3 obstacles à votre photographie

L’ennemi est bien souvent au creux de la poche, les internets mondiales et le web-deux-points-zero regorgent de contenus qui vous feront perdre votre temps, ou qui iront à l’encontre de vos progrès en photographie. Je suis le premier concerné par ces obstacles, plus souvent qu’à mon tour je me suis pris les pieds dans ces pièges à vieux loup de mer. Ça me gonfle d’être l’idiot qui se tait, alors dégommons, ça va me détendre et faire un peu de trafic.

1. Les vidéos de test matériel

Regarder des vidéos présentant du matériel photo n’aidera pas votre photographie, ça ne vous aidera qu’à vous renseigner sur vos futurs achats. C’est une évidence qu’il est toujours bon de rappeler, surtout parce que certains Youtubeurs sont pleins de second degré, comme Kai Wong qui est probablement le meilleur dans le domaine. Je me marre bien devant ses vidéos, mais à chaque fois j’ai l’impression d’avoir perdu 10 minutes sur Youtube. C’est bon enfant mais ça sert à rien.

Le danger peut venir de la chaîne « The Art of Photography » dont le contenu était initialement remarquable et qui a bifurqué vers les commentaires des sorties du dernier compact, reflex ou moyen format. Et pourtant certaines de ses vidéos les plus vues ne parlent pas de matériel, mais je suppose que nous devons tous trouver une méthode pour générer des revenus.

Je dois reconnaître, quand j’ai voulu acheter un appareil spécialisé dans la photographie de rue, le Ricoh GR, j’ai bien dû regarder toutes les vidéos disponibles sur les différentes versions du GR. En fait, nous sommes responsables de cette déviance de certains Youtubeurs. Acheter du matos, c’est grisant, ça fait du bien. La séquence qui s’en suit est logique : recherche > google > trafic pour ceux qui en parlent > recommandations de Youtube sur le matos. Répétez à l’envie, et l’envie peut venir souvent sur le matériel.

Non seulement nous entretenons ce cercle vicieux, mais en regardant les vidéos nous incitons les créateurs de contenu à continuer. Pour eux trafic égale revenu, même indirect. Là aussi je parle en connaissance de cause, il y a quelques années, avant d’être photographe, mon blog a pu financer ma vie dissolue, mes voyages et la chasse aux clients, uniquement parce que je faisais un peu de trafic. J’ai largement profité (financièrement) du système mais c’était clairement une impasse créative. J’ai fini par fermer mon blog parce qu’il ne corresondait plus à mes aspirations, j’ai pourtant encore une petite nostalgie sur quelques belles histoires que j’y avais raconté.

Bon, je crois que je m’égare un peu. Revenons à nous moutons galeux. Vous pouvez trouver plein de contenus passionnants pour votre photographie sur Youtube. Si vous débutez et explorez des techniques de prises de vue, en studio, en portrait ou quelque soit le genre, les « making of » et « behind the scenes » sont légion.

Si vous aimez la photographie de rue, passez plutôt du temps avec Joe Greer ou Samuel L. :

Joe Greer c’est un peu l’exemple inverse de The Art of Photography, il exploite une audience accumulée grâce à sa participation à une émission de TV pour partager des contenus très pertinents.

Et en français les meilleurs ne sont pas forcément les plus suivis. Richie et Thomas, c’est la nouvelle vague qui souffle un vent de fraîcheur sur le Youtube game :

Abonnez-vous aux producteurs de contenus qui vont dans le bon sens. Ça leur permettra peut-être de se professionnaliser, si tant est qu’ils en aient envie (rien n’est moins sûr).

En résumé, regardez des contenus qui aident votre photographie ou qui documentent le travail de photographes inspirants.

Cette remarque fonctionne avec tous les contenus qui commentent les accessoires, notamment les sacs photo. Le matériel est le principal ennemi de votre art, vous ne serez jamais un chef 3 étoiles en passant votre temps à comparer les casseroles. Les peintres, eux, n’ont pas ce problème, car les marchands de pinceaux n’ont pas de chaînes Youtube dédiées. #OHWAIT

2. Les concours payants

Les concours comme Lifeframer et LenseCulture sont redoutables dans leur marketing, et c’est bien ce qui les rend dangereux pour votre photographie. En leur accordant de l’importance, du temps ou de l’argent, vous payez un prix cher pour la promotion de vos travaux.

Ces concours sont jugés par des photographes, éditeurs, iconographes, galeristes ou curateurs de musées de grand talent, et promettent une exposition internationale, ce qui est incontestable. Mais bien sûr ce dernier point ne concerne que les vainqueurs.

Et avec plusieurs centaines de milliers de participants à 15$ la photo ou 50$ le projet, il est facile de voir que comme à Las Vegas, celui qui gagne le plus dans cette histoire c’est le casino, ici les organisateurs des concours.

D’autant que la communication agressive de Lifeframer ou Lenseculture, comme tous les ersatz qui pullulent sur le web, les rend incontournables. Vous tomberez forcément sur une de leur pub, et si vous espérez percer un peu en photographie au delà de vos proches, sans même parler de devenir professionnel, ces concours donneront forcément envie. Oui, ceux qui gagnent ont de bonnes chances de percer, mais à quel prix ?! Je suis convaincu que les projets des vainqueurs auraient percé d’une autre manière, sans avoir à jouer à la loterie.

Par ailleurs je me dois de parler ici des concours de clubs photo, repésentés par la Fédération Photographique de France. Là, les concours sont gratuits, mais se pose le problème fondamental des juges et des orientations artistiques qui sont données à ces concours.

À plusieurs reprises j’ai eu dans mes voyages-photo des membres de clubs photo. Certains étaient des photographes remarquables dont les clichés montraient une grande maîtrise et confiance en leur pratique. Mais j’ai également rencontré des personnes qui débutaient en photographie et qui se contraignaient en fonction de critères abracadabrantesques, purement techniques, voire farfelus. S’il vous plaît, choisissez bien en qui vous mettez votre confiance. La Fédération Photographique de France est certainement peuplée de brillants photographes, mais rien que le nom devrait mettre la puce à l’oreille. La photographie n’est pas un sport et ne peux absolument pas se juger comme tel. Imaginez 2 secondes une compétition de peinture et vous verrez le grotesque de la situation, si vous deviez être jugé par l’animateur du club de peinture du coin de la rue.

Pour approfondir, Thomas détaille bien la situation ici : Quittez votre club photo.

La photographie a pour moi 3 fonctions principales : renseigner, informer ou émouvoir. Si vous n’êtes pas photo-journaliste ou photographe commercial, la pratique artistique est la voie.

Quels sont les concours intéressants auxquels participer ? Ceux qui donnent accès à une bourse pour poursuivre un projet ou l’exposer, jugés par des personnes reconnues dans leur profession, et gratuits. C’est à ceux qui exposent vos photos de payer pour avoir le droit de les exploiter.

Pour trouver les bourses et prix intéressants, vous pouvez :

3. La chasse au likes

Le seul vrai ennemi de ma photographie, c’est mon ego. Celui-là même qui me donne des aspirations démesurées, des prétentions idiotes avec d’immenses photographes comme références, et me fait plonger dans la recherche de validation sociale sur Facebook, Instagram ou sur des plateformes qui paraissent plus expertes comme Flickr ou 500px.

Le nombre de likes qu’obtient une photo sur Instagram est beaucoup plus fonction de son marketing que de sa qualité intrinsèque : l’heure de publication, l’utilisation intelligente des hashtags en fonction de son audience participent grandement à la performance.

Tout le monde n’est pas photographe. Comme le dit si bien Joseph Koudelka : « tout le monde sait appuyer sur un bouton, ça ne fait pas de tout le monde un.e photographe« . Vous ne pouvez décemment pas faire confiance aux résultats obtenus sur les réseaux sociaux pour évaluer vos progrès, ils indiqueront uniquement votre performance en marketing. Le marketing est sûrement important pour la photographie professionnelle, mais je préfèrerai toujours un talent ignoré aux photos de certains « instagrammeurs » les plus connu.

Les plus performants sur tous les réseaux sont souvent ceux qui ont été suggérés aux utilisateurs au début de la plateforme. J’ai eu la chance de l’être à un moment sur Twitter, je sais que ça n’amène bien souvent qu’une audience très éphémère. Quant à Instagram 80% viennent des lecteurs de mon ancien blog, le reste de mes passages télés lors de la promotion des villes désertes. Sinon j’ai la lucidité de reconnaître être une bille sur Instagram.

Comment obtenir 100 likes sur Instagram

Pour se perfectionner, il faut pratiquer parfaitement

Pour conclure, je voudrais garder une note positive. J’ai écarté de cet article beaucoup de négativité, à commencer par le titre. J’avais commencé par chercher des impostures, mais ça m’amenait sur les stratégies SEO de photographes médiocres et je ne voudrais ni y consacrer du temps, ni leur envoyer du monde.

J’ai aussi écarté les presets Lightroom payants, ils peuvent être utiles mais les bonnes méthodes pour les créer sont très très rares… Enfin les logiciels de remplacement de ciel ne concernent pas la photographie mais le design numérique, s’il y a une frontière en retouche elle est dépassée ici depuis longtemps.

L’idée ici est de reconnaître que nous sommes notre principal obstacle à nos progrès, par la procrastination ou le gonflement de nos égos. Progresser en photographie est difficile, parce que cela demande une énergie et une volonté farouche. Le meilleur moyen de progresser, c’est de pratiquer en se demandant constamment comment devenir meilleur, ou en cherchant la pratique parfaite. La pratique parfaite n’est pas quantifiable par un réglage, par des spécifications techniques ou par des likes sur Instagram.

Pour se perfectionner, il faut s’entraîner parfaitement, comme l’explique très bien le magicien Richard Turner :

Formation & Voyages Photo en 2020
avec Genaro Bardy

Recevez les prochains articles par email :
inscrivez-vous ici

Ebook Gratuit - 9 Techniques de composition pour la Photographie de Rue