Comment choisir les bonnes photos

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Comment choisir les bonnes photos

Avec le temps, ma sélection de photos est en train d’évoluer. Pendant mes premières années de photographie professionnelle, je dirais qu’un bon 80% de mes choix de photos, à la prise de vue comme à l’édition, correspondait à ce que je pensais ou croyais être « les bonnes photos ». Je photographiais pour mes clients plus que pour moi. Je laissais la commande ou ce que j’imaginais être les photos qui fonctionnaient prendre le dessus sur mon envie, mon intuition, ma volonté créative. Je crois que je me suis perdu pendant quelques temps, en oubliant les premières photos qui m’ont donné envie de faire de la photo mon métier.

Je comprends maintenant que la liberté de voir est totale, absolue, infinie. Je suis le seul à me mettre ces barrières, alors que je sais au fond quelles photos je voudrais voir, quelles photos je voudrais choisir de prendre ou choisir de montrer. Certaines photos rejetées sont toujours là, je peux toujours retourner les voir et recommencer ma sélection.

Laissez le temps faire son oeuvre

La plus importante des méthodes de sélection des photos est de laisser du temps entre la prise de vue et l’édition. Nous avons tous des photos à envoyer vite, pour un client, un ami ou la famille, mais pour celles qui sont les plus importantes, je vous propose l’exercice : laissez passer une semaine, pourquoi pas un mois, avant de commencer à éditer les photos.

Vous aurez un oeil neuf, frais, détaché de l’émotion de la prise de vue. Vous expérimenterez aussi le plaisir incomparable de redécouvrir des instants que vous aurez oublié.

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Collectionnez les outsiders

Pour chaque projet, pour chaque voyage, je crée une collection de photos qui ont peu de chances de passer la sélection ou d’être publiées, mais pour lesquelles j’ai de l’affection. J’oublie toute règle ou convention, tous les principes de composition ou d’exposition. Ce sont simplement les images que j’aime. Elles sont toujours classées par thématique, par projet ou événement, mais elles sont à côté. Les outsiders. Les underdogs.

Souvenez-vous qu’en sport on aura toujours tendance à vouloir que le petit poucet gagne. Les belles victoires sont gagnées par ceux qui n’avaient aucune chance. Et puis quand vous en aurez suffisamment dans cette collection, posez vous la question : et si je devais publier uniquement les outsiders, ça donnerait quoi ? Si vous deviez choisir les meilleures des « pas assez bonnes », est-ce que vous pourriez encore raconter cette histoire ? Parfois oui. Et quand ça marche… c’est une belle victoire.

Commencez plus de projets que vous ne pourrez jamais publier

Les meilleurs projets photographiques devraient finir dans un livre, une exposition, un film… un ensemble cohérent qui devient plus que la somme de ses photos.

Pour trouver les projets qui vous parlent, qui vous font avancer, qui vous prennent au tripes, ça ne viendra pas du premier coup. On ne commence pas par écrire un roman du premier coup. On commence par la grammaire et le vocabulaire, la syntaxe et une rédaction. Puis une nouvelle, des dialogues, et enfin une histoire. Est-ce que la première histoire est la bonne ? On peut avoir cette impression parce que c’est un aboutissement, la somme de travail en amont est vertigineuse. En réalité créer un projet est une démarche en elle-même que je vous conseille de pratiquer également. Faites des erreurs, écrivez plus d’idées de projets que vous ne pourrez jamais en réaliser.

Travailler sur un projet photographique est un travail d’auteur. Multipliez les projets, commencez par voir des similitudes dans des photos qui n’ont rien à voir, cherchez des histoires à raconter dans les photos que vous avez déjà. Et commencez à assembler des collections de photos sur une intuition, sur une intention créative similaire, écrivez tous les titres de projets que vous pourrez imaginez.

De temps en temps vous aurez un projet que vous ne pourrez plus lâcher, parce qu’il vous parle ou parle de vous. Aussi parce que vous en aurez raté ou abandonné des dizaines avant.

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Travaillez sur un projet personnel

Passez en miniatures

Les photos fortes sont toujours fortes quand elles sont toutes petites. Sur votre logiciel d’édition, affichez votre shooting en miniature et identifiez les meilleures très rapidement en regardant l’ensemble de loin. Cela ne vous dispense pas d’un vrai travail d’édition. Mais vous verrez parfois des photos que vous avez laissé de côté pour de mauvaises raisons.

Cette méthode fonctionne également avec une collection de photos dont le volume est trop important, où vous avez peut être le sentiment qu’elles fonctionnent toutes. Effectuez un tri parmi une collection de photos que vous trouvez réussies et ne gardez que celles qui fonctionnent en miniature.

Les meilleures photos fonctionnent toujours en miniature

Séparez la couleur du noir et blanc

La couleur et le noir et blanc sont tout à fait compatibles. Mais je les crois tellement différents dans leur principe que je vous recommanderai de les séparer pour la sélection de photos. Le noir et blanc donne des sentiments radicaux. La couleur vous plongera dans des émotions tellement variées.

Les mélanger me semblerait être un voyage en montagnes russes, trop d’infos contradictoires, trop d’éléments dissemblables qui ne se répondent plus.

Personnellement sur un projet ou un événement, je commence par l’un des deux, généralement la couleur. Puis j’ai une deuxième phase d’édition avec un ensemble très large de photos, y compris certaines rejetées en couleur. Je les passe toutes en noir et blanc avec un pré-réglage et je recommence l’édition en noir et blanc. La sélection est très souvent différente, et ne partage pas les mêmes émotions ou informations.

Ma sélection finale sera parfois en noir et blanc, parfois en couleur, parfois les deux. Mais le travail d’édition je le réalise dans l’une puis l’autre.

Refusez de choisir deux photos similaires

Trop souvent sur des séries ou des événements j’ai tendances à choisir des photos qui se ressemblent dans les premières étapes. Tout simplement sur un moment précis magnifique ou un cadrage que l’on voit fonctionner on le répète pour essaye de l’améliorer. La photographie numérique nous permet cette recherche et ce perfectionnement, j’en profite souvent.

Mais au moment de la sélection finale, je refuse d’avoir deux photos similaires ou proches dans l’intention, l’idée ou l’information que les photos transmettent.

C’est parfois dur, parce que j’aime franchement plusieurs photos dans ces moments-là. Mais je me l’impose pour surtout éviter la monotonie qui peut venir si vite sur une série de photo. Et puis les rejetées à ce moment là, elles vont garnir mon dossier d’outsiders. Avec un peu de temps, elles referont peut être surface et gagneront le droit d’être publiées.