Salon de la Photo 2026 : quatre jours en vidéo, du stand à la Scène Live
Du 8 au 11 octobre 2026, le Salon de la Photo et de la Vidéo s’est tenu à la Grande Halle de la Villette, à Paris. Nous y avions un stand, le E25, sous le nom Devenir Auteur. Quatre jours de lectures de portfolio, de signatures de livres, d’expositions, de rencontres avec les marques et de prises de parole.
Un cadreur m’a suivi du matin au soir, et chaque journée est devenue un vlog. Les voici dans l’ordre, avec ce que vous y trouverez. Si vous n’avez pas pu venir, c’est la meilleure façon de faire le salon depuis chez vous. Si vous étiez là, vous vous reconnaîtrez peut-être dans les allées.
Jour 1 : l’ouverture, et une journée intense
Jeudi, les portes s’ouvrent. Le premier jour, c’est celui où tout se met en place : le stand, les premières lectures de portfolio, les premières conversations. C’est aussi le jour de La Malle des bicentenaires, une capsule temporelle consacrée à la photographie, ouverte au salon pour les 200 ans du médium.
Dans les allées, tout le monde parle boîtiers, objectifs et capteurs. Sur notre stand, on a surtout parlé d’autre chose : de ces milliers d’images qui dorment sur un disque dur, et de ce qu’elles pourraient devenir.
Jour 2 : achetez des livres, pas du matériel
Vendredi, la journée des expositions. « Messolonghi, terre de liberté » de Nikos Aliagas, d’une tendresse qui m’a surpris. Les portraits bouleversants du Pink Ribbon Photo Award. La sélection des Sony World Photography Awards.
On passe chez Ricoh pour les 30 ans du GR, on parle de la place des femmes dans la photographie de rue, je reprends en main un Fujifilm X100, et je perds beaucoup trop de temps à la librairie. On développe une pellicule 120 au labo.
Et surtout, deux livres d’anciens élèves du programme : Lueur d’Elie Vautey, et Grimasque d’Alex Dinaut, né de 2 000 personnes qui ont accepté de faire une grimace, masquées. Une phrase résume la journée : le matériel, c’est le premier niveau du photographe. Le dernier, c’est le livre ou l’exposition.
Jour 3 : les 3 questions qu’on pose en lecture de portfolio
Samedi, le plus gros jour du salon. Les lectures de portfolio s’enchaînent sur le stand, et presque tous les photographes arrivent avec le même problème : ils photographient un peu de tout, et ne trouvent pas leur sujet.
C’était le thème de ma prise de parole : les trois questions que l’on pose aux photographes pour les aider à trouver leur sujet. Le problème, ce ne sont pas vos images. Ce sont les questions que vous vous posez.
Dans ce vlog, vous verrez aussi l’exposition « Si tu traverses l’hiver » d’Adrien Vautier sur la guerre en Ukraine, Panajou, le stand Eyrolles où je parle de mon prochain livre, une surimpression sur pellicule, et Yohann Lepage, qui a trouvé son sujet à Saint-Malo et en a fait un premier livre, « Là où le soleil se couche ».
Jour 4 : livre ou expo, que faire de vos photos ?
Dimanche, dernier jour. Une question est revenue sans arrêt pendant les quatre jours : qu’est-ce que je fais de mes images ? J’y ai répondu sur la Scène Live, avec un peu de trac : livre ou expo, que faire de vos photos une fois qu’elles sont prises ?
On parle beaucoup d’intelligence artificielle. Mais elle ne fera pas votre livre à votre place. Pourquoi vous photographiez, et quelle destination vous donnez à vos images, c’est à vous de le décider.
Ce dernier vlog passe aussi par Canon et Leica, par un photographe dont l’appareil est un véritable laboratoire ambulant, par l’exposition « Un temps sans école » de Camille Nivollet, et par le tirage d’exposition chez Epson.
Ce que je retiens de ces quatre jours
Des centaines de conversations. Des tirages sur la table pour les lectures de portfolio, des livres signés, des photographes venus de toute la France. Et une certitude, que je répète depuis des années mais que ce salon a confirmée chaque jour : vos images sont déjà bonnes. Ce qui leur manque, c’est une destination.
Un livre photo, une exposition, une série publiée : peu importe la forme. Ce qui compte, c’est de savoir ce que vous voulez dire, de choisir les images qui le disent, et de décider que c’est fini pour pouvoir le montrer.
Et maintenant, vos photos
Si vous vous reconnaissez dans ces photographes qui ont des milliers d’images et pas encore de projet, je vous offre un Bilan Photo. C’est une discussion de 30 minutes : on parle de votre photographie, de ce qui vous bloque, et on voit si le programme Devenir Auteur peut vous aider sur votre chemin.
Vous pouvez réserver votre Bilan Photo sur ce lien :
https://app.iclosed.io/e/genarobardy/bilanphotogratuit
Et pour ne pas manquer les prochaines vidéos, abonnez-vous à la chaîne YouTube :
https://www.youtube.com/channel/genarobardy
Rendez-vous en octobre 2027 pour la prochaine édition du Salon de la Photo. D’ici là, faites quelque chose de vos photos.
Genaro
Les compétences invisibles
Based on a True Story, Paris 2026
La Défense, sortie de métro, fin d'après-midi. Un homme s'arrête devant la grande arche, avec un trépied et un bel appareil, prend trois photos identiques de la même façade, et repart sans avoir regardé ce qu'il venait de photographier. Je l'ai observé. Il ne savait pas ce qu'il cherchait. Il croyait que photographier, c'était appuyer sur un bouton.
J'ai longtemps cru la même chose. Que les bons photographes voyaient mieux. Qu'ils avaient un œil, un don, une chose qu'on a ou qu'on n'a pas. La photo ne fonctionne pas comme ça. J'ai rencontré des gens avec un œil sublime qui ne produiront jamais une œuvre, et d'autres au regard ordinaire qui fabriquent des livres qui vous tiennent éveillé la nuit.
La différence n'est pas dans l'œil. Elle est ailleurs. Dans des compétences qu'on ne travaille pas parce qu'elles ne sont pas évidentes. Elles ne se montrent pas sur Instagram. Et pourtant ce sont elles qui séparent celui qui prend des photos de celui qui devient auteur.
Voir n'est pas la compétence rare. Tenir la distance c’est la clé, et ce n’est pas donné à tout le monde.
J'ai identifié douze compétences. Des manières de travailler qui vous feront explorer quelque chose de nouveau.
Tolérer le brouillard
La première compétence, c'est celle qui m'a coûté le plus d'années. Continuer un projet sans savoir encore ce qu'il raconte.
L'amateur veut comprendre tout de suite. Il a fait quarante images et déjà il vous explique son "concept", son "intention", le "fil rouge" de la série. Il fixe le projet avant qu'il ait eu le temps de maturer. C'est rassurant, un projet qu'on comprend.
Quand je suis revenu de Kyiv, je ne savais pas ce que je rapportais. J'avais des images d'une ville sous tension, des visages, du froid dans les coeurs. Il m'a fallu des mois pour comprendre que le sujet n'était pas la guerre. C'était moi qui choisissais la vie. Si j'avais nommé le projet le premier jour, je serais passé à côté.
Photographiez sans titre pendant trente jours. Interdisez-vous toute conclusion avant cinq cents images. Notez seulement : les lieux où vous revenez, les choses qui vous arrêtent, les répétitions. Vous ne nommerez le projet qu'après avoir vu ce qui revient malgré vous.
Vous devez commencer à marcher avant de savoir où vous allez.
Reconnaître ses obsessions
Un auteur ne choisit pas toujours son sujet. Il le découvre dans ce qu'il répète sans le vouloir.
Imprimez cent photos récentes. Posez-les par terre. Classez-les par motifs : les gestes, les distances, les solitudes, les tensions, les couleurs. Et regardez ce qui revient. Trois choses reviennent toujours. Écrivez la phrase : "Je photographie toujours…" Vous serez surpris. Peut-être gêné. C'est bon signe. Ce qui vous gêne, c'est exactement votre sujet.
Savoir rater utilement
Les meilleurs ne suppriment pas leurs mauvaises images. Ils les lisent.
Regardez trente photos ratées. Pour chacune, une phrase de diagnostic : trop loin, trop tard, trop descriptif, trop décoratif. Un défaut domine, revient souvent. Le mien pendant des années : trop loin. Une distance polie, une distance de touriste qui n'ose pas. Alors j'ai créé la contrainte inverse. Un mètre plus près. Juste ça. Un mètre. Et mes images ont changé, parce que j'avais changé de distance.
Construire une distance juste
Trop loin, c'est du reportage froid. Trop près, c'est de l'image sentimentale. Il faut savoir trouver SA distance. Celle où vous savez vous exprimer et entrer dans votre sujet.
Photographiez le même sujet à trois distances : plan large, moyen, serré. Comparez l'émotion que chacune image produit. Notez celle qui vous ressemble. Recommencez sur dix scènes. Puis faites une série entière à cette seule distance. Larry Fink se tenait assez près pour entendre respirer les gens. Fan Ho construisait des plans où la distance devient elle-même le sujet. La distance n'est pas un réglage. C'est une posture morale.
Sélectionner contre son ego
Un bon auteur supprime des images dont il est fier si elles affaiblissent l'ensemble.
C'est la chose la plus dure. Vous avez une image. Elle vous a coûté, vous l’aimez beaucoup. Vous avez attendu, marché, eu peur, et vous l'avez eue. Et elle ne sert à rien dans le livre. Elle est belle, mais isolée, inutile. Il faut la tuer.
Faites une sélection de cinquante images. Réduisez à trente. Puis à douze. Pour chaque image gardée, une seule question : qu'est-ce qu'elle fait que les autres ne font pas ? Supprimez tout ce qui se répète. Ne gardez pas une image parce qu'elle a été difficile à faire. La difficulté de la prise de vue n'intéresse personne. Seul compte ce que l'image fait à celui qui la regarde.
Penser en corpus, pas en image
Une photo peut être forte seule et désastreuse dans un livre. Une œuvre n'est pas une accumulation de bonnes photos. C'est un système de relations.
Arrêtez de classer par "meilleures photos" ou étoiles. Créez des familles : ouverture, respiration, bascule, climax, fin. Cherchez les images qui créent un lien. Construisez trois séquences différentes avec les mêmes images, et écoutez ce que chaque ordre raconte. Le sens ne vient pas seulement de l'image. Il se crée dans l'intervalle entre les images, dans la persistence visuelle.
Créer des contraintes fertiles
Le débutant veut plus de liberté. L'auteur avancé sait que la liberté dilue.
Une focale. Une heure de la journée. Un quartier. Une couleur. Quinze jours. Ne négociez pas la contrainte. Photographiez jusqu'à l'ennui. Et surtout, continuez après l'ennui. C'est précisément quand les solutions faciles disparaissent que quelque chose d'autre apparaît. La contrainte ne vous enferme pas. Elle vous oblige à creuser au lieu de vous éparpiller.
Lire ses images sans se mentir
Voir ce que l'image dit vraiment, pas ce qu'on voulait dire.
Montrez dix photos sans aucun contexte à une personne. Demandez-lui : que voyez-vous, que ressentez-vous, de quoi pensez-vous que ça parle ? N'expliquez rien. Surtout n'expliquez rien. Notez l'écart entre ce qu'ils voient et ce que vous vouliez. Si personne ne voit votre intention, le problème n'est pas le public. C'est l'image.
Développer une cohérence visuelle
Faire sentir une même main derrière des images différentes. Votre style n'est pas un preset lightroom. La cohérence ne s'achète pas dans un panneau de réglages. Elle vient d'un ensemble de décisions répétées si souvent qu'elles deviennent une signature.
Identifiez vos constantes : lumière, distance, couleur, rythme. Choisissez-en deux à renforcer. Choisissez un automatisme à casser. Produisez trente images avec cette règle, et comparez avec vos anciennes. Daido Moriyama a un grain et des obsessions. Alex Webb a une lumière et de l’empathie. Ce ne sont pas des effets. Ce sont des obsessions devenues visibles.
Accepter la lenteur
Beaucoup détruisent leurs projets en les montrant trop tôt, pendant la phase fragile, quand le travail n'a pas encore de forme et qu'il suffit d'un commentaire pour le faire douter de lui-même.
Travaillez longtemps sans rien publier. Faites une sélection privée chaque semaine. Imprimez. Laissez reposer sept jours. Revenez y froidement. Ne cherchez pas une validation pendant que le projet est encore tendre.
Écrire pour clarifier
L'écriture n'est pas là pour habiller le projet. Elle est là pour penser.
Après chaque sortie, cinq lignes factuelles. Après chaque sélection, une phrase : "Ce projet parle peut-être de…" Réécrivez-la chaque semaine. Enlevez les grands mots. Gardez ceux qui viennent des images, pas ceux qui viennent de votre désir de paraître profond. Une bonne règle : si le texte rend le projet prétentieux, il doit encore être travaillé.
Finir
Et puis il y a la dernière. La plus rare de toutes. Finir.
La plupart restent dans l'accumulation parce que finir oblige à renoncer. Tant qu'on "travaille sur" un projet, tout reste possible, tout reste vivant, rien n'est jugé. Le jour où on le termine, il devient quelque chose qu'on peut rater. Alors on ne le termine jamais. On reste éternellement en chemin, ce qui est une manière confortable de ne jamais arriver.
Définissez une sortie : un zine, un livre, une expo, un PDF édité. Fixez une date. Limitez le nombre d'images. Faites une maquette imparfaite. Montrez une forme finie. Le niveau auteur commence souvent ici, à l'endroit exact où vous arrêtez de "travailler sur" et où vous produisez une forme qu'on peut tenir entre ses mains.
Au bout de ce travail, il y a un test. Vous devez pouvoir dire votre travail en une phrase. Pas "ce travail parle de". Ce travail regarde.