5 Leçons de Photographie de rue avec Andre D. Wagner

Olivier Laurent a dit de lui après la revue de son portfolio au New York Times : « Il a l’œil. Il est le futur. ».

Andre D. Wagner est un photographe qui vit et travaille à Brooklyn, New York. Il explore la vie quotidienne, en utilisant les rues de la ville, les quartiers, les manifestations, les transports en commun et la jeunesse de son quartier dans ses photographies. Son travail et sa pratique s’inscrivent dans la lignée de la photographie de rue qui explore le paysage social américain, concentrant souvent son objectif sur les thèmes de la race, des classes sociales, de l’identité culturelle et de la communauté. Il a travaillé pour les plus prestigieuses publications dont le New York Times, le Wall Street Journal, le Washington Post et Vogue, parmi tant d’autres.

Si Andre D. Wagner est un futur grand, il a sûrement beaucoup à nous apprendre. Je suis heureux de vous proposer ces 5 leçons de photographie avec un jeune photographe contemporain, que vous pourrez probablement croiser dans les rues de Bushwick, son quartier à Brooklyn, quand nous aurons enfin la possibilité d’y retourner.

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Discipline

Je dis toujours que j’ai un gros appétit pour la photographie. J’adore faire des photos, que ce soit en commande ou lorsque j’avance sur un travail personnel. Mais il y a aussi la chambre noire et mon studio qui me donnent du travail. J’ai trouvé des astuces, comme utiliser mes matins à bon escient. J’essaie de passer du temps dans la chambre noire ou en studio la plupart des jours de pluie. Pendant l’été, je me lève généralement vers 5 h 45. Donc, si je peux être prêt à 8 ou 9 heures du matin, après avoir fait du sport, pris mon café et envoyé quelques emails, alors je peux développer des films ou photographier toute la journée.

Andre D. Wagner

Devenir photographe impose une discipline, pour continuer à produire longtemps. C’est pour moi le seul moyen de progresser et d’atteindre les 10 000 heures de pratique nécessaires à sa maîtrise.

Je suis un boulimique de la photographie pour une seule raison, parce que j’ai une passion tellement grande pour les photos qui m’émeuvent. Elles me mettent dans un état indescriptible, je ne vois nulle part ailleurs ce sentiment poétique, lyrique, d’harmonie totale.

Je suis déterminé à essayer de produire ce genre de photos moi-même, cela demande beaucoup de travail, donc de la discipline.

Photo Andre D. Wagner
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Photographier n’importe où

Si je photographie le matin, je veux essayer de sortir assez tôt pour photographier les gens qui vont à l’école ou au travail. Mais en même temps, l’endroit où je photographie n’a pas d’importance. Je fais des images très variées, donc ma pratique est de photographier où que je sois. Cela pourrait être à l’aéroport, à la fenêtre de ma chambre, dans un ascenseur ou dans une station-service.

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Je crois également qu’il n’y a pas de mauvais endroit pour photographier. Ma pratique s’est trouvée transformée le jour où j’ai décidé de garder tout le temps un appareil avec moi et de pratiquer autant que je le pouvais, tout le temps, partout, quelles que soient les conditions météo.

Photographier est d’abord un processus mental, dirigé autour de soi. On se projette dans sa photographie, c’est pour moi un acte de méditation, d’observation et de pleine conscience. Si je garde un état d’esprit positif, en toutes circonstances, je ferai de meilleures photos.

Photo Andre D. Wagner
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Observation et intuition

La photographie est incroyable. Les photos vieillissent incroyablement bien, même si je ne me soucie pas de photographier en pensant à l’avenir. J’essaie d’être en phase et concentré quand je travaille, donc lorsque je suis dans certaines situations, je peux reconnaître quand ce qui se passe est spécial. Vous ne savez jamais ce que les gens vont faire, où ils pourraient aller, ce qui va changer, ce qui restera identique.

Je ne me force pas à comprendre les photographies lorsque je les réalise. Je veux juste m’assurer de bien faire les choses; de cette façon, tout le reste se met en place, inévitablement. Il est très facile de devenir laxiste dans sa pratique.

Parfois, vous vous perdez dans une pensée ou en marchant. Vous regarderez quelque chose et au début, cela vous semblera spécial ou vous donnera simplement une sorte de secousse. Et alors, votre cerveau commence à fonctionner, essayant de comprendre ce qui se passe. Un aspect important de la photographie est qu’elle peut être immédiate. Vous pouvez prendre votre cerveau de vitesse, pour ainsi dire.

Parfois je sors, et puis boum, la photo est là. Je n’ai pas besoin d’utiliser mon cerveau pour attraper ce que j’ai ressenti. C’est une femme, il y a ce poteau, les autres femmes sont blanches, maintenant cette image fait allusion à l’idée de séparation – je n’ai pas besoin de comprendre tout cela quand je photographie. J’ai juste besoin de ce boum initial. Ca suffit pour moi. Évidemment, si l’opportunité se présente, j’essaierai de faire plus de photographies, mais la première est généralement meilleure.

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Hindsight est un terme anglais difficilement traduisible qui représente parfaitement la photographie, il désigne une « sagesse rétrospective ». En photographie, la prise de vue est par essence intuitive. La vision et la compréhension du monde que l’on a lorsque l’on se concentre pour prendre des photos est instantanée. On a pas le temps de verbaliser, encore moins de penser ou réfléchir à ce que l’on fait. L’analyse des photos et l’identification d’un message, d’une symbolique ou d’une harmonie graphique vient à l’édition et à la sélection de photos.

L’édition de ses photos et le travail d’analyse d’autres photographes est un conditionnement qui me permet d’affuter mes intuitions à la prise de vue.

Photo Andre D. Wagner
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Être présent

Si vous faites les choses correctement, vous aurez une image à regarder pour toujours. C’est pourquoi j’aime travailler avec des appareils argentiques, car je n’ai pas d’écran qui m’oblige à essayer de comprendre les images alors que je suis en train d’essayer de les faire. Lorsque je suis en studio ou en chambre noire pour regarder les images, c’est là que je critique les photographies; c’est là que je modifie. La vie n’est pas la photographie. La vie est là où vous voulez être.

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Je travaille peu en argentique et n’ai aucune expérience de développement en chambre noire. Mais je me sens totalement concerné par cette philosophie de la photographie. Il est plus important de vivre l’instant dans lequel je suis que de le photographier. Si je n’ai pas réussi la photo que j’espérais, ce n’est pas grave. Il en viendra d’autres, j’ai appris à les laisser passer. Je préfère toujours passer un bon moment, et si une image qui mérite le détour vient avec, c’est un beau cadeau.

Mon seul moyen pour me forcer à être plus présent est de désactiver complètement l’affichage des photos sur l’écran de mon appareil, et j’essaye de ne pas le regarder, même quand je crois avoir une bonne image. J’attends éventuellement une pause pour regarder les photos en lot.

Photo Andre D. Wagner
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Rester ouvert

Je pense à ma position dans le monde et aux expériences que j’ai vécues. Mais je ne me promène pas dans les rues à la recherche d’une image qui crie « racisme » ou qui est à propos de la race. Cela fait partie de l’absorption du monde et de l’utilisation de ce qui se présente ou, je suppose, de ce qui est caché dans le flux du temps. Je suis coincé avec moi-même, donc je sais que mes photos viendront. Si je me mets à la recherche de certaines images, je me fermerais aux découvertes.

Je suis ici en respectueux désaccord. Il me semble tout à fait compatible de chercher des images dans un style particulier ou destinées à un projet spécifique tout en restant ouvert aux découvertes. Je suppose que c’est simplement une manière différente d’appréhender la pratique du travail en projet.

Ce qui m’intéresse ici est ce qu’évoque Andre D. Wagner quand il dit qu’il est « coincé avec lui-même ». Nous sommes tous coincés avec notre ego, même si nous n’en sommes pas tous autant conscients. Je crois profondément qu’il est important de travailler sur un projet qui m’est personnel pour des raisons intimes, qui raisonne avec qui je suis et mon histoire.

Dans cet esprit, il me semble essentiel de photographier autour de chez moi, là où je vis. Mon quartier, ses habitants, mes voisins, ma famille, seront toujours mes premiers sujets en photographie, parce que je suis coincé avec moi-même.

Photo Andre D. Wagner
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