Lancement Fujifilm X100 V et Tatsuo Suzuki – La polémique absurde

Lors du lancement du nouveau boitier Fujifilm X100V, le fabricant Japonais a réalisé une série de vidéos mettant en avant plusieurs ambassadeurs de la marque. Le Fujifilm X100 étant réputé pour la pratique de la photographie de rue, il était normal et légitime de promouvoir la pratique de Tatsuo Suzuki.

Le jour du lancement la méthode de prise de vue de Tatsuo Suzuki a créé la polémique et des centaines de commentaires agressifs rejetant la pratique du photographe, qui s’approche au plus près de ses sujets dans les rues de Tokyo. Devant la masse de commentaires négatifs, Fujifilm a tout d’abord retiré la vidéo de Youtube (vous pouvez encore la voir ici avant qu’elle ne soit attaquée par Fujifilm et éventuellement retirée à nouveau), puis retiré toute mention de Tatsuo Suzuki de son programme X Ambassador.

Voilà les faits et pour rester mesuré je dirais que je suis en total désaccord avec l’attitude de Fujifilm vis à vis de son ambassadeur et de son travail, et bien sûr je suis en vive opposition avec tous ceux qui condamnent les méthodes du photographe.

Pour commencer, voici la vidéo en question qui a été ré-uploadée par un utilisateur sur Youtube. Je la commence à la 43ème seconde pour que vous puissiez voir Tatsuo Suzuki effectivement en train de prendre des photos.

Film de Promotion au lancement du Fujifilm X100V – Tatsuo Suzuki

Ce type de polémique est fréquent sur Internet mais continue à me surprendre. Voici deux articles en anglais des sites Fstoppers et Petapixel :

Les sites Petapixel et Fstoppers sont clairement en compétition sur le volume de trafic et à l’heure où j’écris ces lignes ces 2 articles sont les plus partagés sur leurs sites respectifs. Fstoppers a publié l’article d’un photographe qui s’éloigne radicalement des faits de la polémique, Andy Day s’en prend directement à Tatsuo Suzuki et je dois dire que ça me fout en boule. Essayons de prendre ses principaux arguments, ils ne sont finalement pas si nombreux.

Le titre : « Est-ce qu’avoir un appareil Fuji vous donne le droit d’être odieux ? »

Ce titre est écrit pour accentuer les réactions en commentaires. Évidemment sur le plan du principe personne ne veut être odieux (ou infect selon comment on traduit « Obnoxious »), mais quel est le rapport avec le droit ? Et avec le Fuji X100 qui est clairement un élément de contexte ici ? Aucun. Ce titre est écrit pour plaire à Google (comme le mien hein) et pour accentuer la polémique.

Je comprends très bien que l’on puisse trouver cette méthode de prise de vue intrusive ou dérangeante. Je suis pourtant persuadé également que cette méthode est nécessaire à ce type de photo, avec des personnes en gros plan dans leur quotidien. Ces photos sont nécessaires à titre documentaire et je les trouve personnellement magnifiques, totalement représentative d’un mouvement artistique en photographie.

Mais le sujet n’est pas là ! Les personnes sont-elles dérangées dans leur quotidien ? Parfois oui, c’est assez évident dans la vidéo. Peut-être Tatsuo Sizuki gagnerait a être un peu plus engageant ou souriant avec ceux qu’il croise. Mais a-t-il le droit de procéder ainsi ? Oui bien sûr. C’est autorisé et je trouve personnellement cela utile à la photographie.

Ce titre est un clickbait et ni Andy Day ni Fstoppers ne devraient en être fiers.

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Tokyo

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Shibuya,Tokyo

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Il photographie sans éthique

Voilà le passage qui m’énerve particulièrement :

« This style of shooting is reminiscent of photographer and self-confessed provocateur Bruce Gilden who established a reputation for in-your-face flash photography. “I have no ethics,” says Gilden, proud of his supposed bravery for the proximity of his images, essentially explaining that he is so arrogant that he doesn’t care.« 

Andy Day dans l’article FStoppers

Prendre une phrase hors contexte « Je n’ai pas d’éthique » de Bruce Gilden sans aucun lien vers une source pour se faire son idée est du journalisme de bas étage. Oui Bruce Gilden est arrogant et provocateur, décrié pour ses méthodes par certains des plus grands noms de la photographie.

Mais regardez le travail de Bruce Gilden, ses portraits, ses photographies de rue. C’est un corpus splendide, qui me prend à la gorge par sa vérité et les émotions qu’il transmet. Je voulais justement écrire sur Bruce Gilden et cette polémique m’en empêche, ce n’est que partie remise.

Quand à Tatsuo Suzuki, il n’a jamais renié une éthique dans son travail, quel coup bas de lui attribuer des idées de Bruce Gilden. Il reconnait vouloir provoquer des réactions, et manifestement ça ne plait pas à la majorité de ceux qui voient sa vidéo, mais comme pour Bruce Gilden regardez son travail et essayez de me dire que cet homme n’a pas d’empathie.

Pour moi l’erreur ici a surtout été dans la production de la vidéo par Fujifilm qui n’a pas assez montré les photos de Tatsuo Suzuki avant de le montrer en train de shooter dans Tokyo.

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Iowa, 2017 – Farm boys and farm girls

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Ce type de photo montre plus l’ego du photographe

Je pense qu’on atteint des sommets ici :

« The concept — elevated by the likes of Magnum and the art world in general — of the photographer as a big game hunter, a heroic, often hyper-masculine figure who bravely sets out into the world to deploy his mastery over technology to create art is one that has become tired. The online reaction to Suzuki’s work is an indication that audiences are starting to see beyond the surface of the resulting images and into the arrogant, ego-driven unpleasantness that goes into their creation.« 

Andy Day in Fstoppers

Je suis sidéré par ce passage. Quel photographe de rue se proclame un héros des temps modernes ? Aucun. Tout au plus un sociologue ou un artiste, oui. Le summum est atteint par Andy Day en justifiant sa diatribe avec le qualificatif « souvent hyper-masculin ». Pour moi c’est la démonstration que cet article est fait pour énerver et appeler au commentaire, je ne crois pas qu’on puisse être aussi stupide inconsciemment.

La méthode peut PARAITRE agressive, mais elle est légale et tout se passe dans un espace public. Andy Day laisse entendre que la photographie de rue n’aurait pas encore eu son moment #MeToo ? Mais de quelle agression parlons-nous ici ? Il n’y en a aucune, il suffit de regarder la vidéo.

Comment peut-on se réjouir que les réseaux sociaux permettent d’arrêter une pratique supposée du passé ? Andy Day est photographe… Je suppose qu’il n’a jamais travaillé autrement qu’avec des mannequins ou en commande.

Je suis au contraire désespéré que les réseaux sociaux donnent de la voix à tous ceux qui ne comprennent pas ce qui est en train se passer devant leur yeux et pourquoi ces photos sont importantes. Je suis encore plus atterré par la réaction de Fujifilm qui aurait dû tenir bon, soutenir son photographe, et profiter de la polémique pour sortir grandi de cet épiphénomène.

Les photos de Tatsuo Suzuki ne sont pas à propos de son ego, il suffit de passer 5 minutes sur son travail pour s’en rendre compte.

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Portrait @inomata.satoko

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Tokyo

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Shibuya,Tokyo

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