5 photographes découverts dans l’Atlas mondial de la Photographie de Rue

Je dois commencer par vous dire qu’à la première lecture j’ai été déçu par l’Atlas Mondial de la Photographie de rue, et ce pour 2 raisons principales :

  • Je trouvais qu’il y avait beaucoup de portraitistes représentés.
  • L’Amérique du Sud et l’Afrique ont une portion congrue, à la fois en nombre de photographes et en nombre de pages.

Et puis j’ai réalisé que ce livre devrait forcément prendre parti, malgré son nom il ne peut être exhaustif. Force est de reconnaître que si l’on limite les photographes à ceux qui sont contemporains et ont été exposés dans des musées ou obtenus des publications majeures, comme cela semble être le cas, on se limite forcément à un filtre très Europe / US. Et puis je crois que j’ai aussi une dent contre les travaux des photographes présentés à New York, je ne les trouve pas forcément les plus représentatifs de la Mecque de la photo de rue.

Cet ouvrage présente d’autres avantages, notamment pour préparer un voyage et explorer une destination avant d’y déclencher vos premières photos. Même si vous l’avez compris si vous voulez aller en Colombie, au Mozambique ou au Maroc, il vous faudra trouver d’autres moyens.

Ceci étant établi, j’ai découvert dans cet ouvrage quelques photographes merveilleux que j’aurais dû connaître depuis longtemps, cela m’a permis de me rattraper. Je ne pourrai pas (moi non plus) être exhaustif sur cet article, et puisque je vous conseille tout de même d’acquérir ce livre pour parfaire votre culture en photographie de rue, j’ai choisi 5 photographes dont il me semble passionnant d’explorer les travaux.

Uta Barth

Les photos d’Uta Barth m’emportent dans des rêveries qui paraissent durer une éternité. Son projet « Fields » est une merveille, chaque scène est sortie d’un songe dans un flou qui donne envie de simplement profiter de la lumière et de l’ambiance urbaine à peine suggérée. Je n’ai été que peu de fois à Los Angeles, mais ce projet touche exactement l’émotion que l’on pourrait décrire dans cette ville.

Dans le travail d’Uta Barth, artiste californienne née à Berlin, les rues de Los Angeles se métamorphosent. La série Fields, qu’elle démarre en 1995, se compose de scènes urbaines ordinaires prises à différentes heures et sous différentes lumières. Pourtant, à l’aube ou au crépuscule, inondées de soleil ou de pluie, toutes les photos sont floues. Des tâches de couleurs diluées apparaissent, des détails ressortent, tandis que l’ensemble reste insaisissable.

in Atlas Mondial de la Photographie de Rue

Quelques enseignements :

  • Nous le verrons plusieurs fois ici, un projet photographique qui attire l’attention est d’abord un ensemble cohérent.
  • La technique employée est la même sur toutes les photos, en bougeant l’appareil au moment du déclenchement.
  • La contrainte technique est au service du message : un « non-événement », un « non-endroit », « une certaine forme de détachement ».
  • L’inspiration en photographie peut évidemment prendre racine dans la Peinture, Uta Barth cite le peintre expressionniste abstrait Clement Greenberg.
Photographie Uta Barth – Fields 1995-1998
Photographie Uta Barth – Fields 1995-1998
Photographie Uta Barth – Fields 1995-1998
Photographie Uta Barth – Fields 1995-1998

Trente Park

Mon coup de coeur de l’Atlas Mondial de la photographie de Rue. Son nom me disait vaguement quelque chose, j’ai pris une grosse claque en découvrant ses photos. Trente Parke utilise les moments les plus ensoleillés de Sydney pour créer des scènes brutales dans leurs contrastes, tellement douces et réelles en même temps. Son niveau de maîtrise dans son style est incomparable, pas surprenant qu’il lui ait ouvert les portes de l’agence Magnum.

À travers l’objectif, Sydney semble sombre. Les bâtiments sont indistincts, flous, comme en cours de dématérialisation. Les individus traversent le cadre telles de faibles lueurs spectrales, et lorsque de rares puits de lumière percent l’obscurité, ils irradient, presque incandescents. Trent Parke explique : « je chasse en permanence la lumière. Je dépends d’elle […] la lumière transforme l’ordinaire en magie.

in Atlas Mondial de la Photographie de Rue

Quelques enseignements :

  • Chercher la lumière. On l’oublie trop souvent, surtout un jour gris d’hiver, mais si vous avez le bonheur d’être entouré de puits de lumière, servez-vous en et recherchez ses effets.
  • Travailler intensément. Trent Parke admet avoir utilisé jusqu’à 100 pellicules pour une seule photo à un seul endroit, 10 à 15 minutes par jour pendant plusieurs mois. Passez 5 minutes, vous aurez (peut-être) une bonne photo. Mais si vous voulez des grandes photos, il va falloir bosser.
  • Donner le meilleur de soi-même. Je l’ai découvert ici, Trent Parke était un sportif de haut niveau qui a bifurqué et dû faire un choix à un moment de sa vie. Son éthique de travail dans le sport se retrouve dans sa photographie. Il exprime son désir non pas d’être le meilleur, mais plutôt « la meilleure version de soi-même, dans la limite de ses capacités ».
Photographie Trent Parke
Photographie Trent Parke
Photographie Trent Parke
Photographie Trent Parke

Polly Braden

Ce photographe travaille des compositions qui m’ont instantanément parlées. Je dois dire que j’aurais pu me retrouver dans certaines des scènes, nous avons parfois un oeil familier. Mon retour à Londres dans quelques semaines me réjouit d’autant plus, même si je n’irai probablement pas dans les mêmes endroits que Polly Braden. Il s’est fait connaître pour son regard sur la City, le quartier financier de Londres, ses photos montrent comment la ville peut parfois paraître absurde, surtout dans les rues où se croisent tellement d’inégalités.

La série London’s Square Mile de Polly Braden est consacrée à la City […] ce centre financier est aussi surnommé « le mille carré le plus riche de la Terre ». […] Les photos montrent l’éclectisme de l’architecture ultramoderne de la City : du béton texturé côtoie les façades de métal poli ; les formes et les motifs se reflètent sur d’immenses parois de verre ; les ombres et les lumières jouent sur les surfaces.

in Atlas Mondial de la Photographie de Rue

Quelques enseignements :

  • L’isolement, le sentiment de solitude dans la ville et les contrastes, qu’ils soient picturaux ou conceptuels, sont des sujets passionnants.
  • La lumière, encore une fois, est au coeur des compositions de Polly Braden. Cherchez la lumière, observez-là, et servez-vous en.
  • L’architecture est souvent un personnage dans la ville. Répétitions, symétries, lignes de fuites, diagonales… sont des outils puissants pour vos compositions.
Photo Polly Braden
Photo Polly Braden
Photo Polly Braden
Photo Polly Braden

Ana Carolina Fernandes

Les photos d’Ana Carolina Fernandes posent une question à laquelle je ne cherche pas de réponse : la beauté formelle est-elle au service de l’histoire en photographie documentaire ?

Le titre le la série photographique Mem de Sá 100 désigne une adresse à Lapa, un quartier de Rio de Janeiro réputé pour sa vie nocturne. Elle mène au domicile de Luana Muniz, un travesti très influent dans la communauté et qui travaille dans les clubs du quartier. Il loue des pièces de sa magnifique demeure à des collègues et des amis. L’une de ces amies est la photographe Brésilienne Ana Carolina Fernandes. Pendant deux ans, ils cohabitent, et par son objectif, Fernandes saisit les allées et venues, mais aussi les crises qui surviennent dans la maison.

in Atlas Mondial de la Photographie de Rue

Quelques enseignements :

  • Une histoire représente souvent un temps long. Deux ans de travail pour un projet photographique, ça me parait être plutôt dans le haut de la fourchette pour un travail documentaire, mais cela n’a rien de choquant.
  • Un projet photographique, c’est ce à quoi vous avez accès. Il me semble primordial de poursuivre un projet photographique qui peut se réaliser en bas de chez soi, ne serait-ce que pour pouvoir y travailler régulièrement.
  • L’émotion d’une photo unique n’est pas importante en soi, c’est la série qui raconte l’histoire. Je trouve les photos d’Ana Carolina Fernandes particulièrement fortes en émotion, pour une histoire qui m’est totalement inaccessible. L’aspect impossible, inaccessible du projet me parait aussi important que la beauté formelle de chaque photo.
  • Raconter une histoire est parfois un travail de journaliste, mais toujours un travail d’auteur. C’est en tout cas souvent représentatif de la vie même de la photographe, de son quotidien et de ses explorations.
Photo Ana Carolina Fernandes
Photo Ana Carolina Fernandes
Photo Ana Carolina Fernandes
Photo Ana Carolina Fernandes

Naoya Hatakeyama

Dans mes explorations sur la ville, j’ai pensé un moment utiliser exactement la même technique pour révéler des ambiances : avec une vitre perlée de pluie au premier plan. Naoya Hatakeyama le réalise avec une telle finesse dans les compositions et les couleurs que je croie qu’il a mis la barre très haut. Ce niveau sera dure à atteindre, il faudrait certainement changer de sujet pour exploiter cette technique, car pour l’architecture je reste bouche bée devant le travail de Naoya Hatakeyama.

Naoya Hatakeyama est passé maître dans l’art de trouver des perspectives originales révélant la beauté des villes. Sa série Slow Glass est consacrée aux immeubles et aux rues de Tokyo, tels qu’ils nous apparaîtraient derrière une vitre de voiture recouverte de gouttes de pluie. Il a construit un boitier d’appareil doté d’une vitre afin de faire la mise au point sur la pluie tombant sur la plaque.Les gouttes de pluie fracturent, fragmentent et transforment le paysage urbain.

in Atlas Mondial de la Photographie de Rue

Quelques enseignements :

  • L’esprit du lieu trouve parfois son chemin dans une série photographique uniforme, avec une contrainte formelle forte.
  • La répétition d’un principe harmonieux accentue son effet.
  • Si vous avez une idée qui implique un artifice fort et contraignant, vérifiez si cela a déjà été employé, pour essayer de pousser le concept ou de changer de sujet.
Photo Naoya Hatakeyama
Photo Naoya Hatakeyama
Photo Naoya Hatakeyama
Photo Naoya Hatakeyama

Conclusion

Je résumerais en 2 lignes :

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