes avec le flash deviennent extrêmes. C'est un style mais pas celui que je recherchais, ça m'a laissé peu de temps pour travailler.
Ainsi si je veux avoir une série de photo intéressante, il m'a semblé encore plus important de revenir encore et encore au même endroit. D'ailleurs Bruce Gilden est connu pour avoir écumé New York quasi exclusivement sur la 5ème Avenue, pour des raisons de lumière et de population rencontrée, mais je crois que c'est aussi nécessaire à cette pratique.
New Yorkers, 2019
Le résultat est radicalement différent
Avec le flash à un mètre, sans demander la permission, j'ai trouvé les photos fortes, intenses, radicales. Les prises de vues m'ont pris aux tripes comme jamais et je trouve que cela se ressent dans les photos. Peut-être que je me projette trop dans ces photos, c'est une technique nouvelle pour moi. Mais j'ai le sentiment d'être aller explorer quelque chose de nouveau chez moi et chez les personnes que j'ai croisées est bien ancré, là, et j'ai très envie d'y retourner le plus tôt possible.
Découvrir sa personnalité
Avec cette technique, le choix des sujets devient crucial. J'ai très vite compris que je ne pouvais pas photographier tout le monde que je croise (duh), le choix des sujets devient forcément personnel.
Je dois reconnaitre avoir été un peux vexé quand on m'a dit que je ne photographiait "que les vieux" avec mes premières photos sur Twitter. Je n'ai pas été jusqu'à penser qu'on allait saluer la démarche, je sais ce que ce genre de photos génèrent comme commentaires, mais je ne pensais pas être tellement accroché sur la méthode.
Bruce Gilden se décrit comme un "bulldog" dans les rues de New York, sa démarche est radicale et sa manière d'être également. Il peut paraître choquant de l'entendre dire "Je ne savais pas que la rue vous appartenait" à un passant pas content d'être flashé au milieu d'un trottoir. J'ai trouvé ça drôle, au delà du fait que c'est très vrai (la rue ne nous appartient pas).
Et je me suis surpris à défendre des clichés que je voulais garder, à refuser de les effacer alors que je le conseillerai toujours quand j'enseigne. C'est que je dois être moi aussi un bulldog.
Connaître son droit
La méthode est extrême, mais elle reste autorisée. De l'importance de bien connaître son droit, sur Twitter comme dans la rue.
Voici le texte de loi évoqué dans cette conversation : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F32103
Et la réponse que je lui ai opposé : http://thomas-benezeth.fr/blog/le-droit-a-limage-en-photo-de-rue/
Je vais continuer
En conclusion je dirai que j'ai adoré cette pratique. Autant pour les photos qui en sont sorties que pour ce que ça m'a permit d'apprendre sur les autres et sur moi. Je crois que la photographie de rue est avant tout une expérience sociologique, tournée vers les autres et sur nos modes de vie. Cette pratique de la photo de rue en révèle des aspects que je ne soupçonnais pas. Et je n'ai qu'une seule hâte, y retourner.
9 techniques pour s'approcher en photo de rue
S'approcher en photographie de rue est à la fois un des meilleurs moyens de progresser en composition et ce qui pose le plus de problèmes pour tous les photographes que je rencontre.
Rendons à Capa la phrase qu'il a laissé à la photographie :
Si vos photos ne sont pas assez bonnes,
c’est parce que vous n’êtes pas assez près.
Robert Capa
Je vois deux principales raisons qui permettent de dire que vos compositions seront meilleures en vous approchant :
S'approcher permet de remplir son cadre. Il est essentiel de considérer l'intégralité de votre cadre, jusque dans ses coins. Et s'approcher est une méthode qui aura un impact différent du zoom. Je crois d'ailleurs que le zoom est un frein à la photographie de rue parce qu'il est plus menaçant, mais rien n'empêche de pratiquer avec un zoom.
La proximité crée une émotion plus grande avec le sujet, permet plus d'empathie. Je parle bien sûr pour celui qui regarde votre photo.
Enfin si vous débutez en photographie de rue, je ne vous conseillerai jamais de vous limiter à une seule pratique. Si vous refusez envers et contre tout de vous approcher vous vous privez purement et simplement de la majeure partie des photos que vous pourriez réaliser. Comment savoir quel le style qui vous correspond le mieux, si vous n'en essayez pas au moins quelques-uns ?
Mon idée ici ne sera pas de vous permettre de travailler sur vos peurs, sur ce qui vous permet probablement de justifier de ne pas vous approcher des inconnus dans la rue. Ces peurs nous les avons tous. Je me souviens comme si c'était hier de la frousse monumentale qui me saisit lors de ma première sortie photo, alors que j'étais en train de demander de faire le portrait d'un inconnu. Encore aujourd'hui quand j'essaye de nouvelles pratiques plus extrêmes, cette peur revient, c'est bien naturel.
Mon propos sera de vous donnez quelques clés pour surmonter ces peurs et commencer à vous approcher sans créer de conflit avec les personnes que vous rencontrez.
Voici 9 techniques pour s'approcher en photo de rue :
Demandez la permission
C'est la première étape en photo de rue, commencez par allez vers les autres et demandez la permission. Cela vous permettra de voir que la plupart des gens sont charmants, et vous pourrez toujours obtenir des attitudes naturelles en poursuivant la conversation tout en continuant à déclencher.
Donnez l'impression de viser ailleurs
Quand vous serez repéré en photographie de rue, parce que vous serez repéré à un moment ou un autre si vous vous approchez :), la plupart du temps les personnes croisées regarderont dans la direction de votre objectif.
Si vous ne placez pas votre sujet au centre de votre photo, et que vous continuez à regardez droit devant vous après avoir déclenché, quasiment à chaque fois votre sujet ne croira pas être pris en photo.
Cela fonctionne bien entendu beaucoup mieux avec un grand angle.
Trouvez un cadre et attendez
Placez-vous à un endroit où les passants sont obligés de vous approcher, anticipez la vitesse de vos sujets et déclenchez au bon moment.
Ayez l'air d'un touriste
Si vous aimez les vestes à poches et les gros zooms, il est probable que vous soyez repéré rapidement. Disclaimer : j'adore ma veste à 27 poches mais je la place sous ma veste quand je m'en sers.
Je n'ai aucun problème à avoir l'air d'un gros touriste, au contraire. C'est nettement moins menaçant. Il est fréquent d'avoir envie de sortir avec deux boitiers, deux zooms et tout l'équipement dans un sac, mais au delà de la fatigue c'est beaucoup plus intimidant pour les personnes que vous rencontrerez et ça génèrera des réactions beaucoup plus agressives.
De la même manière je ne cache pas mon appareil, il est en évidence autour de mon cou et si l'on me pose la question je dis que je suis photographe et j'engage la conversation. Rien de pire qu'un sniper qui part en baissant les yeux.
Autoportrait hier VS un photographe rencontré à Salvador
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Pour chasser en photographie de rue, tournez autour de votre sujet en essayant de ne pas être repéré. Si vous êtes remarqué, expliquez votre démarche, dites que vous êtes photographe, puis demandez si vous pouvez réaliser un portrait.
Ne regardez pas dans les yeux
C'est parfois le bruit du déclenchement qui va vous trahir. Regardez plus loin que votre sujet, sans accrocher son regard, comme si vous visiez quelque chose derrière lui. Si l'on vous pose la question, recommencez ce qui doit être une habitude : expliquez votre démarche, dites que vous pratiquez la photo de rue, montrez vos photos, proposez de les envoyer. Puis demandez un portrait :)
Ayez l'air de filmer
C'est une technique redoutable alors que le procédé relève exactement du même principe. Passez votre appareil en 'live view' et donnez l'impression de filmer une vidéo, on ne fera généralement pas attention à vous.
Faites réagir
Les réactions au photographe en photo de rue peuvent être très intéressantes. Parlez, brisez la glace, soyez présent dans votre photographie. C'est le moment de sortir votre meilleure blague ou vos plus beaux compliments.
Continuez à photographier
La photo de rue ne s'arrête pas au premier déclenchement, travaillez vos scènes et continuez à chasser le meilleur cliché, même après avoir demandé un portrait.
Bonus : ce qui est petit est mignon
La discrétion en photographie de rue est essentielle. C'est pourquoi je ne me sépare jamais d'au moins un appareil, le plus petit possible. En l'occurence un Ricoh GRII qui tient littéralement dans la poche, et qui me donne encore plus l'air d'un touriste qui photographie sans conséquence.
La bombe sous la table - Comment améliorer une idée de projet
Un projet photographique est une histoire
Il est pour moi établi qu'un projet photographique, ou une série si vous préférez, ou un reportage si vous êtes journaliste, EST une histoire. C'est une histoire qui utilise des médias et formats différents d'un film de cinéma (duh), mais qui utilise exactement les mêmes principes et mécaniques pour arriver à ses fins. Ainsi étudier et analyser les grands classiques du cinéma ou certains grands réalisateurs contemporains doit vous permettre de mieux raconter une histoire, et donc d'améliorer votre projet photographique, aussi simple et trivial puisse-t-il paraître.
À titre d'exemple je ne saurais trop vous conseiller d'étudier le concept de 'monomythe', développé par Joseph Campbell à partir de la fin des années 1940, qui avance l'idée que tous les mythes du monde racontent essentiellement la même histoire, dont ils ne seraient que des variations. Dans son livre Le héros aux mille et un visages, paru en 1949, Campbell avance ce qu'il affirme être une structure universelle de tous les mythes du monde, qui relateraient le voyage du héros (The Hero's Journey). J'arrête ici l'analogie, je réalise que cela méritera largement un article que j'ai déjà plaisir à imaginer écrire.
Surprise versus Suspense
Et la bombe me direz-vous ? J'y viens. Elle va bien finir par arriver rassurez-vous. Car une bombe est ainsi faite, on sait que si on ne fait rien pour la désamorcer elle finira toujours par exploser. La bombe sous la table est un principe narratif qui permet de distinguer la surprise du suspense, il a été conceptualisé par le grand maître du suspense Alfred Hitchcock dans le livre de François Truffaut 'Le Cinéma selon Alfred Hitchcock' (1966) :
Alfred Hitchcock : La différence entre le suspense et la surprise est très simple, et j'en parle très souvent. [...] Nous sommes en train de parler, il y a peut-être une bombe sous cette table et notre conversation est très ordinaire, il ne se passe rien de spécial, et tout d'un coup : boum, explosion. Le public est surpris, mais, avant qu'il ne l'ait été, on lui a montré une scène absolument ordinaire, dénuée d'intérêt. Maintenant, examinons le suspense. La bombe est sous la table et le public le sait, probablement parce qu'il a vu l'anarchiste la déposer. Le public sait que la bombe explosera à une heure et il sait qu'il est une heure moins le quart — il y a une horloge dans le décor ; la même conversation anodine devient tout à coup très intéressante parce que le public participe à la scène. Il a envie de dire aux personnages qui sont sur l'écran : « Vous ne devriez pas raconter des choses si banales, il y a une bombe sous la table et elle va bientôt exploser. » Dans le premier cas, on a offert au public quinze secondes de surprise au moment de l'explosion. Dans le deuxième cas, nous lui offrons quinze minutes de suspense. La conclusion de cela est qu'il faut informer le public chaque fois qu'on le peut, sauf quand la surprise est un twist, c'est-à-dire lorsque l'inattendu de la conclusion constitue le sel de l'anecdote.
C'est habile dans son énoncé, c'est merveilleux lorsque c'est bien mis en pratique. En impliquant le spectateur, on l'incite à poursuivre l'histoire avec un intérêt décuplé.
La bombe est dans le titre
Vous commencez peut être à voir comment mettre cela en pratique dans un projet photographique. Cela m'a percuté lorsque j'étudiais (en regardant son film hein, autant travailler en s'amusant) le dernier film d'un autre maître du suspense : Quentin Tarantino avec 'Once Upon a Time in Hollywood'. Si vous n'avez pas vu ce film je vais divulgâcher la fin, revenez lire cet article quand vous l'aurez vu.
L'intégralité du film de Quentin Tarentino est une bombe sous la table. Toute la communication sur le film a été faite autour de l'histoire de la famille Manson. C'est un fait divers US largement connu localement où une starlette de cinéma a été assassinée avec une grande barbarie. Si vous ne saviez pas ça en regardant le film, vous avez pu le trouver très long. Mais si vous connaissez ce fait historique, vous savez qu'il y aura une scène ultra violente à un moment où un autre, la fameuse bombe sous la table qui sublime cette histoire et certains de ses accessoires. On pourrait d'ailleurs tout aussi bien renommer le 'fusil de Tchekov' en 'lance-flammes de Tarantino'.
En fait Quentin Tarantino joue avec les codes du cinéma de genre historique en créant deux personnages fictifs joués par Leonardo di Caprio et Brad Pitt qui vont se retrouver au coeur de l'attaque des Manson dans la maison à côté des faits réels, ajoutant la surprise au suspense dans son dénouement. Une bombe sous la table de 2h30, avec une critique sociale acerbe sur la machine à broyer des acteurs d'Hollywood et Los Angeles, quel génie mes amis. Mais je m'égare encore... voyez comme cette bombe est amusante, je peux parler de n'importe quoi vous aurez toujours envie d'avancer d'un paragraphe pour savoir si oui ou non je vais finir par m'expliquer, bordel. Ça suffit maintenant, pardon mais zut.
La bombe sous la table, pour un projet photographique, où puis-je bien la placer pour le spectateur ? Quel est le seul élément que l'on connaisse systématiquement d'un projet photo, d'un livre photo, d'une série photo, d'un reportage ? Son titre.
Sans surprise, quelques exemples
Tous les projets qui m'ont fasciné dans leur réalisation, proposés par de grands photographes, ont un titre qui pose une question, tout en disant de quoi il s'agit.
L'exploration sociale du métro New Yorkais de Bruce Davidson s'appelle simplement 'Subway' (qui est l'appellation New Yorkaise du métro, à Londres c'est l'underground).
Les diptyques et triptyques de Barbara Probst dans lesquels un sujet est pris en photo simultanément selon plusieurs angles sont nommés 'Exposure'.
En reportage Matjaz Krivic avec ce titre 'Lithium Road' transforme des photos qui pourraient paraître banales prises individuellement en un sujet puissant sur les mines d'extraction de silicium qui permettent d'équiper nos téléphones intelligents.
Allez n'ayons pas peur de donner un point Cartier-Bresson à cet article (le point Cartier-Bresson est l'équivalent du Point Godwin en photographie), 'Images à la sauvette' est une formidable bombe sous la table pour un recueil de photographies de rue qui n'ont en commun que leur parfaite composition.
Vous m'excuserez de parler de mon travail, mais j'ai toujours pensé que 'Désert dans la Ville' (Desert in the City) était une bonne idée te titre, que le principe du projet énoncé dans le titre était une bonne clé d'entrée dans le projet. Cette 'bombe sous la table' donne envie d'en savoir plus. Les exemples sont infinis, j'ai essayé d'en donner quelques anciens comme des contemporains, autant dans la photo purement artistique, de reportage ou sociale. Mais tous ces genres ne sont-ils pas intimement liés ?
Photographier l'impossible
Oui mais et alors bon, c'est bien beau mais c'est à dire que c'est quoi le rapport avec MES photos. Ce qui va nous inciter à suivre un projet, à tourner les pages d'un livre, ce qui constitue en fait la bombe sous la table que nous avons désignée dans le titre de notre projet, est le fait que la réalisation de ces photos semble impossible.
Avec Bruce Davidson, son livre a une valeur historique. Mais même à l'époque il était le fruit d'un travail dantesque dans tous les quartiers de la ville, cela parait impossible.
Le concept intrigant de Barbara Probst laisse imaginer la complexité de la mise en oeuvre de ces images.
Objectivement en reportage vous trouverez toujours des photos fascinantes si le sujet est à la fois exotique dans sa localisation et proche de nous dans son sujet. C'est un travail conséquent et un sujet passionnant, voilà l'impossible de Matjaz Krivic.
J'ajouterais que l'impossible est un des éléments qui rend le travail de Bruce Gilden époustouflant. Si vous avez essayé de prendre des photos au flash à un mètre de vos sujets sans demander la permission, vous voyez de quoi je parle. Ça prend aux tripes, c'est dur, c'est 'impossible'.
Enfin je finirai ma boucle en revenant sur ce que me disait l'un des participants à mon atelier de photographie de rue du mois dernier à Paris, il me disait avoir commencé une série sur les lampadaires de Paris. Sans voir son travail je lui disais comment à mon avis on pouvait rendre cette idée plus forte : en passant par exemple un temps long sur un endroit pour voir l'évolution de la vie (ou de son absence) autour et en dessous dudit lampadaire, du jour vers la nuit ; ou encore en faisant un lien avec la fonction sociale du lampadaire, son histoire dans les plans d'architecture urbaine parisienne, ou tout simplement avec de belles photos de nuit sans personne pour en montrer l'absurdité. Je prends le lampadaire comme exemple pour forcer le trait, mais je crois sincèrement qu'il n'y a pas de petit sujet pour un essai photographique. Appelez ce projet "Pollution Lumineuse" et vous aurez à mon avis une belle bombe sous la table.
Si vous voulez arrêter d’accumuler des images et souhaitez développer un projet photographique, rejoignez ma liste privée et regardez la vidéo “la prison doréee des photographes” en cliquant ici.
Photo de rue à New York
Je suis de retour de mon dernier voyage photo à New York. Et je dois bien reconnaître prendre un plaisir nouveau à la photographie de rue. Concevoir la Masterclass qui arrive dans moins de deux semaines et écrire un livre pour enseigner la photographie m'a obligé à réfléchir, à étudier mon propre travail pour les illustrer. Et j'ai le sentiment d'avoir franchi un pas dans ma photo de rue.En revanche pour la cohérence, cette série n'en aura pas au-delà du lieu : New York. J'ai décidé de travailler différemment chaque jour, avec une thématique technique, de style ou de méthode de prise de vues particulière. Vous devriez reconnaitre le changement de journée assez facilement :)Je travaillerai à mon retour de Paris sur des séries cohérentes, mais je tenais à partager ici le résultat de mes recherches avec certaines des photos partagées sur les réseaux en direct, pour quasiment toutes avec le Jpeg direct sans aucune retouche, à part pour celles en noir et blanc.
5 exercices pour débutants en photographie
Je ne connais pas de meilleur moyen pour progresser en photographie qu'un exercice que l'on se donne sur une courte période de temps. En voici 5 que vous pouvez réaliser dans le prochain mois, à raison d'1 par semaine.Je voulais commencer cet article par le plus commun des projets, le projet 365. C'est l'équivalent de la règle des tiers en composition : certains vous diront que c'est absurde, que ce n'est pas véritablement un projet, blablabla. Je vois surtout que c'est un excellent moyen de pratiquer différents genres en photographie, de chercher ce qui vous plait vraiment dans cet art, mais surtout c'est un des meilleurs moyens d'apprivoiser votre appareil. Et c'est tout l'objet des exercices que je vais vous proposer ici, mais l'essence même du projet 365 est qu'il dure un an, avec une photo publiée par jour qui a été produite le jour même.La photographie n'est pas exempte du besoin d'entrainement. Certains vous conseilleront d'aller vers la photographie argentique pour ralentir votre pratique et réfléchir à ce que vous faites, ce conseil est absurde. Si vous voulez faire de la photo argentique, faites de la photo argentique, mais cela n'a rien à voir avec le fait de progresser en photographie. Vous avez besoin de vous entrainer avec votre appareil, quel qu'il soit. Et pour moi le meilleur conseil serait : réalisez 10 000 clichés différents aussi vite que vous le pouvez. Attention je parle bien de réaliser des photos, de travailler votre oeil et votre composition, pas de déclencher en rafale ;)Si vous voulez devenir gymnaste, vous aurez besoin d'entrainement. Si vous voulez avoir un peu de tenue sur un parcours de Golf, vous aurez besoin d'entrainement. Si vous voulez jouer de la guitare, vous aurez besoin d'entrainement. La photographie est strictement identique de ce point de vue : si vous voulez devenir photographe, vous aurez besoin de ne plus avoir à penser à votre appareil photo, pour qu'il soit une extension de votre oeil, de votre cerveau et de votre coeur - vous aurez besoin de développer un arsenal de compositions. Et pour ça, vous aurez besoin d'entrainement.Je ne connais pas de meilleur entrainement qu'un prétexte pour vous retrouver en situation de commande : vous avez "besoin de faire cette photo" parce qu'elle fait partie d'un exercice, d'un entrainement. Je n'ai jamais autant progressé que lorsque j'ai commencé à avoir des clients, la commande et l'obligation de sortir des clichés qui répondent à un besoin d'un client m'ont poussé à devenir meilleur. Si vous débutez en photographie, commencez par être votre premier client : vous voulez réaliser de meilleures photos. Pour ça : VOUS AVEZ BESOIN D'ENTRAINEMENT !Alors entrainons-nous mes bons ! Et amusons nous à mener à bien ces exercices, peut être que vous y prendrez plus de plaisir qu'à lire ces énoncés :)
Fast & Jpeg
Retournez à la racine de la photographie : l'instantané ! Evitez d'avoir à penser au développement, au fichier RAW qui passe dans un logiciel et que vous fignolez pendant des heures. La photo est un plaisir avant toute chose et entrainez-vous à la composition sans avoir à penser à la technique :
- Choisissez un mode de prise de vue semi automatique A, S ou P
- Choisissez un format de fichier Jpeg seul sur votre boitier
- Définissez un mode créatif depuis le menu de votre boitier : une pellicule ou noir et blanc. N'hésitez pas à modifier le style créatif de manière assez radicale pour avoir une série de photo qui sorte de l'ordinaire. Personnellement je choisis de temps en temps un noir et blanc très contrasté.
- Passez deux heures autour de chez vous ou de là où vous êtes en essayant de construire un "arsenal de compositions". Je vous en ai proposé 9, mais il pourrait y en avoir beaucoup d'autres, choisissez des compositions qui vous ressemblent.
- Essayez d'obtenir une photo "forte", "intéressante", voire "fascinante" dans chacune des compositions que vous avez choisies, mais toujours avez le même style.
- Ne développez pas les photos, choisissez les meilleures sans aucune modification.
- Publiez la série sur vos réseaux sociaux sans aucun commentaire et observez lesquelles ont le plus de "succès".
7 kilomètres à pied
Je pratique cet exercice partout où je passe plus de 7 jours, c'est particulièrement efficace en vacances. Mais ce projet est vraiment fascinant si vous le faites autour de chez vous, dans un endroit qui vous est extrêmement familier. Vous serez surpris de ce que vous pourrez découvrir simplement en sortant de chez vous.
- Partez dans une nouvelle direction chaque jour, toujours avec le même point de départ
- Si vous avez l'impression de n'avoir que deux routes, prenez à travers champ à partir du 3ème jour
- Marchez 1 kilomètre, puis revenez. Cela devrait vous prendre 1/2heure si vous êtes pressé, 1h si vous prenez le temps de penser à votre composition
- Regardez les détails, les répétitions, les textures. Changez d'angle, n'hésitez pas à expérimenter.
- Et surtout observez tout ce que vous ne prenez pas le temps de voir habituellement.
- Profitez-en pour aller rencontrer ceux que vous croisez et réalisez quelques portraits.
- Ne gardez qu'une photo par jour.
C'est quoi ce bordel ?
Probablement l'exercice le plus curieux pour ceux qui vivent avec vous. Mais vous êtes un.e artiste, vous n'avez pas à vous justifier !
- En utilisant uniquement des objets du quotidien présents chez vous, fabriquez une installation qui permette de tester une grande loi de la Physique.
- La gravité de Newton, le principe d'Archimède, la troisième loi de Lambert en photométrie, la relativité d'Einstein, ou toute autre loi physique que vous trouvez fascinante.
- Photographiez cette expérience.
- L'expérience n'a qu'une valeur d'illustration et n'a pas besoin d'être scientifiquement valide (je vous vois venir hein).
- Préparez des excuses énoncées sur un ton péremptoire : "c'est pour les besoins de ma vie d'artiste !"
Et tu fais quoi dans la vie ?
Les meilleures histoires sont sur le pas de votre porte. Vous aurez besoin de reconnaitre à un moment ou un autre qu'en photographie vous devez aborder des inconnus. Et que ça se passe généralement très bien.
- Sonnez chez votre voisin et présentez-vous.
- Demandez-lui si vous pouvez le suivre jusqu'à son travail dans les jours qui viennent.
- Réalisez un reportage pendant 2 heures.
- D'autres autorisations sont susceptibles d'être requises. Mais maintenant que vous y êtes.
- Bien sûr partagez vos photos avez l'entreprise concernée s'ils en font la demande.
Je m'arrête là pour une semaine de photo. Mais vous pourriez continuer avec le voisin suivant et initier un projet ;)
Bonjour Madame, Bonjour Monsieur !
Les photos sont d'abord des objets physiques qui existent pour être partagés !
- Placez vous au coin d'une rue passante, ou à un endroit qui est relativement fréquenté
- Dites bonjour à tous ceux que vous croisez.
- A ceux qui s'arrêtent ou à ceux qui vous intéressent le plus, proposez-leur de réaliser leur portrait.
- Editez, développez, imprimez la meilleure photo de chacune des séances de portrait
- Exactement 7 jours plus tard à la même heure, retournez au même endroit et tendez les photos à ceux qui vous reconnaissent. Et profitez-en pour réaliser de nouveaux portraits hein ;)
Le paradoxe de la Place du Tertre
Il y a quelques années, alors que j'avais déjà décidé que je voulais faire de ma passion mon métier et tirer mes revenus de la photographie, j'ai dû reprendre un travail salarié pendant quelques mois. Je vivais ce retour au salariat comme un échec, même si très peu de personnes dans mon entourage connaissaient mon envie de changer de carrière professionnelle, je m'étais donné cette ambition et j'avais du mal à vivre avec cette décision que je prenais comme un abandon de mes rêves. En acceptant ce job, je me donnais en même temps le challenge de rester avec mon appareil photo en permanence sur moi et de publier une photo par jour prise le jour même sur les réseaux sociaux (également appelé par certains Projet 365). Je voulais seulement garder la photo dans ma vie et continuer à progresser.Pendant ces mois qui devaient s'avérer décisifs dans ce changement de carrière, mes week-ends étaient 100% consacrés à la photographie, essentiellement de la photo de rue à Paris. Mais après 4 mois j'arrivai dans une impasse créative. J'avais le sentiment de toujours passer aux mêmes endroits, de toujours faire les mêmes photo. Lors de mes sorties photo le samedi, je prenais à peu près toujours le même chemin partant de la mairie du 18ème arrondissement vers le sud en traversant la butte Montmartre, en passant par la place du tertre.Devant ce qui s'apparentait à une grande lassitude dans ma photographie, je ne savais plus comment progresser. Je pensais à l'un des lieux communs que l'on croise en matière de créativité ou d'innovation : "sortir de sa zone de confort". Cette phrase m'apparait bien souvent comme un poncif, une phrase facile que l'on dit sans trop y chercher de signifié. Mais tout de même j'explorais cette idée et me demandais : quel est l'endroit ou tu n'as vraiment pas envie de faire de photos ? La réponse était facile : la place du tertre. J'y passais deux fois en allant et en revenant, et mon boitier restait bien sage sur ma hanche ou dans mon sac. "Trop de touristes, aucun intérêt, on dirait Disneyland" voilà les pensées qui justifiaient mon absence de cliché.Je me dit alors : "et bien soit ! Allons-y. Sortons de cette zone de confort et allons voir cette place du tertre !" (je dis "nous" car je me soupçonne d'être plusieurs dans cette petite tête). Les deux heures que j'ai passé place du tertre restent gravées dans ma mémoire. Un grand souvenir, la découverte d'une humanité insoupçonnée, une joie immense que j'emporte avec moi jusqu'à ce jour où je vous le raconte. Et bien sûr des photos dont j'étais fier. Quelle claque émotionnelle.En allant place du tertre je décidais d'aller en son coeur, en plein centre, où les artistes vous vendent des toiles ou des caricatures. Je n'avais jamais pris le temps de regarder vraiment les tableaux, je découvrais de grands talents. Je discutais de l'histoire de l'un d'entre eux dont j'ai perdu le nom, né yougoslave et peintre de talent avec un atelier au nord de Paris, il avait une concession place du tertre pour arrondir les fins de mois de printemps car il ne venait là qu'aux beaux jours. En discutant j'assistais au balai des cafés et casse-croûtes qui s'échangeaient entre ceux qui vivaient ou travaillaient là. Il y avait des clans, des amitiés, et des touristes qui avaient autre chose à dire que "c'est par où la Basilique ?".La lumière de ce samedi de printemps était douce. Maintenant que je vis loin et dans un climat aux antipodes, je lui reconnais un air bleuté et une légère humidité pleine de fraîcheur. J'ai sû reproduire des moments d'une telle légèreté depuis, en allant vers les autres, en discutant, en photographiant, en posant des questions comme si je devais écrire la biographie de ceux que je rencontre, mais c'était je crois la vraie première fois. Cette après-midi restera un souvenir précieux.Le paradoxe ne serait pas complet si je n'avais perdu les photos de cette après-midi. Je me souviens ne les avoir jamais publiées car je voulais les travailler et raconter une histoire particulière ici, sur mon blog, ce que je ne fis jamais. Quand je retournais dans ma photothèque ce matin, je ne retrouvais qu'une seule photo gardée de ces rencontres. Impossible de me souvenir de la raison de cette perte, car j'ai bien les photos de cette période... C'est un mystère que je ne veux pas forcément résoudre.J'ai gardé le portrait de cette peintre, elle vivait sur la place dans une maison que lui avait légué son père. Elle m'avait emmené faire le tour de la place, m'avait présenté à ses amis et raconté son histoire autour d'un thé. J'espère qu'elle pourra un jour retrouver ce portrait et que nous pourrons encore partager la joie d'une après-midi de photo sous un soleil de printemps.
La couleur de la lumière - le micro-guide de la balance des blancs
La lumière existe en différentes couleurs et depuis que les appareils photo n'ont plus de pellicule, il est possible de régler la manière dont le capteur numérique va interpréter ces couleurs : avec la balance des blancs.
Question d'ambiance
Techniquement sachez qu'il est possible de modifier la balance des blancs au moment du développement numérique si vous shootez en RAW, mais pas dans le cas d'un Jpeg.Le réglage de balance des blancs va vous permettre créativement d'accentuer la couleur de la lumière ou de l'atténuer pour la rendre plus neutre ou blanche. Cela aura un impact conséquent sur les couleurs de vos sujets si elles sont très présentes dans votre photo, d'une manière générale "l'ambiance" d'une photo eut être radicalement changée avec la balance des blancs.Tous les appareils photos présentent peu ou prou les mêmes pré-réglages de balance des blancs, chacun de ces pré-réglages représentent une interprétation particulière de la lumière appelée 'température' dont l'unité est le Kelvin. En accentuant la température d'une photo, vous obtiendrez des ambiances 'bleues' ou 'jaunes' qui auront tendance à rendre votre photo 'froide' ou 'chaude'.
Comment je (ne) règle (pas) mon appareil
Je vais être sincère avec vous, 99% du temps mon réglage de balance des blancs est automatique et je ne la corrige qu'en de rares circonstances au développement :
quand je souhaite donner une ambiance particulière
en portrait pour l'influence que cela peut avoir sur la couleur de peau
si la balance automatique est franchement ratée, ce qui est assez rare... et que je shoote en RAW, c'est généralement le cas
Il m'arrive d'utiliser un flash, notamment pendant des événements où je suis en commande, auquel cas je vais utiliser le pré-réglage de balance des blancs "Flash". Il m'est arrivé également d'utiliser une balance des blanc avec le pré-réglage "nuageux" sur un paysage au coucher du soleil, uniquement pour que la lumière apparaisse plus jaune ou orangée. Et sinon ? Je n'ai pas d'autre souvenir récent :)Cela fera sûrement crier des puristes de la technique, mais mon conseil est le suivant : restez en balance des blancs automatique, particulièrement si vous êtes débutant en photographie.Circulez, y'a rien à voir ici et beaucoup plus dehors.
Il était un instant
Deux regards dans ma direction, deux autres qui se croisent et les deux derniers qui font semblant de ne pas me voir. Cette photo récente prise dans le quartier du Pelourinho à Salvador où je vis correspond au type de photo que je cherche à produire plus souvent. Si je vous en parle ici c'est pour essayer d'illustrer le concept d'instant décisif popularisé par Henri Cartier Bresson à une époque où la photographie opérait sa transition d'un manque flagrant de mobilité vers la compacité des appareils modernes.Le timing d'une photo est essentiel en photographie de rue, mais quand vous y réfléchissez bien il est essentiel dans tout type de photographie. Les instants qui sont susceptibles de vous percuter comme photographe sont par essence furtifs. L'expérience en photographie vous entraînera tout autant à les reconnaitre qu'à les voir passer sans pouvoir les reproduire et en ayant manqué de déclencher.En produisant des photos, vous reconnaitrez je l'espère cette tension qui vous pousse à chercher cet instant décisif, je la considère parfois comme une méditation, parfois comme une intention créative.Je n'aurais jamais pu voir cette photographie en exemple si je ne m'étais approché à ma manière, en cherchant ce type de composition. Pour le coup je n'étais clairement pas furtif, j'ai été repéré. Mais certaines photographies de rue présentent leur interaction avec le photographe et cela ne me pose pas forcément de problème, c'est un autre sujet mais je crois que le photographe est toujours l'un des sujets dans une photo.Ce moment qui passe si vite est une intuition, une envie, un espoir, c'est une tentative. Du fait du grand nombre de déchet en photographie de rue, c'est un moment rare qui raconte plus et mieux que ce que j'aurais pu choisir un dixième de seconde plus tard ou plus tôt. Apprendre à le rechercher, à le reconnaître, et donc souvent à le laisser filer, constitue une des prochaines étapes dans votre photographie. Si vous êtes arrivé jusqu'ici et que vous avez pratiqué la photographie, j'espère que vous ne vous considérez plus comme débutant(e).Gardez l'oeil ouvert et vous verrez ces instants apparaitre dans un cadre imaginaire si vous n'avez pas d'appareil photo, et si vous continuez à chercher la photographie qui vous ressemble, vous apprendrez à le chasser et à chérir la magie de l'instant décisif, que l'on pourrait tout aussi bien nommé un instant de grâce.
Comment choisir son matériel photo
Parlons matos ! L'objectif de cet article sera de vous montrer que le matériel n'est pas forcément cher. Mon propos ne sera pas de vous vanter les mérites d'un boitier par rapport à un autre, d'une marque par rapport à une autre. J'ai mes préférences, bien sûr, et je les énoncerai. J'ai eu la chance de tester beaucoup de boitiers différents grâce à mon passé de blogueur et mon présent de photographe professionnel, mais je ne serai jamais exhaustif. Et puis je ne souhaite pas écrire sur le matériel, c'est le sujet le plus éculé sur les internets et d'autres le font très bien. Je pense notamment à Kai Wong, probablement le seul Youtuber (anglophone) que j'ai plaisir à voir tester du matériel.
Cependant si vous débutez en photographie la question du matériel se posera nécessairement.
Nous avons atteint un plafond en terme d'innovation sur le matériel
Ainsi j'aimerais commencez par vous dire que je pense que nous vivons une époque formidable du point de vue du matériel. Ce ne sera probablement pas l'avis de ceux qui travaillent pour des marques d'appareils photo ou qui en dépendent, le marché des appareils photo numériques continue de s'effondrer chaque année avec un coupable tout désigné : le smartphone et ses performances logicielles plus étonnantes chaque année.
Mais il me semble également que nous atteignons un plafond en terme d'innovation et de performance des appareils photos numériques. J'ai commencé à m'intéresser à la photographie avec le lancement du 5D Mark II de Canon qui semblait révolutionner beaucoup de choses, notamment dans la production de vidéo. Je me suis investi avec passion au moment du lancement des premiers hybrides "mirror-less" comme le Nex 5 de Sony, marque que je n'ai pas lâchée depuis.
Mais aussi loin que je regarde maintenant, quelque soit le segment d'appareil qui puisse vous intéresser : compact, expert, plein format ou haut de gamme... je ne vois plus d'innovation qui me fasse envie. Et cela a pour principale conséquence que à chaque lancement d'une nouvelle génération de boitier, la valeur de la version précédente baisse de manière conséquente, pour des boitiers que je trouve toujours excellents !
Seuls 2 éléments comptent pour la qualité d'une image : le capteur et l'optique
Car c'est ainsi et ce n'est pas prêt de changer, seuls 2 éléments rentrent réellement en ligne de compte sur la qualité intrinsèque d'une image :
le capteur
l'optique
Tout le reste, j'ai envie de vous dire que c'est de la littérature... ou plutôt du confort et de l'ergonomie. Ainsi en fonction de ce vous voudrez faire vous aurez besoin d'un design (par exemple compact en photographie de rue) ou de certaines fonctions (par exemple de la rafale pour des animaux sauvages). Mais si vous ne deviez analyser qu'une seule chose sur un boitier, c'est la qualité du capteur. Et je ne crois pas que quelqu'un puisse dire qu'un appareil photo présent actuellement sur le marché ait un mauvais capteur.
La dernière fois qu'une innovation majeure a été unanimement salué dans le domaine des capteurs, c'est lors de la sortie du Sony A7RII il y a plus de 4 ans. C'est d'ailleurs le dernier boitier que je me suis procuré, je n'ai pas ressenti le besoin d'évoluer depuis.Pour ce qui concerne mes optiques, j'ai eu besoin de versatilité pour pouvoir répondre à des demandes variées de clients : j'ai 3 zooms (12-24mm, 24-70mm, 70-200mm), tous de la marque Sigma et aucun n'a été acheté neuf. Je les adapte sur mon Sony A7 avec une bague d'adaptation Sigma MC11.
Pour être tout à fait exact sur ce choix, je pense qu'il est préférable de se passer d'un 12-24mm et d'un 24-70mm, et de les remplacer par un 16-35mm qui permet de répondre à plus de situations. Cependant je ne regrette pas mon 12-24mm, il m'a été très utile en architecture et pour Desert in New York. Simplement ce budget aurait pu être encore optimisé. Lorsque je ne suis pas en commande, je reste avec des optiques fixes : 28mm ou 40mm en photographie de rue, 85mm pour le portrait. Dit comme ça je trouve que ça fait quand même beaucoup... Je ne suis vraiment pas un bon exemple.
Procurez-vous la génération précédente de matériel
Mon propos est ici de vous dire de ne pas croire aux sirènes des fabricants de matériel : vous n'avez vraiment pas besoin de la dernière génération de matériel. Prenons quelques exemples.
Vous souhaitez le meilleur compact pour la photographie de rue ou de voyage ?
Il est facile d'observer les grands maîtres de la photographie d'après-guerre et d'avoir envie d'un Leica. Aujourd'hui vous pourrez probablement hésiter entre un Leica Q et un M10. Mais à moins de 4 500€ je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de décent chez Leica. C'est un positionnement, maximum respect et bravo pour les meilleures optiques au monde. Mais si vous débutez, évidemment je déconseille.
Vous pourrez certainement vous rabattre sur un boitier formidable, appelé par certains le "Leica du pauvre" : le X100F de Fujifilm. La rolls des compacts experts vous allègera tout de même de 1200€.Et puis vous pourriez regarder de plus près un boitier encore plus compact, salué par quasiment toute sa communauté d'utilisateurs : le Ricoh GR. Il présente un capteur de taille APS-C (comme le Fuji X100) mais est encore plus compact. Le Ricoh GRIII qui est sorti cette année se trouve neuf à 900€. Mais la vraie bonne nouvelle avec la sortie du GRIII est la baisse de prix du Ricoh GRII qui se trouve à moins de 500€ ! et la sortie de la 3ème génération n'en fait pas un appareil de seconde zone, il est toujours aussi performant.
Alors bon je peux aussi comprendre que si vous voulez vous mettre à la photographie vous avez peut être envie d'en imposer un peu plus. Mais si vous voulez le meilleur ou pas loin, pas besoin de se saigner.
Vous souhaitez un boitier hybride plein format avec un large choix d'optique ?
L'offre est maintenant pléthorique depuis que Canon, Nikon et Panasonic sont rentrés sur ce marché. Et il y a quelques jours à peine le Sony A7 Mark II se trouvait à 690€ en promotion, une paille comparée aux dernières générations. Et je vous mets au défi de trouver un défaut critique à ce boitier.
Vous souhaitez un boitier APS-C pour gagner en focale ou en poids sur les optiques ?
Toujours en prenant la génération précédente, vous trouverez une qualité professionnelle avec le Fujifilm XT2 à 1090€, et le même capteur dans un boitier expert avec le XT20 à 890€.
En résumé je ne crois pas qu'investir dans du matériel photo soit limité aux dentistes et aux banquiers. Choisissez une génération antérieure et vous trouverez du matériel formidable pour un prix réduit et neuf.
Quelque soit les discours des promoteurs du dernier matériel qui se rémunèrent sur des liens d'affiliation, seuls deux éléments compte dans la qualité d'une image : le capteur et l'optique. Le reste, c'est de la cosmétique ou du confort.
—Extrait du livre VA, lettre à un.e jeune photographe
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