Mon boîtier et moi

A l’occasion de la sortie du nouveau boîtier de Fujifilm X Pro 2, j’ai été invité par Fujifilm à répondre à quelques questions sur mon métier de photographe et mon rapport au matériel. Voici notre entretien accompagné de photos, toutes prises avec le Fujifilm X100T que j’adore.

Vincent pour Fujifilm : Bonjour Genaro ! Raconte nous un peu ton métier, depuis quand fais-tu de la photo, et surtout comment es-tu venu à en faire ton métier ?

Genaro : J’ai commencé à faire de la photo il y a presque 10 ans. Au moment de mon départ d’une agence de communication, mes collègues m’offrent un appareil photo. Je commence alors à pratiquer dans la rue, souvent tôt le matin. J’ai pris le virus très vite, c’est un moyen d’expression à la fois universel car tout le monde est maintenant photographe, et extrêmement personnel.

Mon amour pour la photographie est très lié au voyage, ma pratique a grandi alors que je travaillais au développement du Salon du Chocolat en dehors de France. Je partais régulièrement et pour des durées assez longues, j’ai commencé à prendre des photos dès que j’avais du temps libre.

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J’ai rêvé longtemps de devenir photographe professionnel, sans vraiment oser le dire autour de moi. J’ai eu la chance d’avoir un blog qui fonctionnait un peu et qui me permit de rencontrer des journalistes. Malgré la relation qui peut être compliquée avec des blogueurs, certains sont devenus des amis et j’ai eu l’occasion de les suivre sur des reportages, au Mali et en Ukraine. Ce fut des aventures humaines extraordinaires, qui ont totalement changé ma perspective.

Même si je ne vis pas du reportage aujourd’hui, ce que je voudrais changer à l’avenir, David Martin m’a appris une chose essentielle : le plus important, c’est l’histoire que tu racontes. Nous dormions sur des sacs de riz sur un bateau au Mali, je découvrais le quotidien de journalistes freelance sur des zones de conflit et j’étais loin, très loin de comprendre que j’avais aucune chance en l’état de devenir photo-journaliste. D’abord parce que je n’étais pas journaliste, aussi parce que je crois que j’étais un piètre photographe.

Jérémy Maccaud m’a appris lui à ne jamais rien lâcher. Nous étions Place Maïdan en train d’interviewer des artistes et des révolutionnaires qui luttaient pour leur vie, pour leur liberté, ces rencontres m’ont convaincu de franchir le pas, définitivement. Et au moment où je n’y croyais vraiment plus, quelques clients ont commencé à me faire confiance. Je n’ai jamais autant progressé depuis, rien n’a été plus bénéfique à ma photo que d’avoir des clients.

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Aujourd’hui je travaille pour des agences de voyages, quelques médias occasionnellement, et des marques ou des événements. Je ne sais pas si mon parcours peut être intéressant pour d’autres, mais mon ancien réseau professionnel en agences de communication est devenu ma principale source de clients. Mon objectif est de durer dans le métier et de développer des reportages, de raconter quelques histoires qui me tiennent à coeur.

Vincent pour Fujifilm : Tu as eu l’occasion d’utiliser des appareils de la Série X de chez Fujifilm, c’était dans quel contexte ? Tu peux nous dire ce que tu en as pensé ?

Genaro : j’ai testé le XT1 occasionnellement et je pourrais très bien le considérer comme une option pour mon deuxième boîtier. Je dis deuxième parce que j’ai besoin d’un Reflex pour travailler, mais c’est vraiment le premier, car c’est celui que j’ai toujours avec moi.  Le XT1 est un boitier professionnel, très compact, et les optiques Fujifilm sont exceptionnelles, parmi les meilleures que je connaisse.

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J’ai surtout voyagé avec le X100T au Rajasthan pour Photographes du Monde. Le X100T je l’adore, c’est un “viewfinder” moderne avec une optique fixe de 35mm qui me convient parfaitement. C’est la 3ème version de ce boîtier compact, il est maintenant très rapide et propose quelque chose d’unique : une visée/mise au point hybride qui est magique. J’ai du mal à m’en passer aujourd’hui.

Vincent pour Fujifilm : Est-ce que tu l’impression que tu fais des photos d’un style ou d’une approche différente quand tu passes d’un matériel à l’autre ?

Genaro : Mon approche est toujours la même, mais on ne peut pas dissocier la pratique de l’outil. J’ai la chance de travailler sur des projets très différents, et j’adapte le matériel en fonction du besoin. Si je suis en voyage ou reportage je cherche de la légèreté et de la discrétion, pour un projet d’architecture j’ai besoin d’une optique grand angle qui déforme le moins possible, sur un événement j’ai besoin de solidité pour pouvoir jouer des coudes.

Pour moi le bon matériel c’est celui auquel tu n’as pas besoin de penser, qui limite les contraintes, qui permet de se concentrer sur ton sujet. Ca me parait toujours curieux la question du matériel pour un photographe, on ne demande pas aussi souvent à un chef quelles sont ses casseroles :)

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Mais je dois bien reconnaître que je suis toujours en train de me demander comment améliorer ma qualité d’image, et ça passe souvent par la qualité du matériel. Il y a encore beaucoup d’optiques qui me font envie, et quelques boîtiers que j’aimerais utiliser au quotidien. Les progrès dans ce domaine depuis quelques années sont fascinants.

Vincent pour Fujifilm : Que dirais-tu à un petit jeune (ou moins jeune) qui aimerait faire de la photo son métier ? Quelles sont les qualités à avoir pour ça ?

Genaro : Je n’ai aucune leçon à donner, je suis dans ce métier depuis trop peu de temps pour être un exemple. Il y a une histoire que j’aime bien qui peut être intéressante, c’est un vieux conte chinois.

Un homme s’était vu lancer un pari par un ami : « Si tu accroches aujourd’hui chez toi une cage vide, tu peux être sûr que, dans quelques jours, tu te retrouveras à t’occuper d’un oiseau. » Ce à quoi il avait répondu : « Comment serait-ce possible ? Il n’y a aucun lien de cause à effet entre accrocher une cage vide et s’occuper d’un oiseau. » Son ami répliqua : « Je lance le pari. Accroche la cage, et on verra bien. » L’homme le prit au mot et accrocha une cage vide dans sa maison.

Peu de temps après, il reçut un visiteur qui, apercevant la cage, lui demanda : « Où est passé ton oiseau ? Il est mort ? Il s’est enfui ? C’était quoi comme oiseau ? Je peux t’en offrir un autre si tu veux. » L’homme tenta de lui expliquer toute l’affaire. Le lendemain, il reçut un nouveau visiteur : « Tu gardes une cage vide comme ça ? Tu dois être bien triste ! Il est mort quand, ton oiseau ? Ne serait-ce pas que tu ne sais pas t’y prendre avec les oiseaux ? Je t’achèterai un livre qui explique comment s’en occuper, ça te sera très utile. » Le troisième jour passa un nouveau visiteur. Celui-là tenait un oiseau entre ses mains. Il dit : « Tout le monde a vu que ta cage était vide. Comme c’est dommage que ton oiseau soit mort ! Je t’offre cet oiseau et aussi des graines pour le nourrir. Et puis je vais t’expliquer comment tu dois t’en occuper. »

Un oiseau, des graines, un livre : l’homme commençait à trouver la situation bien lourde. Et ce n’était pas fini. La semaine n’était pas terminée qu’il déclara : « J’abandonne. Je prends un oiseau. Comme ça, ça m’évitera de me voir demander à longueur de journée où est passé mon oiseau. » Et c’est ainsi que la cage vide se trouva un nouvel occupant.

Si je suis devenu photographe professionnel, c’est parce que j’ai commencé à avoir un boîtier avec moi tous les jours.

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Vincent pour Fujifilm : Aujourd’hui Fujifilm lance le X-PRO 2, meilleur capteur et visée hybride notamment. Est-ce c’est le genre d’appareil qui pourrait t’intéresser ?

Genaro : Totalement ! Ce que j’en sais c’est un X100T avec optiques interchangeables et une construction professionnelle. Ce serait idéal pour adapter mes optiques manuelles et un boîtier parfait pour le reportage et le voyage. Il y a quelques domaines qui pour moi restent la chasse gardée des Reflex, mais ils se réduisent tous les jours. Ce que j’ai vu du X-Pro 2 me fait extrêmement envie, la visée hybride est une innovation géniale et Fujifilm sont les seuls sur ce créneau. Quand on connaît la qualité de leurs optiques on ne peut qu’attendre avec impatience le moment de la rencontre avec leur nouvel appareil.

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Vincent pour Fujifilm : Tu nous parles un peu de ton actualité ? Exposition, voyages, dis nous tout !

Genaro : Le projet “Desert in the City” est exposé à Paris à la Galerie du Voyage Photo (3 rue Ernest Renan 75015) jusqu’au 30 juin. J’ai eu la chance d’être suivi sur ce projet sur Kickstarter et j’en suis éternellement reconnaissant, c’est une sensation incroyable.

Je pars en Birmanie pour TUI France au mois de mai, puis je couvre une course de voile en Angleterre en juin et je prépare quelques reportages qu’il serait trop tôt d’évoquer. Je voudrais ensuite poursuivre la série Desert in the City dans une ou deux nouvelles villes. J’ai enfin de beaux projets à Paris avec des clients, et un nouveau projet personnel de portraits qui est en train de prendre forme.

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Toutes les photos ont été prises au Fujifilm X100T au Rajasthan pour Photographes du Monde.