Je sais que je ne sais rien

Je ne pourrai jamais savoir ce sera une photo avant de la prendre. Une grande part du plaisir en photographie réside dans cette question : « à quoi est-ce que ça pourrait ressembler ? » ; « que signifie cette image ? ».

Pour anticiper le résultat d’une photo, vous avez vos connaissances sur la nature d’une photographie, son exposition, sa mise au point, sa planéité, sa composition. Vous disposez éventuellement du projet que vous avez défini, son sujet, l’angle que vous avez choisi, la manière d’en rendre compte et les contraintes artistiques que vous vous imposez.

En dehors du cadre de l’image et du projet, la photographie est par essence une improvisation, une activité intensément intuitive que vous essayez de diriger dans une voie, selon votre vision.

Salvador, Bahia – Sept 2020 – Photo Genaro Bardy

On a jamais le temps, en photographie. Vous pourrez toujours essayer de contrôler au maximum le contexte et l’environnement dans lequel vous produirez vos photos, vous ne pourrez pas transformer cette création en autre chose qu’un espoir.

La photographie est même le plus souvent un espoir déchu, une espérance vaine. Avec un peu d’expérience, j’arrive à anticiper mon taux de photos « acceptables », c’est à dire livrables à un client qui a besoin des photos pour communiquer. Ce taux est faible, beaucoup trop faible. Si ma démarche a pour objectif d’accrocher les photos à un mur ou de les assembler dans un livre, comme pour les villes désertes, alors le taux de réussite est dramatiquement bas.

Desert in New York, 5th Avenue -Thanksgiving 2016- Photo Genaro Bardy

En portrait, j’aimerais toujours avoir plus de temps pour expérimenter, tester des angles, des expressions. Mais le temps disponible des personnes dont je fais le portrait est aussi précieux que le mien. Quand je produisais les villes désertes, j’avais mis comme contrainte au projet que toutes les photos d’une même ville soit prises le même jour. C’était alors une course contre la montre, qui m’a plutôt servi. Je n’avais pas d’autre choix que de réussir, et vite. Mais j’avais besoin d’au moins une semaine de repérages dans les villes que je ne connaissais pas pour optimiser mon parcours.

On ne sait jamais ce que l’on va trouver. En photographie de rue, on est toujours ignorant. J’adore cet état de pleine ignorance, il me rend toujours curieux. Je cherche alors des scènes, des choses originales à voir que je n’aurais jamais vu si je n’avais pas la photographie comme passeport. Mais en architecture, en portrait, ou pour n’importe quel projet, je ne sais jamais rien. Pour n’importe quelle photo, pour tous ces déclenchements que je ne verrai qu’une fois et que je disqualifierai en un instant, j’aurai cet espoir ignorant.

Peut-être que cette photo sera belle. J’aimerais savoir ce que ça donnera en photo.

Pelourinho Salvador, Bahia – Sept 2020 – Photo Genaro Bardy

Ateliers et Formation en 2021
avec Genaro Bardy

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