Ce que j’ai découvert en photographiant comme Alex Webb

Je considère que le travail de recherche et d’inspiration comme une des meilleures méthodes de progression en photographie, avec la construction de projets photographiques.

Je poursuis mon exploration du travail des grands photographes de rue que j’admire en essayant de m’inspirer directement de leur travail. Après vous avoir effectivement montré leurs photos ou projets (ici pour Alex Webb), je tente à mon humble niveau de reproduire leur type de composition emblématique, ou du moins ce que je peux analyser ou en percevoir.

Alex Webb est le photographe dont le travail m’obsède le plus depuis l’année dernière, il est naturel pour moi de continuer cette série avec lui.

Commençons par définir « photographier comme Alex Webb ». Il est impossible de synthétiser le travail d’Alex Webb de plusieurs décennies en un seul type de composition, tout comme il serait stupide de prétendre arriver à atteindre la même qualité. Mais on peut retrouver un terme qui qualifie le travail d’Alex Webb dans la plupart des livres ou articles que j’ai trouvé sur lui : « Complexe ».

Une photographie complexe, ça pourrait vouloir dire tout et son contraire. Ce que j’ai essayé de faire ici et depuis plusieurs mois à différents endroits, est de combiner plusieurs scènes ou sujets distincts dans une même photographie, au moins 3, en essayant également de combiner un arrière-plan et un avant-plan pour donner de la profondeur à la photographie et donc… de la complexité.

Voyons maintenant ce que cela m’a permis de découvrir :

Une composition complexe est une recherche active

Le moment parfait ne m’attend pas pas au coin de la rue, il va falloir aller le chercher, ça va demander du travail et un investissement personnel.

Les photographies complexes ont demandé un gros effort parce qu’il m’a fallu en même temps :

  • commencer par voir une scène qui rentrerait dans un cadre assez large,
  • tout en « reniflant » un potentiel de premier plan,
  • ou en espérant des scènes multiples, en anticipant des mouvements qui rentreraient dans le cadre.

Je ne pouvais voir aucun de ces éléments avant parfois de m’approcher très près de mes sujets. Ces compositions sont une exigence et un travail de recherche extrêmement prenant, elles demandent une attention totale.

J’ai eu du mal à m’y consacrer pleinement avec des personnes qui m’accompagnaient, que ce soit un groupe de Photographes du Monde ou un ami à Salvador quand j’ai le sentiment que je dois avancer. Ce type de composition me prend encore pas mal de temps, je suis totalement mobilisé par cette recherche probablement parce que je n’y suis pas encore habitué.

Ce qu’il est important de retenir ici est que travailler sur un type de composition prend du temps et du travail, je ne peux pas y arriver du premier coup ou avec une sortie ou deux.

Photo Genaro Bardy – New Yorkers, Nov 2019
Photo Genaro Bardy – Boipeba, Jan 2020
Photo Genaro Bardy – Bogota Colombia, Sep 2019

Les compositions complexes ont amélioré mon « jeu large »

Je ne sais pas comment définir ce point autrement qu’avec une analogie au sport. Ce que j’essaye de dire ici est que j’avais une certaine tendance à toujours travailler avec la même distance avec mes sujets, à partir de 5 ou 10 mètres.

Ceci pouvait avoir pour conséquence qu’en photographie de rue je privilégiais un zoom pour isoler un sujet ou tout simplement que j’avais abandonné purement et simplement la photographie de rue avec des scènes de vie telle que je la pratique aujourd’hui.
J’avais été aspiré par les commandes où je travaillais toujours avec un zoom 24-70 pour le boîtier avec une focale large, ou par les paysages et l’architecture qui peuvent être prisés dans les voyages-photo.

Je réalise maintenant que j’avais oublié ce qui m’avait passionné initialement en photographie et que j’ai retrouvé en m’inspirant d’Alex Webb : une pratique très proche des sujets avec un « oeil » large, la majeure partie du temps avec une focale fixe de 28mm. En pratiquant à répétition ainsi, j’ai le sentiment d’avoir très nettement amélioré mon « jeu large », alors qu’avec Bruce Gilden j’ai pu exploré le « jeu proche » voire le jeu dangereux.

Toutes les photos montrées ici, je ne les aurais pas faites avant, ni même cherchées, ce sont des compositions qui viennent compléter mon arsenal à disposition quand je suis dans la rue.

Photo Genaro Bardy – Cidade Baixa Salvador, Jan 2020
Photo Genaro Bardy – Carnaval Salvador Fuzuê, Feb 2020
Photo Genaro Bardy – Festa Iemanjá Salvador, Feb 2020

Ne pas avoir peur du regard caméra

Cette recherche de compositions complexes m’a aidé à comprendre un autre élément en photographie de rue : qu’il le veuille ou non, le photographe fait toujours partie de la photo.

Je m’explique. En m’approchant très près de mes sujets en essayant de remplir le cadre avec différentes scènes, j’ai souvent des regards dans ma direction au moment de mon déclenchement. Intuitivement je pourrais me dire qu’un regard caméra fait franchir au sujet le 4eme mur, on « voit que le sujet me voit », ce qui pourrait faire croire que le moment naturel est perdu. Ce n’est absolument pas le cas.

Quelle que soit la photographie, le photographe fait partie du message, de l’émotion qui est transmise. Quand on observe une photo, quelle que soit la scène, naturelle ou pas, on sait que le photographe était là. On réagit bien sûr à une construction picturale, à une composition, aux couleurs, au moment représenté, mais on sait toujours qu’il y avait un photographe pour déclencher.

Certaines photographies d’Alex Webb sont fascinantes pour moi, même avec un regard caméra, ou peut-être même à cause du regard caméra ! La photographie n’a pas à être impérativement naturelle, prise sur le vif et non posée (« candid » en anglais qui n’a pas d’équivalent) pour être réussie et transmettre une émotion forte.

Photo Genaro Bardy – Salvador, Feb 2020
Photo Genaro Bardy – New Yorkers, Nov 2019
Photo Genaro Bardy – Salvador, Feb 2020

Les compositions d’Alex Webb demandent beaucoup de pratique

J’ai commencé à pratiquer ce type de compositions en Colombie au mois de septembre dernier et j’ai continué depuis à New York et chez moi à Salvador. J’ai eu plus de succès à Salvador, j’ai pu croire à un moment que les compositions d’Alex Webb soient plus adaptées à un climat tropical. C’est vrai d’un certain point de vue, les forts contrastes et les ambiances tropicales sont mis en valeur par cette approche, mais je crois surtout que j’ai progressé avec la mécanique et pris l’habitude d’aller chercher ce type de composition.

Je comprend maintenant que je ne peux pas simplement décider de réaliser des photographies comme Alex Webb, comme une envie de photographier. Par opposition il est relativement « facile » de décider de se positionner à un mètre de ses sujets, avec ou sans flash, la contrainte est tellement forte qu’elle impose presque un type de cadrage et donne un résultat immédiat.

Les compositions « complexes » d’Alex Webb sont un heureux hasard qui résulte de quantité de paramètres. Non seulement il me faut décider de m’approcher ou d’avoir un point de passage très près de ma caméra, mais je dois travailler encore et encore mon regard avec ce petit mantra qui l’accompagne en permanence : « More », plus de gens, plus de scènes, plus d’éléments qui rentrent dans le cadre.

Photo Genaro Bardy – Cidade Baixa Salvador, Fev 2020
Photo Genaro Bardy – Cidade Baixa Salvador, Fev 2020
Photo Genaro Bardy – Salvador, Fev 2020

Une inspiration vient compléter votre photographie

Si vous vous inspirez du travail d’un photographe, vous ne remplacerez pas ce que vous photographiez déjà, ça viendra en plus. Je ne crois pas que l’on puisse dire qu’une seule de ces photographies ressemble vraiment à celles d’ Alex Webb. Elles restent représentatives de mon regard, et de personne d’autre.

Par ailleurs travailler comme cela ne m’a jamais empêché de continuer à photographier comme j’en ai l’habitude. Quand je vois une scène, un regard ou un geste que j’ai l’habitude de photographier, je continue à le prendre. Mon inspiration d’Alex Webb m’a simplement permis de voir plus et plus souvent, dans des moments où je ne serais jamais allé chercher des photos auparavant. Et quel bonheur de voir plus souvent, d’aller renifler une scène que je crois complexe et après quelques mouvements de trouver un moment où tout se met en place.

Le résultat n’est jamais celui que j’aurais pu espéré, il y a un élément de surprise encore très fort pour moi, certainement parce que je pratique depuis relativement peu de temps. Mais c’est aussi parce qu’une « bonne » photographie est un moment rare, un cadeau que le présent fait au photographe qui décide d’aller le chercher.

Photo Genaro Bardy – Salvador, Fev 2020
Photo Genaro Bardy – Cartagena Colombia, Sep 2019
Photo Genaro Bardy – Salvador, Fev 2020
Photo Genaro Bardy – New York, Nov 2019

Masterclass & Voyages Photo en 2020
avec Genaro Bardy

Recevez les prochains articles par email :
inscrivez-vous ici